Lecture : Le Grand Livre, par Connie Willis

Dans un futur proche, les voyages dans le temps sont devenus possibles, mais restent réservés aux historiens. Kivrin, étudiante en histoire, veut à tout prix aller étudier sur place le Moyen Âge, malgré les risques élevés de l’époque. Dunworthy, le professeur d’histoire à qui elle a demandé conseil pour se préparer, n’a pas réussi à la dissuader. Ni à ralentir les préparatifs bâclés par Gilchrist, le directeur d’études qui compte bien voir la gloire de cette première sur son université.

Évidemment, les choses tournent mal: pour Kivrin dans le passé, et pour Londres dans le présent (le leur), frappé par une épidémie inconnue.

le grand livre

Ce roman de science-fiction a reçu de nombreux prix prestigieux du milieu: Hugo, Locus et Nebula, entre 1992 et 1993. Sans doute pour le soin apporté à décrire le milieu médical et universitaire, et le quotidien du Moyen Âge. Il est un peu daté, paradoxalement, par la partie censée se dérouler dans un futur proche. Elle parle de décorations de Noël avec des « cierges laser » (allez comprendre ce que c’est: un laser, ça ne fait de lumière que sur les objets que ça touche… Ça sent le syndrome « si je rajoute laser après un mot, ça va faire futuriste »). Les personnages utilisent des vidéophones mais se transmettent encore les données par disquettes. Au lieu d’utiliser des thermomètres, ils font avaler des « thermosondes » (et vu l’épidémie ça revient souvent). Moi je veux bien, si ça permettait de transmettre en permanence la température du patient, mais à la 40e occurrence on découvre qu’il faut en gober une nouvelle par jour. Et que c’est dur à avaler. Quel gaspillage, et quelle complication pour prendre la température de patients inconscients… Les thermomètres auriculaires n’existaient peut-être pas en 1992, mais quitte à inventer un bidule pour faire futuriste qu’elle nous inflige toutes les 30 pages, elle aurait pu y réfléchir un peu plus…

Anna Wintour anim

Côté style, je me suis plusieurs fois fait la réflexion qu’il serait grandement amélioré en enlevant une cinquantaine de pages (dont les thermosondes). Les personnages principaux de Connie Willis, dont on suit les pensées, ont tendance à se faire des films dramatiques et à imaginer le pire à tout bout de champ. Qu’elle nous fasse ressentir les angoisses chroniques de Dunworthy, soit, il s’inquiète pour son élève. Mais ça devient pénible au bout de 200 pages – et le roman en fait 700. De plus, ces cogitations semblent servir de diversion pour que le lecteur ne comprenne pas tout de suite ce qui se passe. Surtout quand ce sont celles de Kivrin, alors qu’elle a insisté pour partir toute à son enthousiasme juvénile, et que par ailleurs les dangers bien réels qui la guettent lui passent au-dessus de la tête.

anim river flea sucks

Alors que les personnages sont censés être raisonnablement intelligents, voire très, et Kivrin pleine de ressources, ils se montrent étonnamment bouchés. Certes, on ne devine pas tout, mais on comprend bien 50 pages avant eux d’où vient le virus qui frappe le présent, et autres « révélations » dont les indices sont lourdement semés et répétés. J’ai donc eu l’impression que Connie Willis faisait traîner son récit à dessein par ces fausses pistes, ou en ajoutant des détails inutiles (le jeune Colin passe la moitié de ses apparitions à surveiller les changements de couleur de ses bonbons, Kivrin qui compare les célébrations médiévales de Noël avec celles du Oxford moderne… 3 ou 4 fois). Ce qui est curieux, vu qu’il est déjà bien long comme ça, et je ne pense pas qu’elle soit payée à la ligne… Ou alors, l’auteur a écrit son roman sur plusieurs mois sans se relire. Parce que quand on ne se relit pas, l’un des risques est de se répéter quand on ne se relit pas.

Bref… Au fil des pages, on s’attache quand même à certains des personnages, même si d’autres restent des caricatures. Un roman avec des qualités indéniables, mais dont je ne suis pas sûre de comprendre pourquoi il a reçu trois prix majeurs.

Le Grand Livre
Auteur : Connie Willis
Edition : Poche

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2 réflexions au sujet de « Lecture : Le Grand Livre, par Connie Willis »

  1. Bon, comme je te disais, je garde pour moi « Sans parler du chien » du coup!
    Vu ta critique, je pense que ce dernier est un peu mieux ficelé mais certaines de tes remarques me rappellent des passages du livre, donc il ne te plaira pas non plus 😉

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