Fandom : J’aurais voulu être journaliiiiiste!

Pour sortir dans un numéroooo
Et qu’on me donne les setlists
Sans faire la queue comme au zoo…

Je constate que les e-zines et les blogs servent beaucoup de plateforme pour faire des interviews. Il paraît même qu’on est censé demander l’autorisation (aux salles et au management) quand on fait des photos de concert. J’ai demandé une fois si c’était autorisé, et on m’a répondu que les accréditations avaient été distribuées. Il y avait malentendu : je ne voulais pas un passe-droit pour aller en coulisses ou dans la rigole de devant la scène. Je voulais juste savoir si en tant que vulgum pecus, j’aurais le droit de prendre des photos et des vidéos de concert pour mon usage personnel (et pour illustrer le blog, certes, mais comme c’est un blog perso et pas un organe de presse rémunéré, hein…), vu que ça dépend des salles, des artistes, de l’humeur du capitaine…

Je ne demande pas d’interview. Pour un assortiment de raisons.

anim RDJ dealwithit

Déjà, j’ai encore du mal à me mettre dans la tête que maintenant n’importe quel péquin peut demander à interviewer un artiste ET que la demande soit prise en considération par les artistes ou leurs agents / managers / maisons de disque. Il m’a toujours semblé que seuls les gens ayant « la carte » (de presse, notamment) pouvaient faire ça. Il faut dire qu’avant, il n’y avait pas Facebook, Twitter etc. On devait s’adresser aux maisons de disques qui filtraient tout, et les organisations sont souvent plus bégueules que les artistes eux-mêmes. Mais à une époque où les blogueuses mode sont plus chouchoutées par les marques qu’Anna Wintour, ça s’est banalisé. En plus, ça ne coûte pas cher : les bloggers sont ravis de faire un article gratos.

anim_puppy dog car

Ensuite, j’ai des goûts hétéroclites, mais au niveau musical, ce que j’aime a tendance soit à être déjà pas mal populaire au moment où je le découvre, soit à le devenir tellement vite que l’entourage et la sécurité rend les artistes inapprochables avant que j’ai pu même envisager de demander quoi que ce soit (précédemment : David Bowie, Michael Jackson, A-ha, R.E.M., Björk, Placebo… en plus, ce ne sont pas exactement les artistes les plus proches de leur public, dans l’ensemble). (ouais, je suis TROP une précurseuse de tendance, en fait)

C’est assez nouveau pour moi d’aller à des concerts de gars qui répondent personnellement sur leur Facebook. Et quand ce n’est pas eux, c’est leur manager ou un mec de leur label, pas un stagiaire en école de comm’ placé là pour 2 mois, payé en cafés. Pour mes fandoms musicaux habituels, les comptes de réseaux sociaux sont tenus par des community managers. Et quand bien même les gars y passent à l’occasion, dans les milliers de commentaires quotidiens de leurs fans, ils ne voient jamais le vôtre… Alors les sollicitations de bloggers, ils doivent en recevoir 13 à la douzaine aussi. A moins que le blogger en question soit tellement « famous » que même le community manager sait qu’il est connu, je pense qu’ils se font refouler.

anim_dogs stampede

Et puis surtout, l’interview est un exercice difficile. Elle n’est pas destinée qu’à renseigner l’intervieweur, mais aussi ses lecteurs. A part pour des Grands Anciens genre U2, ça commence donc par des questions bateau du style « Parlez-vous de nous, vous êtes né où? Comment vous avez commencé la musique? Quelles sont vos influences? ». Ca se poursuit avec des questions sur la musique, mais à moins d’être destiné à un magazine spécialisé qui irait jusqu’à « Vous utilisez quoi comme pédale sur le titre Rockin’ like a rockin’ rocker that rocks« ? », ce sont des questions généralistes et répétitives. Où, quand, avec qui, quelle ambiance, quelle intention… Informations qui se trouvent aisément dans les interviews déjà faites, et pour lesquelles je ne vois donc pas l’intérêt de faire perdre du temps à Artiste pour me les répéter, si je peux les trouver par ailleurs. Ca me fait gagner du temps à moi aussi.

Un exercice difficile, donc, qui tient beaucoup du faire semblant, des deux côtés : faire semblant de ne pas connaître plus ou moins les réponses aux questions qu’on pose, alors que si on a fait son boulot et qu’on s’est renseigné en amont, on ne les pose que pour la forme – et dans l’espoir que Artiste innove dans ses réponses. Côté Artiste, faire semblant que les questions sont super intéressantes alors qu’on a entendues les mêmes 50 fois. J’ai horreur de refaire un boulot déjà fait. Je ne m’appelle pas Pénélope. Et je mens très mal. Et j’ai horreur de ça, aussi. Et j’ai horreur qu’on me mente. Alors les discours de commerciaux servis par des artistes en promo, bof.

anim_do not want_dog

Enfin, il y a le côté personnel. J’ai un intérêt tout modéré pour la vie privée des artistes (oui, je sais, je suis une extra-terrestre. Ou une vieille schnock démodée, au choix). Je pars du principe que, comme pour tout un chacun, ça ne nous concerne que si ça a un impact sur leur travail, ou s’ils ont envie de le partager (et encore, dans ce dernier cas, la plupart du temps je continue à m’en désintéresser…). Donc je serais assez mal à l’aise de poser des questions sur ce plan, ce qui ne laisse pas beaucoup de marge de manoeuvre pour poser des questions originales et pas déplacées.

Alors bien sûr, on peut toujours trouver des questions originales. Si je demande à Artiste s’il a déjà fait des crèpe Suzette en équilibre sur un pied, avec un poulpe sur la tête, je suis à peu près sûre qu’il n’aura jamais entendu cette question. Mais originale et pertinente, c’est plus compliqué…

anim_dog obstacles

Ajoutez à ça le fait que moi et les conversations sur le temps qu’il fait, ça fait deux, je ne vois pas l’intérêt de nous infliger ça (à eux et à moi) pour au final écrire la même chose que les autres. Si c’est pour me sentir ridicule en posant la question qui me vient, qui sera mal interprétée ou me vaudra une réponse convenue dans 90% des cas (testé pour vous sur un échantillon assez large, si si, parce qu’entre les conventions et les dédicaces, j’ai quand même essayé plein de fois dans divers domaines), les voir 30 secondes en dédicace me suffit largement. Au moins comme ça, je peux fuir quand le seuil d’inconfort est atteint.
(au passage, j’en profite pour remercier, même s’ils ne me lisent pas, tous les artistes qui ont réagi avec patience et bienveillance à mes ratages conversationnels)

anim_chandler_you did look like an idiot

Sauf que j’y rate le principal : se faire connaître des artistes, et en profiter pour faire sa propre promo (les artistes ne mentionnant que les articles écrits par des gens qu’ils ont rencontré, semble-t-il, retour d’ascenseur tout ça tout ça).


Ouais mais non en fait, même pour ça, ça ne vaut pas le coup. Ca m’évite le cirage de pompe mutuel. Et comme ça, je peux rédiger des articles avec un avis pondéré, au lieu de seulement étaler les superlatifs quand on a eu des avantages et qu’on veut continuer à en avoir. La publi-information, ce n’est pas mon truc. Vu le débat actuel sur les parrainages dans le blogging et les Youtubeurs… Au milieu des débats sur la rétribution des blogs et des parrainages, soyez assurés que je n’ai jamais ni touché un kopeck, ni eu le quart d’un pouillème d’avantage en nature sur ce que je chronique…

anim_dog behind glass

Ca m’est arrivé seulement deux fois d’être en position de faire de vraies interviews, et ce n’était pas pour ce blog. Une fois, la personne m’avait contacté pour me remercier d’avoir mentionné son court-métrage, et en retour j’en ai profité pour lui poser quelques questions pour compléter l’info d’origine. Dans l’autre cas, les circonstances ont fait que j’ai bravé mes réticences pour tenter le coup. Mais toutes les questions que je m’étais posées en préparant l’entretien ont trouvé leur réponse dans le speech public de la personne en question juste avant notre rencontre, ce qui m’a coupé l’herbe sous le pied. Et la personne étant très sollicitée, j’avais des scrupules à la monopoliser pour les lui re-poser. Et rétrospectivement j’ai encore l’impression que les questions que j’ai fini par poser ont semblé idiotes.

Faire du journalisme quand on est introverti et qu’on a des scrupules, ce n’est juste pas possible.
Et faire du journalisme sans aller voir les gens, ce n’est pas pris au sérieux.
Je vais rester blogueuse pas crédible, alors. Manfou en fait, j’ai un boulot qui paie les factures.

Message perso-professionnel : exception : si jamais l’agent français de Keanu Reeves veut bien m’arranger une interview avec lui, c’est à peu près la seule personne sur Terre que j’ai vraiment, vraiment envie de rencontrer et à qui j’ai plein, plein, plein de questions (professionnelles) à poser auxquelles je n’ai pas lu les réponses en interview. Surtout après les 2 Master Class du Champs-Elysées Film Festival de l’an dernier. Bisous.
(le thème « chiot » des GIFs est un hommage à John Wick).

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