Nostalgeek (1) : Tout passe, tout lasse, tout s’efface, surtout les supports de média

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Celui des VHS, des cassettes audio, des disquettes 3,5 » (on lit « trois pouces et demi », et encore je ne parlerai pas des 5 pouces un quart) et autres supports devenus caduques. J’y aurais bien ajouté les disques vinyls, mais ceux-là ont survécu tant bien que mal par la grâce des collectionneurs, des puristes de la hifi et des DJs (essaie un peu de mixer sur une platine de CD : y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes). Et ils sont revenus à la mode grâce aux hipsters. Je vous parle d’un temps où, en guise de médias, on avait une poignée de chaînes de télévision, des radios nationales et des FM locales, des magazines papiers distribués au bon vouloir des distributeurs locaux, et puis c’est tout. Je ne remonterai pas à la chaîne unique en noir et blanc, je ne suis pas si vieille que ça tout de même… Si on voulait voir autre chose que les programmes aimablement fournis (contre redevance) par les chaînes, il fallait acheter ou louer les cassettes vidéos du commerce, à condition qu’elles existent. Ce qui n’était pas toujours le cas : si c’était un film ou une série obscure et pas assez populaire, aucune chance qu’un distributeur se risque à le commercialiser, sauf quelques classiques poussés par des passionnés ou co-financés par le Ministère de la Culture. Autre solution : attendre la diffusion sur une chaîne de télé, en général à une heure indûe de la nuit, et enregistrer le précieux sur magnétoscope (non je n’ai pas oublié un mot, c’est un effet de style à référence Tolkieniste) sur une VHS maison pour le regarder à un horaire plus convenable, ou se le repasser à volonté pour des films dont on est fan. nostalgeek_02 Idem pour la musique, même si le choix de disques était plus vaste, et ceux-ci plus faciles à trouver et à commander le cas échéant, que pour les programmes vidéos. Mais quand on avait peu de moyens (ce qui est souvent le cas quand on est jeune), plutôt que d’acheter des disques, on enregistrait avec son radio-cassette des compilations maisons d’après la radio. Ce qui amputait généralement les chansons des intros et des fondus de fin, voire les agrémentait d’un jingle inepte ou d’un commentaire idiot de l’animateur, si on n’avait pas appuyé sur le bouton assez vite. C’était aussi l’époque des réseaux sociaux delavraievie (IRL, pour les geeks), à savoir en général les établissements scolaires. Entre amis, l’un achetait un album et faisait des copies sur K7 audio pour les potes, et vice-versa. Machin, dont les parents avaient Canal+, enregistrait sur VHS le film sorti l’année d’avant pour la passer aux copains (pas forcément le film du samedi soir). C’est là qu’on a commencé à nous casser les pieds avec des taxes sur les supports, pour financer les hypothétiques atteintes au droit d’auteur. A l’époque, l’industrie du disque se goinfrait, et mais ça n’a pas empêché Jack Lang de mettre en place une taxe sur les cassettes audio – en 1985. Etant donné que la majorité de mes cassettes étaient des enregistrements faits d’après mes albums vynils, afin de les écouter sur mon baladeur à cassette parce que je ne pouvais pas emmener la platine de mes parents pour écouter ma musique sur le chemin du collège (c’était avant les CDs et bien avant le MP3), ça m’aurait soûlé, si j’en avais eu conscience à l’époque. Mais il n’y avait pas Internet pour alerter les consommateurs, alors ça a probablement été voté en douce fin juin sans être trop ébruité dans les médias, qui y trouvaient leur compte. Je repense à tout ça en faisant du rangement du fond de mes étagères (vous savez, là où on met les trucs qu’on n’utilise pas, en se disant que « peut-être un jour », et qui du coup ne revoient pas le jour avant un déménagement car ils sont derrière une ou deux épaisseurs de trucs dont on se sert déjà à peine?…), et en retrouvant des vieilles VHS, voire même des vieilles K7 audio, comme on écrivait alors (au lieu de cassette). nostalgeek_04 Et je me dis que, tous périssables qu’ils soient, ces supports auront quand même duré plus longtemps que les actuels (si j’avais encore un magnétoscope en état de marche), et étaient plus pérennes. Parce que maintenant, pour enregistrer un truc à la télé, on est enjoints à le faire sur un enregistreur numérique ou sur la box de son opérateur internet. Or les deux supports sont bridés pour ne pas permettre de transférer les enregistrements vers l’extérieur (sur clé USB ou autre), en vertu du sacro-saint droit d’auteur. Au mieux, il y a un graveur de DVD (quoi que celui que j’ai eu n’a jamais donné un DVD lisible, et mettait 3h à graver un frisbee moiré). Et c’est sur les disques durs de ce genre d’engins que le pourcentage de taxe contre la copie est le plus élevé. Ca revient à payer 50 Eur (pour un DD de 500 Gb) pour enregistrer des programmes normalement en accès libre, que vous ne pourrez revoir que tant que votre engin marchera, cad pas plus de 3 ans à l’heure actuelle, dans le meilleur des cas, compte tenu de l’obsolescence programmée. J’aimerais qu’on me justifie de payer autant pour un si mauvais service, alors qu’on doit déjà payer la redevance, l’enregistreur et /ou l’abonnement à la box, et qu’à chaque étape on remet au pot pour les droits d’auteur… paraît-il. Et ce d’autant plus qu’on paie cette redevance sur TOUS les supports, alors qu’on peut très bien enregistrer son propre contenu dessus. Savez-vous que vous payez la taxe y compris sur les cartes mémoires? Utilisées, à la louche, pour 90%, dans les appareils photos où vous gardez vos souvenirs de vacances et de vos folles soirées?La multitude de vidéos domestiques sur Youtube prouve bien que les gens sont friands de contenu amateur, et ne passent pas tout leur temps à regarder des contenus professionnels. Ca doit leur faire peur, d’ailleurs, les ayants-droits… C’est vrai quoi, c’est vexant : on a des subventions du Ministère de la Culture, on paie des intermittents au minimum syndical parce qu’ils font un métier qu’ils aiment et que leur système d’assurance-chômage le permet, on tourne un truc poussif, et au final il y a plus de gens qui regardent des vidéos de chat qui joue du piano, ou d’américains qui ouvrent des surprises Kinder. Après, on peut s’étonner de la volatilité des clients / consommateurs / fans, de leur tendance à préférer le streaming à l’achat… mais c’est aussi parce que tout les pousse à la consommation jetable, puisque même quand on paye (et qu’on paye cher), on n’a pas plus de garanties d’avoir accès durablement à ce qu’on a acheté. Et qu’on nous fait payer des trucs qu’on n’écoutera jamais parce qu’on n’aime pas… Ou sur des choses qu’on enregistre nous-mêmes. A trop prendre les gens pour des moutons, ils finissent par donner des coups de pattes aux tondeurs de laine.’

Publicités

7 réflexions au sujet de « Nostalgeek (1) : Tout passe, tout lasse, tout s’efface, surtout les supports de média »

  1. les japonais ont un appareil pour transposer nos vieilles cassettes en mp3 parce que ça encombre pas mal les vieilles cassettes… pour ce qui est des cassettes vidéos je vais jeter les miennes je pense mais je vais devoir tout racheter en DVD notamment mes films chinois acheté à Londres dans les années 96, ça me fend le coeur.

    • J’en ai jeté pas mal récemment, c’est ce qui m’a inspiré ce post. A la base je voulais en profiter pour en regarder certaines une dernière fois, mais le magnéto a crounché la première, donc… Je me suis dit que ça me ferait gagner du temps, et que je pouvais jeter aussi le magnéto du coup!
      Mais c’est vrai que j’en garde certaines alors que je n’ai plus rien pour les lire, et dans certains cas j’ai les DVDs correspondant… Mais c’est sentimental. Et puis ceux que j’avais trouvés à l’étranger ou au Virgin me rendent nostalgique.

  2. Ahlala… J’ai jeté tous mes VHS et en lisant ton blog, des choses que j’avais oubliées me reviennent (merci !). Quand j’étais petite, enfin ado, un film (peut-être plusieurs) Dragon Ball Z avait été diffusé sur Canal+ ! Bien sûr, mes parents n’avaient pas d’abonnement Canal+ mais, désespérée, j’avais enregistré le film (crypté, donc) en espérant le décoder à la lecture chez quelqu’un ayant un abonnement Canal+ 😛 J’étais jeune et … (mettre l’adjectif de votre choix à la place des …)

    • Oh, c’est une erreur excusable! Quand on n’a pas l’engin, on ne sait pas forcément comment ça marche. Merci, c’est mignon comme anecdote. On aura bien ramé pour voir quelques animes, à l’époque! 🙂

  3. Ah les souvenirs…
    Mais quand on parle d’obsolescence programmée, les DVD sont pas mal non plus… j’ai une DVDthèque patiemment constituée depuis mes années d’étudiante, eh bien j’ai eu la mauvaise surprise ces derniers temps de me rendre compte que certains DVD achetés il y a un peu moins de 15 ans ont de plus en plus de difficultés à passer sur le lecteur… Et pourtant, ils ne sont pas rayés…

    • Oui, CDs et DVDs ont une durée de vie très limitée. On le savait dès leur lancement, on parlait de 10 ans, et c’était un argument des défenseurs du vinyle.
      En plus, les codages ont parfois des différences qui font qu’un DVD n’est plus reconnu correctement par un lecteur récent.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s