Parisienne mais presque : les platitudes de retour de vacances (3)

« C’est bien d’aller sur place pour voir la réalité de vie des gens ».

Mouif. Je suis plutôt cynique et méfiante vis-à-vis des médias. Néanmoins, entre un documentaire de National Geographic fait par des gens qui restent sur place 6 mois, en parlant la langue, après des repérages et avec l’aide de gens du cru, et mon « expérience » de la vie réelle des gens que je croise en vacances, je pense que le peu que j’en vois est nettement moins fiable que le docu*.
Parce que même en logeant chez l’habitant, si vous ne faites que passer, visiter le marché typique du samedi et les 3 ruelles historiques (reconstruites pour le folklore en 1947), vous n’en saurez pas beaucoup plus qu’avant.

A noter que ce genre de propos est souvent tenu par des gens qui conspuent les « faux rapports » qu’on a sur Internet. Alors que je crois que j’en ai plus appris sur le quotidien et la « vraie vie » dans d’autres pays par mes discussions par mail ou forums ou autre canal Internet, avec des gens du monde entier. Même si je suis consciente que, par la force des choses et du « qui se ressemble s’assemble », les gens avec qui je suis resté longtemps en contact via Internet, dans le monde entier, sont ceux avec qui j’avais des atomes crochus à la base.

Ce qui me laisse à penser que même si les environnements sont différents, les gens sont peu ou prou les mêmes partout. J’entends par là qu’il y a partout des cons, des gens intelligents, des fêtards, des introvertis, des geeks, des amis des animaux, des hétéros, des homos (même si ces derniers sont obligés de se planquer dans certains pays), etc, et dans le lot, pas forcément un pourcentage plus élevé de gens avec qui tu peux t’entendre. C’est juste que loin de chez toi, tu es parfois un peu plus obligé de te coltiner les gens qui t’entourent. Ce qui me laisse à penser que ce n’est peut-être pas en soi une raison suffisante pour faire 3000 km et se taper le décalage horaire, sauf à vouloir prendre des photos de gens avec des couleurs de peau ou des vêtements « pas comme nous ». Mais je n’aime pas le faire, parce qu’en général je n’ai pas le temps de sympathiser avec les gens assez pour ne pas considérer ça comme de l’exploitation.

Sans parler du fait que si je veux en voir, des gens « différents », il me suffit de sortir de chez moi et de marcher quelques rues.

Par exemple, dans une émission de Top Gear (la version BBC), ils étaient en Inde pour un défi, et devaient faire des livraisons plus vite que les Dabbawalas. Les Dabbawalas sont des gens qui livrent à des travailleurs qui n’ont pas le temps de rentrer chez eux des gamelles préparées (par leur femme souvent) pour la pause déjeuner. Oh, que c’est exotique, toussa toussa, inventivité des peuples sous-développés, mais comment font-ils ça sans connaître la roue, et autres banalités colonialistes. Mais à deux pas de chez moi, il y a un monsieur (Pakistanais, je dirais, mais peut-être Indien) qui vend aux passants de la nourriture tirée de boîtes plus ou moins isothermes, riz, légumes, sauce. C’est un peu le même concept, sauf qu’il colporte sa réserve sur un diable au lieu d’emprunter les pittoresques trains et bus surbondés de Bombay, et que les commandes ne sont a priori pas prises à l’avance.

(vous noterez au passage que c’est dans une émission de voitures à visée humoristique que j’ai appris l’existence des Dabbawalas. Même pas besoin de regarder Arte ou Connaissance du Monde. Alors que si j’avais visité Bombay, j’aurais peut-être vu des bonhommes trimballer des gamelles, mais ça ne m’aurait pas pour autant donné la science infuse de ce qu’ils en font, ce qu’il y a dedans, ni que c’est un réseau organisé. Où va se nicher la culture du monde, tout de même).

*il est évident que ça dépend de la source du documentaire. Si ça passe avec une accroche tapageuse entre deux émissions de télé-réalité, ce sera sans doute plutôt un docu-fiction assez peu représentatif.

Publicités