Carnets de voyage : pont dans la gueule

Les quais de la gare d’Austerlitz, en travaux depuis 1912, sont noirs de monde. Est-ce dû à une énième grève de la SNCF? Sur le panneau des départs, un numéro de quai apparaît en face de l’Intercités. La foule s’ébranle et prend de la vitesse, comme à l’ouverture des portes d’un concert de Tokio Hotel, mais avec des valises et des enfants en plus. C’est un week-end de 3 jours, et le train est sans réservation. Il n’y aura pas de place (assise) pour tout le monde. Une fois, j’ai même dû batailler pour monter dans le train, et fait tout le trajet le dos contre la porte, coincée contre ma valise. Quelques semaines plus tard, j’avais le dos bloqué.

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Le train est un vieux coucou avec des compartiments de 8 places. Une passagère demande si la dernière place (près du couloir) est libre. La femme assise à côté répond que c’est une place handicapé, mais qu’elle fait comme elle veut, sur un ton laissant clairement entendre qu’elle sera sévèrement jugée si elle ose s’y asseoir. La passagère s’en va, moitié pour ne pas contrevenir au panneau, moitié à la perspective de passer le trajet à côté d’une casse-pied. La jeune femme aux raquettes de tennis installée sur l’autre place réservée encaisse sans un mot, mais non sans un sourire en coin, la tirade qui lui était indirectement destinée.

Le train continue à se remplir. Une frêle vieille dame vient poser la même question, et obtient la même réponse. La vieille dame insiste avec timidité « Oui mais je suis une personne âgée alors… » et dépose ses affaires. Casse-pieds la morigène. J’enlève mes écouteurs et me fait le porte-parole de la Justice et de la Raison (… en clair, je contredis Casse-pied) : « Les handicapés sont prioritaires, mais s’il n’y en a pas dans le train, vous pouvez vous y asseoir. Le train sera sûrement plein ». Casse-pieds maugrée que oui bon mais elle qui travaille dans le secteur…

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Je m’avise que le panneau montre une femme enceinte et une silhouette avec une canne. Mamie n’a pas de canne et porte encore beau, mais ses cheveux sont bien blancs et sa peau bien ridée. Sûrement, elle serait effectivement éligible aux critères de priorité de la SNCF? Et donc, pourquoi elle râle, Casse-Pieds? Mamie étant installée, Casse-Pieds me demande si le train va bien à Tours. … C’est ce qu’il y avait marqué sur les portes, oui. Ah bon, parce qu’elle en fait ne va pas jusqu’à Tours, mais jusqu’aux Aubrais, c’est le premier arrêt mais bon, elle est dans le bon train, ah ah.

… Ne me dites pas qu’elle fait partie de ceux qui veulent parler? Ou bien elle veut se rattraper après s’être retrouvée en infériorité numérique. Je remets mes écouteurs. La bonne nouvelle, c’est qu’elle descend au prochain arrêt. La mauvaise, c’est que l’arrêt en question est loin.

Heureusement, une fois l’arrêt passé et le wagon vidé, c’est un couple de petits jeunes qui s’installe, avec leur bull terrier en laisse et muselé. Etant d’une nature ‘amie des bêtes’, je hasarde une main pour grattouiller le dos du chien.

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Bon, ben les bull terriers en fait, contrairement à ce que leur faciès peut laisser penser, ce ne sont pas des chiens méchants. En tout cas, pas celui-là. Une grattouille et tu deviens son meilleur ami. Shlurp shlurp *bat de la queue* shlurp shlurp. Après un peu de conversation, vu qu’on est seuls dans le compartiment et qu’il est fermé, les jeunes demandent si ça ne me dérange pas qu’ils enlèvent la muselière du chien, même si normalement c’est interdit. Ne le dites pas à la Seuneuceufeu : on a fait ainsi.

  • Le retour s’effectue en wagon standard : voisin « charmant » qui sent la transpiration et la clope, et passe le trajet à se curer le nez. Ça ne m’était pas arrivé depuis les concerts 2008 de TH de mettre double dose de parfum pour éviter de sentir le voisinage. Ses enfants viennent lui demander leur portable (qu’il prétend ne pas avoir), ou juste le voir mais il dort (ou fait semblant). La mère vient le chercher manu militari pour qu’il aille faire faire ses devoirs à son fils. Il y échappe une fois, mais ne revient pas après la deuxième.

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    Il avait l’air bien content que l’affluence « l’oblige » à s’installer à l’autre bout du wagon, loin de sa famille. M’est avis qu’à l’exception de la mère devant seule s’occuper des gamins (au moins 3, moyenne d’âge « pré-ado chiant »), ils n’en étaient pas mécontents non plus. Le fils venu occuper sa place après la deuxième réquisition maternelle est mal élevé, mais au moins il est douché de frais.

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    Comme on dit dans ces cas-là : l’important dans les voyages, c’est les rencontres!
    Et celles dont on se passerait bien.

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