Télévision : Personne ne bouge! Spécial Japon, sur Arte

Rediffusé jusqu’au samedi 20 juin (à des horaires improbables certes), ce numéro de l’émission Personne ne bouge! est dédié au Japon. Au programme : Totoro, Takeshi Kitano, le clip « Big in Japan » d’Alphaville (groupe allemand des années 1980. Allez comprendre), Godzilla et Takashi Murakami (pas Haruki).

Vers la fin, ils parlent des artistes ayant exploité la fascination occidentale pour le Japon, avec plus ou moins de bonheur, et plus ou moins d’exploitation, d’ailleurs… Des Harajuku Girls qui accompagnent Gwen Stefani dans ses clips ou sur ses tournées, au clip Hello Kitty d’Avril Lavigne.

La frontière est ténue entre ironie et humour, et au visionnage on a parfois du mal à distinguer quand les narrateurs en voix off se moquent, et quand ils font feu de tout bois pour rigoler parce que c’est juste le principe de l’émission. Ainsi, se rendent-ils compte qu’eux-mêmes dans l’émission font ce qu’ils reprochent aux artistes cités, en accumulant les clichés?

Apparemment, pour avoir le droit d’utiliser la culture nippone (ou d’un autre pays d’ailleurs), il faut soit déjà avoir le tampon de la crédibilité décerné par l’intelligentsia, soit l’obtenir par proxy en travaillant avec des artistes reconnus (Björk), soit travailler chez Arte (cf. le 1).

C’est toujours un peu la même chose : quand tu as « la carte », balancer de l’art nippon à base de clichés kawaii colorés dans le château de Versailles (Takashi Murakami), c’est de l’art et c’est une critique subversive de la société japonaise. Alors que quand Gwen Stefani décide de s’entourer durablement de danseuses lookées lolitas, dont le petit nom illustre assez qu’elle en sait quand même un minimum sur le sujet, et la chanson éponyme est un hommage à ce style, ça ne peut pas être de l’art conceptuel, parce que. Parce que elle, elle a pas le droit. Parce que la police du goût détermine la frontière entre aimer quelque chose et s’en inspirer, et oh mon dieu quelle horreur c’est de l’appropriation (la frontière varie généralement à la gueule du client).


(là elles sont en écolières et pas en lolitas)

Accessoirement ils reprochent à Avril Lavigne, dans son clip, d’aller dans une boutique de bonbons et de s’habiller en rose parce qu’elle a 30 ans quand même. Alors que vues les références qu’ils sortent, ce sont eux-mêmes des trentenaires voire quadra gagnant leur vie en se foutant de la gueule du reste du monde et en recyclant la pop culture qu’ils ont biberonné. Hm… Voyons : vouloir donner une atmosphère particulière à une chanson histoire de se renouveler en allant chercher l’inspiration ailleurs que dans son nombril, c’est mal pourquoi, rappelez-moi? C’est mercantile? La belle affaire. On n’en est même pas sûrs, de toute façon, à moins d’être au studio avec elle. Je crois que je préfère un clip qui assume ce style à quelque chose qui en rit.

Je me souviens d’avoir vu Avril Lavigne se faire huer aux MTV European Music Awards, il y a quelques années, alors qu’elle chantait (pas mal du tout) sa chanson de l’époque. Je me souviens que peu après, une Amy Winehouse complètement pintée avait donné sur la même scène une prestation tellement lamentable que le sketch de Florence Foresti est en-dessous de la vérité. Et qu’elle, pourtant, a eu droit à une standing ovation. Je crois que jamais l’injustice de l’image des artistes ne m’a autant frappée…

Rediffusions
– mardi 16.06 à 4h05
– mercredi 17.06 à 6h50
– samedi 20.06 à 6h00

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