Petite cause : bibliophilie, 2e

Pour continuer dans la rubrique brico-déco, afin de remplir sa chronique hebdomadaire, une décoratrice a eu l’idée de customiser un meuble de bibliothèque en le tapissant de papier peint. Soit. Ses idées sont souvent pratiques et pas bêtes, mais ce jour-là, outre la  laideur du papier peint choisi, c’est l’argument qui m’a fait tiquer : customiser votre bibliothèque « de marque suédoise » « parce que vos amis ont la même ».

Alors personnellement j’ai une technique toute bête pour customiser ma bibliothèque : le contenu. Parce qu’entre les livres d’art, les romans, les mangas, les comics (même si je n’en achète plus que rarement maintenant), les essais sur des sujets improbables (à chacune de mes marottes du moment, je me documente, et j’ai des sujets d’intérêt variés), et la bibliographie in English relative à River Phoenix, elles ont une drôle de gueule, mes étagères.

Je leur demande donc surtout d’être solides, de contenir beaucoup, et d’être sobres. Le contenu est assez varié en lui-même, si en plus elles exhibaient des motifs bariolés, ce serait l’overdose visuelle.

Et mes amis ont généralement le même genre de contrainte, donc on s’appesantit assez peu sur le style de la bibliothèque elle-même.

Sur le même sujet, j’ai déjà souri devant l’émission déco de Paris Première. C’est ma faute aussi : vue la chaîne, ils font plus dans l’aménagement de loft ou de chambres d’enfant nommées Anne-Sophie ou Marie-Cécile que dans la longère retapée pour famille nombreuse à revenu modéré (vous avez remarqué? On ne dit plus « pauvre ». Il ne faut pas stigmatiser). Bref.

La fois qui m’a marquée, c’était une jeune bobote qui venait d’acheter son premier appartement, du haussmannien refait à neuf avec 3 mètres de hauteur sous plafond. Elle faisait appel à l’émission pour meubler la surface, confortable selon les standards parisien et encore assez vide. Dans un coin, lors de la visite de la décoratrice, une pile de livres. Question de la professionnelle :  « Je prévois aussi un rangement pour ces livres? ». Réponse de la cliente « Oh oui, mon ami et moi avons beaucoup de livres, si vous pouviez caser une bibliothèque ce serait super. »

J’ai bien dit une pile de livres. Une. De moins d’un mètre de haut.

Au final, la décoratrice a installé une bibliothèque murale suspendue design. Enfin, je devrais plutôt écrire la bibliothèque design, vu que c’est celle qu’on voit partout quand les gens veulent faire dans l’original (antinomique et pourtant tellement courant. Un jour, je ferai un article sur les uniformes d’anticonformistes) : le colimaçon en métal laqué blanc.

L'étagère Bookworm

Il y a pourtant bien d’autres façons originales de ranger et d’exposer ses livres, (si le lien est bloqué, c’est parce qu’il contient le mot « porn ». Pour Bookshelf porn. Mais le contenu est 100% safe for work). Mais ceux qui n’en ont pas beaucoup et veulent frimer malgré tout les calent dans les segments malpratiques de ce moche escargot. Oui, parce que, quand on en a beaucoup, on fuit comme la peste les concepts de ce genre où la place perdue est supérieure au volume de rangement…

Et d’ailleurs, dans cette émission ou d’autres, des architectes d’intérieur ou des bricoleurs astucieux confrontés à de vrais bibliophiles ont installé de vraies belles bibliothèques dans des appartements en manque de place.

Comme disait Terry Pratchett, « si vous avez assez de place sur vos étagères pour tous vos livres, je n’ai rien à vous dire ».
J’ajouterai un bémol : sauf si vous êtes riches. Pas à cause de votre compte en banque, mais parce que si vous habitez un 200m2, ok, il est possible que vous ayez assez de place pour vos livres. Par exemple Karl Lagerfeld.

Ce n’est pas mon cas, je fais donc beaucoup appel aux bibliothèques municipales, j’achète, je revends, je donne… Je fais circuler.

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