Lecture : Enfants de la guerre (3e partie) : Naître ennemi, de Fabrice Virgili

L’historien Fabrice Virgili a consacré plusieurs livres à la Seconde Guerre Mondiale, en particulier sous l’angle des femmes dans la guerre. Dans Naître Ennemi, il fait le tour d’un sujet qui en découle : les enfants franco-allemands nés de liaisons durant la guerre. D’un côté de la frontière, sous l’Occupation, les troupes allemandes s’installant pour de longs mois cherchent à nouer des liens. De l’autre, les Français travailleurs volontaires ou réquisitionnés, et même les prisonniers de guerre appelés à travailler aux côtés des Allemandes, les Allemands ayant été enrôlés et envoyés au loin. Sur ceux-là, il y a moins de données chiffrées, car la clandestinité forcée les faisait échapper au recensement.

Naître ennemi de Fabrice Virgili

De part et d’autre, les relations étaient mal vues, voire interdites dans le cas de femmes mariées dont l’époux était sur le front pour défendre le pays, ou dans le cas des prisonniers de guerre. Ou encore, pour les Allemands, si la maîtresse ne répondait pas aux stricts critères d’exigence raciale du Reich. De relations brèves et vénales pour améliorer le quotidien en temps de rationnement, aux histoires d’amour que les amants tenteront d’officialiser jusqu’après la fin du conflit, tous les cas de figure co-existent.

Il n’y a pas qu’une histoire d’enfant franco-allemand. Après la naissance (pour ceux qui n’auront pas été supprimés avant), certains sont adoptés par une tante ou une grand-mère pour que le mari rentrant de guerre ne découvre pas l’infidélité de sa femme. D’autres sont rejetés parce qu’ils font de la mère une fille-mère ou rappellent son « péché » dans une société encore très patriarcale. Si les mères françaises ont été dénoncées pour « collaboration horizontale » et accusées d’aide aux nazis, l’épuration de la Libération les éloigne durablement de leur enfant.

Dans ce climat, très rares sont ceux qui sauront d’emblée que leur père venait de l’autre côté de la frontière, ou l’apprendront dans la cour d’école en se faisant traiter d’enfant de Boche. Les mères leur taisent l’histoire de leur naissance, par peur du jugement, pudeur, déni.

Ce qui ressort notamment de ce livre, c’est que lorsqu’un premier documentaire a abordé le sujet à la télévision (« Enfants de Boche »), ces enfants devenus quinquagénaires se sont enfin sentis autorisés à exister et à raconter leur histoire, à chercher les réponses qu’on leur avait cachées.

Pour cela, ils peuvent maintenant compter sur le concours d’administrations plus habituées et enclines à leur répondre. Et à des associations franco-allemandes, comme l’ANEG (Association Nationale des Enfants de la Guerre) ou Coeurs sans Frontières.

Informations pratiques
Naître ennemi, de Fabrice Virgili
Editions Payot (réédition en Petite Bibliothèque Payot en janvier 2014)

Autres ressources :
« Mon père s’appelait Werner », documentaire audio de Delphine Simon.

« Enfants de Boche », documentaire vidéo de Christophe Weber et d’Olivier Truc.

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