Ciné concert : Roger Waters The Wall

C’était une drôle d’idée semi-improvisée d’aller voir le ciné-concert de Roger Waters – The Wall, le 29 septembre au Gaumont, en séance unique dans le monde entier (dans une centaine de cinémas en France, notamment). Je ne suis pas vraiment fan des Pink Floyd, je ne connais que leurs tubes.

thewall

Disons que j’étais dans la cible d’origine des ciné-concerts : les gens pas assez fans pour aller au Stade de France à 100 euros la place, mais quand même curieux de découvrir la musique dans presque les conditions du live, pour 14 euros. Assister au show intégral, plus ou moins tel qu’il avait été conçu aux origines, permet de mieux apprécier l’album qu’avec juste la musique (qui est spéciale pour ne pas dire autre chose).

Heureusement que l’introduction face caméra de Liam Neeson m’a éclairé sur le thème de l’histoire de The Wall : je l’avais toujours prise au sens littéral de lutte contre une dictature. L’histoire de l’artiste qui s’enferme derrière son propre mur m’avait échappé. Même en comprenant pas trop mal l’anglais, je n’ai guère saisi que les grandes lignes du spectacle, parce que l’anglais à travers un haut-parleur ou à moitié couvert par bruitages et instruments, c’est une autre paire de manches qu’un dialogue. Mais ce n’est pas bien grave: même ainsi, c’était vraiment prenant, spectaculaire, et émouvant. Ca permet aussi de glisser sur les névroses légèrement… dérangeantes du personnage.


La bande-annonce du film

Il faut dire que la scène et la scénographie sont dantesques : on comprend que les membres du groupe y aient perdu de l’argent lors de la tournée originelle. Cette version est paraît-il proche, musicalement et dans les effets, de celle de 1980, mais elle a été captée en 2010 et 2013. A l’âge où certaines rock stars ne courent les stades que pour financer leur train de vie en assurant le service minimum (quoi, non je n’ai même pas parlé de A-ha, vous êtes mauvaises langues!), Roger Waters est à fond dans le rôle. Étant le principal auteur-compositeur du concept album de The Wall, ce n’est guère étonnant, mais ça fait toujours plaisir de voir un musicien impliqué dans son travail. Et comme il est bassiste, le concert met bien en avant la puissance de cet instrument, mais pas seulement.

Le concert est entrecoupé d’un road trip de Roger Waters en Bentley (merci Top Gear, grâce à vous j’arrive à reconnaître des voitures…) depuis son Angleterre natale jusqu’à l’Italie. L’itinéraire est parsemé de conversations fantomatiques et / ou fantasmagoriques, avec des gens que les fans des Pink Floyd reconnaîtront sûrement (mais moi je sèche…). L’argument rejoint celui du concert, puisque comme son personnage principal, Roger Waters a perdu son père Eric très jeune.. Soldat, il est décédé durant la Seconde Guerre Mondiale près des plages d’Anzino, alors que Roger Waters était encore bébé. Cette mort, et celle de son grand-père, victime lui de la première guerre mondiale alors qu’Eric n’avait que deux ans, a sans doute formé la critique du système qui imprègne The Wall.


La vidéo officielle de THE tube : Another Brick in the Wall (2)

En tout cas, elle rend plus concret son engagement contemporain contre les guerres, les gouvernements et les multinationales. Mais les jeunes continuent de s’y identifier, témoins les nombreux ados et « vingtenaires » qu’on voit dans le public de ces captations. Il est vrai que Another Brick in the Wall (2)*, pamphlet contre un système éducatif tortionnaire destiné à briser les volontés pour formater les enfants d’après-guerre, est aussi l’hymne international des glandeurs qui se prennent pour des rebelles parce qu’ils ne veulent pas faire leurs devoirs.

En dépit des appels répétés à la justice et hommages aux victimes, récentes ou pas (des morts de 14-18 à ceux du 11 septembre, en passant par Jean Charles de Menezes, victime d’une bavure policière en Angleterre après l’attentat du Tube, ou Namir Noor-Eldeen et Saeed Chmagh, deux reporters Irakiens travaillant pour Reuters, victimes d’une bavure militaire), on ne m’ôtera pas de la tête que Waters a trouvé dans le parcours de son personnage une super idée pour vivre pendant quelques minutes un fantasme de dictateur fasciste.

(non je plaisante. Quoique.)

Le film est suivi d’un bref documentaire / interview où Roger Waters et Nick Mason, le batteur des Pink Floyd, répondent ensemble à des questions envoyées par les fans du groupe. C’est assez drôle. Même si on devine que les tensions sont encore là et on comprend aisément qu’il est hors de question que David Gilmour soit de la partie.

En résumé, un fort beau concert-film qu’on peut apprécier même sans connaître (mais qu’on apprécie sans doute encore mieux quand on connaît l’histoire). Je m’en vais de ce pas ré-écouter l’album et chercher les paroles. Je vous laisse là un lien vers l’album intégral (oui c’est moche, mais c’est en attendant de pouvoir acheter l’album) :

*Il y a en fait trois parties à Another Brick in the Wall, la première étant plus ou moins l’introduction et parlant du décès du père. La chanson connue qui passe en radio est en fait la « part 2 », avec le « We don’t need no education… Teachers! Leave those kids alone! » Grâce à ce ciné-concert, je suis allée me coucher moins bête.

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5 réflexions au sujet de « Ciné concert : Roger Waters The Wall »

  1. Un grand classique – on ne s’en lasse pas.

    Quand à Waters, à conseiller l’album solo « Amused to Death », pour moi le meilleur album des années 90 – noir, cynique et aux textes implacables (cf « It’s a Miracle »), critiques. Et musicalement … ça déchire. Bien dans la filiation avec The Wall.

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