Parisienne mais presque : « Mais pourquoi les concerts c’est toujours à Paris? »

Dans la liste des petites guéguerres qui opposent parisiens (tête de chien) et provinciaux (tête de chiot?), il y a cette phrase qui revient souvent. On la lit en particulier beaucoup sur les forums et autres lieux d’échanges de fans, au sujet des concerts. Parce que, immanquablement, quand un artiste international fait un seul concert en France, c’est à Paris. (ou au Main Square Festival d’Arras, ou aux Vieilles Charrues, ou à la Foire aux Vins de Colmar, ou au Hellfest, ou… mais bizarrement dans ces cas-là, on voit moins de gens râler « Putain vous faites chier les Ch’tis / Bretons / Alsaciens, pourquoi les concerts c’est toujours chez vous?! »).

Et puis pour les artistes pas internationaux, ou ceux qui peuvent se permettre de faire des salles plus petites que le Stade de France, et qui ont assez de public pour espérer remplir des salles dans le reste de la France, il y a quand même des concerts en province. Pas que dans les Zénith de métropoles comme Lyon, Lille, Marseille ou Toulouse, mais aussi dans des salles et des villes plus petites.
(exemples : Corson, ou Minor Majority).

Et là vient la remarque qui fâche du régional de l’étape :
« Ah je viendrais bien mais c’est trop loin, c’est à presque une heure en voiture de chez moi! ».

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Faisons donc un petit point Inforoute / Bison Futé à nos amis provinciaux qui râlent dans la même phrase que « ouin ouin les artistes ils viennent jamais dans mon patelin », et que « ouin ouin, oui ok il fait un concert dans le coin, mais à plus de 30 mn de voiture de chez moi c’est trop loin ».

« Paris », c’est généralement, pour les mêmes, la région parisienne dans son ensemble, l’Ile de France de son petit nom officiel.

Paris intra-muros est, géographiquement, une petite capitale (15 fois plus petite que Londres, 8 fois plus petite que Berlin). Il n’empêche qu’elle fait bien ses 105 km2, et 1 700 km de rues souvent embouteillées. Quand on veut aller quelque part pour une sortie (concert, musée, restau entre potes qui n’habitent pas dans le même quartier), c’est rare d’en avoir pour moins d’une demi-heure de transport. Ca va dépendre d’où vous habitez et de la facilité de la desserte par les transports en commun. Il y a des lignes bien desservies, et d’autres mal pratiques. Si vous devez emprunter 3 correspondances pour arriver à destination, vous en aurez vite pour une heure.

Pour ceux qui optent pour la voiture, en fonction de l’heure et de l’itinéraire, il faudra souvent compter bien plus longtemps pour atteindre un lieu de concert le soir, vu que c’est l’heure de sortie à la fois des bureaux et des noctambules. Si vous devez passer par le périphérique entre 18h et 20h, prévoyez un sudoku (note : ceci n’est pas recommandé par la Sécurité Routière).

Un jour comme les autres où ça circule plutôt bien...

Un jour comme les autres…

Une fois sur place, vous aurez généralement le choix entre tourner en rond pendant une demi-heure ou plus en cherchant une place dans la rue, ou opter pour un parking type Vinci, hors de prix. Comptez 12-16 Eur pour 4-5h. Là vous me dites « mais pourquoi si longtemps, un concert ça dure 2h max ». Oui, mais si vous n’arrivez pas un peu en avance, il y a de grandes chances que le parking desservant la salle soit déjà plein. Et plus vous arriverez tard, plus vous aurez du mal à trouver à vous garer de manière générale. Et vous devrez vous garer plus loin, donc il faudra ajouter une bonne demi-heure de marche à votre temps de parking.

Et là, je ne vous parle que de Paris intra-muros. L’Ile-de-France, c’est nettement plus grand, et aussi bien plus mal desservi au niveau maillage et fréquence de passage des transports en commun. Vous vous dites que du coup, ce sera un peu plus facile de trouver à vous garer? A voir. Dans les villes voisines de Paris, où le mètre carré constructible est cher, il se construit plus de logements et de bureaux que de parkings. Ceux qui existent sont souterrains, souvent privatifs aux immeubles, et pas forcément proches de votre destination. Les rues, elles, sont conçues pour qu’on circule sans s’arrêter.

De toute façon, plus de la moitié des ménages parisiens ne sont pas motorisés. Et évitent, donc, de se paumer pour leurs loisirs dans les banlieues mal desservies où il passe un RER par demi-heure, parce qu’ils passent assez de temps comme ça dans les transports pour leur travail.

Encadrées : les lignes avec un problème. Panneau triangle : lignes avec des travaux.

Encadrées : les lignes avec un problème. Panneau triangle : lignes avec des travaux.

Donc quand je vois, au hasard, l’annonce d’un showcase à 17h30 au Cultura de Gennevilliers, et que les provinciaux râlent encore que c’est pour les parisiens, je me sens obligée de préciser ceci :

– primo, Gennevilliers, ça a beau être pas très loin de Paris à vol d’oiseau, c’est desservi, précisément, essentiellement par les corbeaux. Plus exactement, il y passe la ligne 13 du métro (celle du « moment de grâce » de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui de toute évidence avait dû fumer autre chose que du tabac ce jour-là, parce que c’est la ligne la plus lente, la plus bondée et la plus mal fichue de Paris. Elle est en outre très dure à rejoindre depuis d’autres lignes…), la ligne C du RER (elle aussi la plus lente et la plus mal foutue de la région parisienne : elle a une branche qui part vers Pontoise au nord de Paris, mais le reste est un cercle presque complet – avec d’autres branches par-ci par-là -, dont une arrive à Versailles par l’est et une autre par l’ouest. Un bordel sans nom, sans compter les trains qui font terminus aux Invalides sans raison ni avertissement. Je me demande s’ils ont compté le pourcentage de touristes qui atterrissaient à Versailles Chantier alors qu’ils voulaient visiter le château), et la ligne T1 du Tram (dont, pour être honnête, je découvre le tracé en écrivant ces lignes, vu qu’il ne dessert que les quartiers au nord de Paris. Cad pas DANS Paris, mais dans le « 9-3 » (représente! Wesh gros!) dont les journaux télévisés parlent assez souvent. Ce n’est pas partout aussi craignos qu’ils se plaisent à le raconter, mais le fait est qu’en dehors de la basilique Saint-Denis, ça ne présente pas beaucoup d’intérêt au niveau touristique…).

NKM est demandée sur la ligne...

NKM est demandée sur la ligne…

– secundo, à 17h30, en région parisienne, la plupart des gens qui bossent (dont moi) sont encore au travail. Je sais qu’en province, les horaires des buroliers leur permettent souvent de finir plus tôt, parce qu’ils ont rarement une heure de trajet pour arriver et que donc ils commencent plus tôt le matin (vous avez vu, je n’ai pas dit que c’était parce que c’était tous des branleurs en province). Vu les temps de trajet moyens évoqués plus haut et le fait que Gennevilliers est, donc, desservi par les corbeaux, je ne peux guère partir du bureau en milieu d’après-midi.

Encore, ce serait pour un « vrai » concert, je ne dis pas. Mais me tartiner 2h de transport en bétaillère pour un showcase de 3-4 chansons, d’un chanteur que de toute façon je vais voir deux fois dans les mois à venir, non merci. J’aime autant aller à Lille pour un concert complet, ‘voyez. Parce que c’est à 1h en TGV (soit la même durée mais avec une place assise garantie dans un train propre à peu près bien tenu, et non debout un métro cradingue puant et blindé), et qu’une fois sur place, il y a une jolie ville à visiter. C’est peut-être joli Gennevilliers, mais la visite des centres commerciaux, ce n’est pas mon hobby préféré…

– tertio donc, c’est plutôt pour les Gennevillois, qui à n’en pas douter seraient super vexés de se voir traités de Parisiens. (les « vrais » provinciaux n’ont pas le monopole de la détestation des parisiens).

– quarto : si tu choisis d’habiter dans un trou (ou à Paris loin des quartiers de sortie), il faut t’attendre à devoir te déplacer un peu pour voir des trucs sympas.

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En résumé (TL;DR) : « si tu as une voiture et que ton artiste préféré passe à moins d’une heure de chez toi, ce n’est pas une excuse pour ne pas y aller, ou alors tu ne la ramènes pas sur la chance des Parisiens d’avoir tout sous la main et que ça leur coûte moins cher, eh, patate ».

J’ajouterai que, si les artistes et expositions ont beaucoup lieu à Paris, c’est parce que c’est rentable, parce que les gens y vont. Certes, la densité de population fait que le « bassin » parisien et la densité des transports (et notre habitude de nous coltiner 1h de trajet) assurent que même si une personne sur mille est intéressée par un événement, cela suffira quand même à presque remplir Bercy. Mais c’est aussi parce qu’on sort. Quand je visite des musées de province, il m’est arrivé de me sentir bien seule… même quand la collection vaut largement le détour, comme aux musées des Beaux-Arts de Nantes ou de Tours, ou l’Hôtel d’Assezat à Toulouse, et même quand c’est gratuit. Ca change petit à petit (à l’exposition Cathédrales à Rouen l’an dernier, on commençait à se marcher sur les pieds en début d’après-midi), mais ça dépend grandement des régions.

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Une réflexion au sujet de « Parisienne mais presque : « Mais pourquoi les concerts c’est toujours à Paris? » »

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