Dans le mur à toute ALUR : immobilier et urbanisme : les immeubles de bureaux inoccupés à Paris

A chaque balade dans ma (de moins en moins) belle ville de Paname, je constate que, alors qu’on nous casse les pieds avec la crise du logement en région parisienne (elle existe), des panneaux fleurissent : ceux des immeubles de bureaux à louer ou à vendre. Surtout à louer. Parce qu’ils ne sont plus aux normes, ou que les entreprises même énormes font des économies de loyer en quittant Paris pour sa banlieue, voire pour la zone.

Et donc, comme tout un chacun, je me dis « Diable! Mais n’y aurait-il pas là matière à faire d’une pierre deux coups, en retransformant en logements ces immeubles pour la plupart Haussmaniens qui en étaient à l’origine? ».

C’est aussi ce que se disent régulièrement les politiques. Il y a des tentatives, des incitations, pour pousser les vilains promoteurs à risquer leurs sous pour revitaliser la ville.

Sauf qu’en grattant un peu, j’ai rapidement trouvé les 2 raisons principales et conjuguées expliquant pourquoi ça ne se fait pas, et pourquoi, au lieu de logements neufs ou rénovés, ce sont les bureaux vides qui se multiplient comme une lèpre.

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Primo, les experts se disputent sur le sujet, mais ça coûte à peu près le même prix de bâtir du neuf que rénover et mettre aux normes actuelles d’habitation des immeubles de bureau d’avant-guerre, voire même des années 70. Il faut refaire l’électricité, étaler la plomberie sur tout l’étage pour desservir tous les nouveaux appartements, isoler, etc. En tout cas, ça ne coûte pas *moins* cher que de bâtir du neuf, qui, par ailleurs, sur Paris, se vendra plus cher.
De ce côté, à part baisser les taxes comme le demande la Maire de Paris, les instances étatiques ne peuvent pas faire grand-chose : on a beau ne pas payer cher le maçon intérimaire immigrant sans papier, le béton, ça coûte cher quand même.

Secundo, et c’est là que ces cons qui nous gouvernent ont plus ou moins sciemment scié la branche, j’ai appris l’existence d’une loi inique : pour chaque chantier de transformation de bureaux en logement, 20% de la surface devra être consacrée aux logements sociaux (25% depuis la loi ALUR).

Alors je ne suis pas une experte en immobilier, mais je me suis un peu penchée sur le sujet. J’ai écouté mes collègues, mes amis, me raconter leurs déboires de logement, d’assemblées de copropriété où certains ne paient pas leurs charges, de locataires indélicats pour ceux qui ont pu investir ou louent le studio acheté avant de se mettre en couple…
Le choix se résume, pour moi comme pour eux, soit à rester locataire, soit à investir ses économies et s’endetter sur 25 ans pour acheter, au choix, un clapier dans un quartier de merde, ou un nid douillet à 1h des portes de Paris via RER poussif et craignos. Sachant que les salaires augmentent moins vite que le coût de la vie (et que les impôts), et qu’il est donc déraisonnable de s’endetter au maximum de ses capacités de remboursement à un instant T.

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Ma première pensée fut donc : « Mais… c’est complètement débile! Déjà, ça fait un quart de logements que le promoteur ne peut pas vendre. Et pour les autres, qui va risquer les économies de toute une vie pour acheter dans un immeuble dont 25% des logements seront des HLM? Ca va faire chuter les prix des 75% restants! Quel promoteur immobilier serait assez débile pour investir des dizaines de millions de travaux pour un rendement aussi médiocre ?! ».

Parce que bon, c’est bien gentil de voter des lois à vocation sociale, sauf qu’à un moment ou à un autre, ceux qui mettent la main à la poche, ils n’ont pas non plus envie de finir à la rue. Que ce soit les promoteurs immobiliers ou les particuliers susceptibles d’acheter les nouveaux appartements. Quand on claque 300 plaques dans un 2-pièces étriqué avec un crédit sur 25 ans, on n’a pas forcément envie d’en partager la cour avec un foyer de jeunes travailleurs, ni de voir les 25% s’abstenir de payer les charges parce que l’assistante sociale veillera au grain et qu’il y a des cons qui paient (et qui n’auront que le droit de fermer leur gueule et de payer pour les autres vu qu’ils ont la chance d’avoir une « bonne » situation, eux).

Je gage que c’est ce que Bouygues, Eiffage et consort se sont dit aussi, parce que je continue à voir fleurir les panneaux. A ce rythme, bientôt, je pourrais rejouer le rôle de Will Smith dans Je suis une Légende.

Mais bon, on ne va pas changer la loi, hein, ça ferait mauvais effet…

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