Cinéma : Crimson Peak, de Guillermo del Toro

Un nouveau film de Guillermo del Toro, c’est généralement une valeur sûre. Avec Tom « Loki » Hiddleston à l’affiche, ça pique d’autant plus ma curiosité que j’ai déjà vu passer des images du tournage en costumes d’époque, sur Tumblr : les fans de films de genre attendent le film avec impatience.

Les fantômes sont vraiment hideux

Les fantômes sont vraiment hideux

Disons-le tout de suite : on n’est pas déçus. Fantômes, manoir hanté, meurtres et mystères, c’est un bel hommage aux fondamentaux du genre, que ce soit la littérature anglaise (outre Mary Shelley, le film cite Jane Austen) ou les films de la Hammer. On dirait du Burton de la grande époque, sans Johnny Depp. C’est un compliment (je ne peux plus voir la tête de Johnny Depp, ni les films de Tim Burton. Tous les derniers que j’ai vus, je me suis ennuyée, donc ça fait un moment que je ne les regarde même plus sauf s’ils passent à la télé).

Tom Hiddleston est moins beau gosse (mais ce n’est pas l’avis de ses nombreuses fans, qui vont me lyncher). Néanmoins, il fait mieux le « woobie » – terme de fandom intraduisible, que TV Tropes définit comme « n’importe quel personnage qui vous rend terriblement désolé pour lui ». Parfois alors même que le personnage est moralement douteux, voire carrément maléfique.

Chabada bada

Chabada bada

C’était donc le cas dans les films de Marvel de Loki, Prince du Mensonge, personnage absolument pas recommandable dans la mythologie nordique, mais dont le scénario d’Avengers avait mis en avant le conflit intérieur d’enfant adopté qui se sent moins aimé que le fils de sang (avec le facteur aggravant qu’il est fils d’un Géant des Glaces, et que son père adoptif n’est autre qu’Odin, roi d’Asgard et accessoirement assassin de son père Laufey et génocide de son peuple… Un peu lourd comme bagage).

C’est aussi le cas dans Crimson Peak, où les fans de Hiddleston auront leur content de regards torturés, de sourires douloureux et de moues assassines (et même d’une brève scène de sexe avec paire de fesses Hiddlestonienne* apparente, alors que, avis aux hommes, on ne voit pas grand-chose de la plastique des deux protagonistes féminines).

Juste pour les Loki wives...

Juste pour les Loki wives…

Que cela ne fasse pas oublier le reste du film : à Buffalo, dans l’État de New York, autour de l’an 1900, la jeune Edith Cushing perd sa mère au tendre âge de 10 ans. Mais peu après, elle voit son fantôme squelettique, qui lui dit de se méfier de Crimson Peak. Quelques années plus tard, devenue une belle jeune fille, elle veut publier ses histoires, comme Mary Shelley. Son père Curtis Cushing (Jim Beaver), devenu riche industriel à la force du poignet, reçoit la visite d’un baronnet anglais, sir Thomas Sharpe (Tom Hiddleston). Celui-ci veut lever des fonds pour financer une machine afin de poursuivre l’exploitation de l’argile rouge dont sa famille tire sa subsistance. Cushing refuse de lui faire confiance, mais Sharpe séduit Edith.

Il l’épouse et l’emmène dans le Cumberland, dans le manoir familial délabré, qui sombre peu à peu dans le sol fragilisé par la mine d’argile rouge sur laquelle il est bâti… Un manoir qui saigne!

Est-ce qu'il a le look du rôle?

Est-ce qu’il a le look du rôle?

Le film est un bel hommage aux codes du genre, avec héroïne évanescente qui erre en robe vaporeuse dans un manoir délabré à la lumière des bougies, duo diabolique du frère et de la soeur Sharpe, fantômes flippants, mystères à gogo. Le tout modernisé avec des effets spéciaux qui rendent les fantômes gore et effrayants à souhait, une héroïne pas si quiche (même si un peu cliché dans le genre actuel de la « femme moderne de la fin du XIXe, qui prend exemple sur Mary Shelley, veut écrire des romans d’horreur mais peine à être reconnue du fait qu’elle est une femme et qu’on attend d’elle des romans d’amour, a une conscience sociale et annonce les suffragettes »), le côté steampunk de la machinerie de Thomas Sharpe, et un certain nombre de fausses pistes qui laissent planer des doutes sur ce qui se trame, même quand on a l’habitude de ce genre de film.

Méfiez-vous des brunes

Méfiez-vous des brunes

Un certain nombre de questions restent en suspens à la fin, cela dit, comme ce qu’il est advenu du père des Sharpe. Et à force de ne pas vouloir trop s’étaler en explications lourdes, comme certains films pour spectacteurs mal comprenants, des détails peuvent vous échapper si vous ratez une seule réplique. Evitez donc d’aller aux toilettes pendant le film.

Quelques détails sont à la limite de la cohérence : la mère des Sharpe est une vieille femme sur le tableau dans le château, or elle est morte quand les enfants avaient 14 et 12 ans. Ca laisse supposer qu’elle avait plus de 40 ans quand elle les a eus, un peu tard donc, surtout à l’époque et pour une aristocrate (plutôt mariées jeunes en général). Soit le décorateur assimilait « personnage strict » à « vieille peau », soit ils n’ont simplement pas pensé à ce détail. Idem, si j’étais poursuivie par un fantôme sanguinolent (ou autre chose, d’ailleurs), et que j’avais le choix entre descendre de l’étage par un escalier ou par un ascenseur antique, grinçant, dont la cage ressemble effectivement à une geôle, j’aurais plutôt tendance à éviter le piège à rat! Et certains éléments ne s’expliquent que pour ajouter des effets de manche (remarquez que le genre s’y prête, mais tout de même).

Imagerie très classique

Imagerie très classique

L’un dans l’autre, néanmoins, un bon film, aux images somptueuses, riche en références littéraires aux classiques fondateurs du roman gothique.

Fiche : Crimson Peak de Guillermo del Toro, avec Tom « Loki » Hiddleston, Jessica Chastain (en brune), Mia Wasikowska, Jim Beaver.

* A moins que ce ne soit celles d’une doublure. Je n’ai pas de référence pour identifier son postérieur d’un coup d’oeil.

8 réflexions au sujet de « Cinéma : Crimson Peak, de Guillermo del Toro »

  1. Ah ca me donne trop envie.En effet en voyant l’affiche et la bande annonce cela me fait penser à du Tim Burton (que j’adore). Il paraît que c’est le même réalisateur que le Labyrinthe de Pan que j’avoue je n’ai pas aimé. Rassure moi cela n’a rien à voir car j’ai très envie de le voir quand même ?

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