Lecture : Petit déjeuner avec Mick Jagger, de Nathalie Kuperman.

En le choisissant dans ma thématique, je m’attendais à une fantaisie légère sur un fantasme de célébrité. Erreur.

Le récit commence sur une scène de lever, assez confuse faute de repères sur le contexte. On comprend peu à peu que la narratrice est une ado qui s’est convaincue que si elle imagine assez fort que Mick Jagger est venu passé la nuit chez elle (pour parler de la pluie, rien de plus), cela va arriver. Elle essaie, sans succès, d’en convaincre sa meilleure amie. Pourtant, une fois ou deux, elle pensera avoir réussi.

Au fil des pages, on découvre que cette fixation est un moyen de pallier l’absence de son père, divorcé et parti vivre à Berlin avec sa nouvelle compagne, et de sa mère, régulièrement pensionnaire en maison de repos. Elle laisse alors sa fille de 14 ans seule des jours, voire des semaines durant, comptant sur une voisine pour vérifier à l’occasion que tout va bien. Que font les parents, que font les services sociaux? Accessoirement, pourquoi la fille ne demande-t-elle pas à aller vivre chez son père, qui a au moins le mérite de ne pas être dépressif chronique? Ni le père ni la mère ne semble manquer d’argent, et l’histoire ne se déroule pas dans un passé si ancien qu’on y laisse les ados livrés à eux-mêmes si longtemps. Cette partie du récit doit se dérouler dans les années 70, le Jagger dont elle rêve est trentenaire.

La musique des Stones et ce qu’elle lui inspire est aussi un moyen d’apprivoiser le désir, malgré le souvenir d’une agression sexuelle à dix ans. On se rend compte, avec l’irruption de fragments de sa vie future, que le récit est plutôt fait par l’adulte qu’elle est devenue. Mais cela ajoute au côté décousu du roman, qui s’aggrave en même temps que la névrose ou psychose de l’adolescente, dont on suit la lente descente vers le délire.

On est loin, donc, de l’aimable réflexion sur les tocades pour célébrité que j’imaginais. On est plutôt dans le drame, poignant parfois, confus surtout.

J’en retiendrai essentiellement ces phrases, qui semblent être un cliché sans nom sur la groupie de base, mais qui, après avoir exploré divers milieux de fans, décrit bien le moteur derrière le comportement d’une ou deux personnes que j’ai croisées :

« Je voudrais passer ma vie à être exclue. […] A rêver d’un avenir sans travail et sans peine, parce que accrochée au cou d’une star internationale, ça vous évite d’essayer de devenir quelqu’un. » 

Petit déjeuner avec Mick Jagger, de Nathalie Kuperman, Editions de l’Olivier

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2 réflexions au sujet de « Lecture : Petit déjeuner avec Mick Jagger, de Nathalie Kuperman. »

    • C’est pire après. Franchement, je ne recommanderai à personne de le lire, c’est trop confus dans la narration et au final à part se raconter le nombril on ne sait pas où veut en venir l’auteur. Il faut dire que je n’ai pas une affection démesurée pour les histoires de gens en dépression / névrose etc,j’ai déjà donné trop proche de moi, je n’avais pas du tout envie de m’en retaper une couche. Surtout sans rien y apporter de concret – un recul, une histoire, un message à passer. En plus l’écriture pour moi fait très Germano-pratine, « j’ai fait la fac de lettres à Paris pour devenir écrivain, je suis du sérail ».

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