Cinéma : Maléfique : magnificent Maleficent, et après?

Au diapason du reste d’Hollywood, Disney a décidé de revisiter ses propres classiques en les noircissant un peu, pour attirer un public plus âgé que pour ses films d’animation. Après Alice au Pays des Merveilles réalisé par Tim Burton et une Blanche-Neige en armure incarnée par Kristen Stewart dans Blanche-Neige et le Chasseur (indépendant de Disney), ils s’attaquent à la Belle au Bois Dormant. L’angle choisi est de raconter l’histoire du point de vue de Maleficent, la méchante sorcière.

On commence donc par un long flashback montrant une Maleficent enfant-fée, dotée de somptueuses ailes d’aigle et d’une magie orientée vers les végétaux qu’elle met au service de la défense de la Lande où vivent les créatures de légendes : gnomes, fées, arbres qui marchent… Le royaume voisin habité par des humains convoite leurs richesses. Un jour, Maleficent rencontre ainsi Stéphane, un garçon de son âge venu dérober des pierres précieuses. Il fait amende honorable, et les deux orphelins deviennent amis.

(attention, spoilers)

Avec le temps, leurs sentiments évoluent, mais à l’âge adulte, Stéphane s’éloigne aussi : l’orphelin grandissant dans la misère a fait le serment d’un jour habiter dans le château qui domine la plaine. Son ambition sans bornes l’a conduit au service du vieux roi. Après une terrible bataille perdue contre le peuple des fées, il y trouve bientôt une opportunité de lui succéder. Mais surpasser les ducs et notables pour obtenir la main de la princesse a un prix : la trahison de Maleficent.

Maleficent la magnifique, reine des cieux, se réveille mutilée, amputée de ses ailes, condamnée à marcher dans la boue. La douleur physique et morale assombrissent la lande où elle se crée un trône. De là, avec l’aide de Diaval, un corbeau qu’elle a secouru, elle surveille le royaume voisin. Voyant par ses yeux le couronnement de Stéphane, elle comprend la raison de sa trahison. De ce temps, elle bâtit une muraille de ronces magiques autour de la lande pour la protéger (détournement de celle qui, dans la version animée et le conte, encerclait le château endormi).

De l’union de Stéphane et de la princesse naît un bébé, Aurore. Comme dans le conte, la noblesse et 3 bonnes fées sont invitées, mais pas Maleficent. Les fées gratifient Aurore de dons par des voeux.

Mon avis (spoilers à foison) : partagé. D’un côté, je suis contente que le scénario se renouvelle en sortant des clichés Disney : princesse cherche prince charmant, méchante sorcière, etc. D’un autre côté, il le fait en retombant sur d’autres clichés, ceux des films d’aujourd’hui : on se moque un peu du Prince Charmant et de la croyance qu’un jeune homme à peine rencontré puisse donner un baiser de pur amour (déjà vu dans Blanche-Neige 2012 et la Reine des Neiges). On reste dans le Disney parce que la méchante est tellement humanisée et adoucie qu’elle n’est plus méchante : on la voit bien se battre avant et après sa transformation, mais c’est de l’auto défense et on ne voit pas de sang. Ses mauvais sorts se bornent à faire pleuvoir sur les fées et transformer un corbeau en humain ou en loup. Même le grand méchant se voit puni plus par sa propre peur et son égoïsme que par elle, perdant progressivement la raison comme un Macbeth après son crime.

La princesse Aurore, elle, est jolie et gentille et un peu fade – le scénario ne lui donne pas grand-chose à faire. Un peu jeune aussi : elle a en fait l’âge habituel des princesses Disney, 16 ans, mais avec une actrice ça ne rend pas pareil qu’en animation.
Côté clichés, on a l’inévitable ressort comique sous la forme des 3 fées, incompétentes et rouspéteuses, présentées sous forme plus gnomique que féérique. Plutôt agaçantes d’ailleurs. Le concept même du sidekick grotesque qui ne sert qu’à fournir une cible ou un locuteur de blagues faciles m’agace, c’est une ficelle trop grosse et artificielle qui plombe facilement un film (Jar Jar Binks…). L’inévitable happy end. Le prince est charmant dans le genre inoffensif pour fillettes.

De la même façon, on pourra s’amuser ou s’agacer des références au dessin animé et au conte, plus ou moins bien amenées. La 3e fée n’a pas le temps de formuler son voeu que Maleficent débarque et maudit le bébé, comme attendu. Mais ce n’est pas ce 3e voeu qui atténue le sortilège de mort de Maleficent en sommeil de cent ans. En fait, on ne saura jamais si la 3e fée a fini son voeu – oubli au montage?

On voit bien un dragon dans le château (cool!). Le design de Maleficent est une superbe réinvention de celui de la méchante reine version 1959. Quant au baiser d’amour sincère qui réveille Aurore, s’ils avaient voulu être un peu subversifs et plus surprenant, ils l’auraient confié à Diaval.

Pour le reste, le film pâtit (à mon goût du moins, car je pense que beaucoup recherchent ça au cinéma) de l’accumulation de scènes spectaculaires où le réalisateur et les codeurs d’images de synthèse se font plaisir au détriment de la cohérence de l’histoire. On n’en est pas au point du risible King Kong de Peter Jackson, mais on sature un peu surtout quand elles sont gratuites.
Je n’ai toujours pas compris, par exemple, l’intérêt des ronces de métal dont le roi a garni des couloirs de son château en défense contre Maleficent : elle y passe debout avec son sceptre et ses cornes, en se penchant un petit peu, avec un prince lévitant à la traîne. Si encore cela lui avait réellement bloqué le passage ou l’avait obligée à se contorsionner ou se transformer, mais non.
Maléfique fait par moments penser à « Angelina Jolie s’éclate sur Pandora en avatar cornu ».

De ce côté-là, on est servi : les images sont superbes, costumes et décors aussi. C’est le genre de film qui y perdra forcément à être vu sur petit écran, son principal intérêt étant d’en prendre plein les mirettes. Pour le scénario, il ne faut pas être trop difficile : ça ne s’éloigne de l’original que juste assez pour coller à la morale de l’an 2014.

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