L’art ou la Cuistre : FIAC Hors les Murs et Saint-Gobain fête ses 350 ans

Création d’une nouvelle rubrique dans ce blog, ou plutôt d’une bannière sous laquelle ranger tous mes articles de visites de musée et autres.

Tu n’oses pas visiter les musées parce que tu n’y connais rien, c’est souvent cher (1), il n’y en a pas près de chez toi, tu as peur de t’y ennuyer au milieu de vieux barbons barbus prétentieux?

N’aie crainte : déjà, la barbe n’est plus guère en vogue chez les conservateurs de musée, moins que chez les hipsters. Ensuite, l’art c’est comme le vélo, c’est normal de ne rien y connaître tant que tu ne t’y es pas mis.

Enfin et surtout, il faut se dégager du poids français de la Pensée Unique sur ce que sont l’art et la culture, à quoi ça sert et comment l’apprécier. Tu n’aimes pas Machin, pourtant exposé au Louvre ou à Versailles? C’est ton droit. Tant que tu n’empêches pas les autres d’aimer et que tu ne casses pas le bouzin. Même si ça peut être tentant.

Il y a une Direction de la Création Artistique, au ministère. C'est vrai quoi, on ne peut pas laisser les artistes faire n'importe quoi. Ni laisser les acheteurs décider de ce qui est artistique, il faut encadrer ça.

Il y a une Direction de la Création Artistique, au ministère. C’est vrai quoi, on ne peut pas laisser les artistes faire n’importe quoi. Ni laisser les acheteurs décider de ce qui est artistique, il faut encadrer ça.

Mais si tu es curieux et tu aimes les belles choses, alors suis-moi dans mes visites culturelles en mode cuistre. Non, pas après avoir trop bu: cuiStRe, j’ai dit, pas cuite.

Définitions du Larousse :
1) Pédant qui étale avec vanité des connaissances souvent mal assimilées.
2) Homme qui manque de savoir-vivre, qui est grossier : Le dernier des cuistres ne m’aurait pas fait cette injure.

Je vais combiner les deux, si ça ne vous dérange pas. En essayant d’éviter la vanité. Voire la pédanterie. Quoique.

Il y aura des photos, des trucs beaux, des jeux de mots, des détails rigolos…

Commençons avec la FIAC hors les murs et les 350 ans de Saint-Gobain.

Rayons

Rayons

Voyez comme jusque dans le panneau explicatif cryptique, l’artiste fait référence aux liens qui empêchent l’homme de se libérer de sa condition, et qui… Ou bien c’est un panneau « interdit de marcher sur la pelouse ».

La FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) se tenait à Paris le week-end dernier, du 22 au 25 octobre. Pour ceux qui n’ont pas envie de payer 40 euros pour entrer dans un magasin, il reste la FIAC Hors les Murs : des oeuvres sont exposées au Jardin des Tuileries, place Vendôme et au Jardin des Plantes, et autres (visibles gratuitement, donc).

J’ai fait un tour au Jardin des Tuileries pour jeter un oeil. Ces oeuvres, souvent monumentales, posent la question « Qu’est-ce que l’art? Où s’arrête l’art et où commence le tour de force technologique? ».

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Question d’autant plus prégnante (c’est un mot prétentieux pour dire « qui s’impose, qui fait impression ») que juste à côté, place de la Concorde, Saint-Gobain fête son 350e anniversaire avec 4 installations monumentales, elles aussi. Elles se « visitent », moyennant de faire un peu la queue. On se retrouve, par exemple, dans le bloc aux arêtes éclairées sporadiquement (2) de Création, où on assiste à un spectacle son et lumière de lasers dansant sur des murs, dont certains incluent des LED recouvertes de tissu. Des effets sonores (éclair, tonnerre) font trembler l’ensemble, un peu comme dans certaines attractions de Disneyland pas violentes.

En fait, ces installations sont l’occasion pour l’entreprise Saint-Gobain, auto-proclamé « leader mondial de l’habitat », concepteur et producteur de matériaux de construction, de démontrer leur palette de technologies inventives dans la construction de bâtiment, de façon ludique et artistique. Dans les files d’attente, on peut patienter en découvrant sur des petits panneaux comment ils ont participé à divers grands projets de par le monde, comme les tours Petronas ou l’Aviator hôtel.

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Les 4 cubes resteront là jusqu’au 31 octobre. De nuit, c’est encore plus impressionnant, d’après les photos. Si vous passez dans le coin, ça vaut un petit tour.

Et là vous me direz : Pourquoi l’installation Saint-Gobain, c’est de l’industrie, et pourquoi à la FIAC, c’est de l’art?

Et bien, c’est une excellente question.
J’y vois la démonstration de l’actuelle définition d’art contemporain telle qu’elle est sous-entendue mais jamais dite (limite prégnante, même) : « Est art ce qui est fait par une personne reconnue comme artiste par le milieu de l’art ».

Et là vous me direz : Mais alors à ce compte là, si tout ce que fait un artiste, c’est de l’art, s’il fait de la merde aussi?
Eh bien oui. Ils sont même plusieurs à l’avoir fait au sens plus ou moins littéral.

Et là vous me direz : Mais alors, est-ce que ce ne serait pas la porte ouverte au copinage, aux réseaux, et aux productions faites en fonction des courants sans l’ombre d’un talent ou d’une inspiration ?
Et bien, vous êtes en droit de le penser.
Je suis en droit d’être plutôt d’accord avec vous.
Par contre, notez bien que vous n’êtes pas censé le dire tout haut dans un musée.
Parce que c’est comme l’histoire du Roi nu. Si vous attirez l’attention sur le fait que le roi est nu, vous le cuistre, c’est vous qui allez vous faire fouetter.

Enfin, je n’ai rien contre les oeuvres exposées à la FIAC, hein. Pour tout dire, ça a plutôt tendance à s’arranger, ces dernières années, même s’il y en a toujours qui ne laissent aucun doute sur « est-ce que cet artiste se fout de la gueule du monde? ».
Simplement, à les voir on se demande quand même si c’est de l’art.

Kiosque commandé par la ville de Paris.

Kiosque commandé par la ville de Paris.

Par exemple, ci-dessus, les deux kiosques commandés par la ville de Paris sont d’intéressants exemples d’architecture « mobile » : chaque kiosque est conçu pour pouvoir être transporté dans un semi-remorque, le toit se repliant en 3 parties. Le kiosque peut dont être installé n’importe où, pour servir d’espace de vente, de présentation d’événement culturel, etc. C’est bien conçu (quoique je me suis demandé, quid du chauffage, quid des commodités?). Mais pour moi c’est de l’architecture, ou du design, pas de l’art, si on doit y mettre une limite.

Il y a de jeunes élèves du Louvre qui sont là pour la « médiation » avec le public, et lui expliquer ce qu’il regarde, ou répondre aux questions. Des questions, j’imagine qu’il y en a. Mais si une oeuvre n’a de valeur que par les x références qu’elle fait à 15 autres oeuvres ou courants, ou le sens qu’y donne l’artiste, déjà c’est qu’elle a raté son but d’exprimer ce sens par elle-même, ce qui est tout de même la base.
Et de mon point de vue, on s’éloigne du concept de l’art pour rentrer dans celui de la digestion de singe savant…

(1) si tu es un jeune Padawan, beaucoup de musées sont gratuits pour les moins de 26 ans, pour les collections permanentes, et proposent des tarifs réduits pour les expositions temporaires.
(2) aucun rapport avec les spores, ni le sport. Ça veut juste dire « de temps en temps de façon irrégulière et interrompue ». Comme ma pratique du sport, remarquez…

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9 réflexions au sujet de « L’art ou la Cuistre : FIAC Hors les Murs et Saint-Gobain fête ses 350 ans »

  1. Ce que j’aime chez toi c’est ton honnêteté brute et pleine d’humour. Tu as une culture mais pas pas de prétention et la franchise de poser les questions que certains font mine d’ignorer pour paraître cultivés => Type : « Enfin, je n’ai rien contre les oeuvres exposées à la FIAC, hein. Pour tout dire, ça a plutôt tendance à s’arranger, ces dernières années, même s’il y en a toujours qui ne laissent aucun doute sur « est-ce que cet artiste se fout de la gueule du monde? ».
    Simplement, à les voir on se demande quand même si c’est de l’art. »

    Et ce n’est qu’un paragraphe parmi d’autres sur lequel je suis d’accord avec toi. XD

    • Merci! C’est sans doute plus facile de poser la question quand 1) on a un fond de culture donc on ne se sent pas complètement désarmé / dépassé 2) on a une culture scientifique, qui par définition remet en cause tout postulat non prouvé (et encore, même prouvé) et 3) qu’on n’a pas envie d’impressionner les gens qui eux, ont des prétentions 😉
      J’y vois des parallèles avec les jargons qu’utilisent les spécialistes, dans les domaines scientifiques notamment. Ce n’est pas toujours pour épater le non-connaisseur, mais il faut apprivoiser le jargon pour apprivoiser la matière.
      Et puis ça m’embête de passer pour snob parce que j’aime juste les trucs jolis, donc j’aimerais que tout le monde puisse les découvrir histoire au moins de se faire leur propre opinion.
      Et qu’on soit tous libres d’aimer ce qu’on veut, que ce soit considéré comme culturel ou pas, que ce soit un intérêt « savant » reposant sur 30 ans d’études d’histoire de l’art ou pas.

      … faut que je m’arrête sinon je vais écrire un autre pavé.

      • Ce qu’on appelle donc médiation scientifique/culturelle. Oui c’est tout un métier. C’est même une partie de ma formation.
        Peut-être la raison pour laquelle j’apprécie tes articles.
        Mais c’est surtout ton style basé sur des connaissances, mais sans prétention et plein d’humour. Ça rend les choses abordables et pas rédhibitoires. C’est important pour les gens.

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