Cinéma : Pan, le reboot

Pan, de Joe Wright, est un autre des films surfant sur la vague actuelle du recyclage. Pour s’affranchir du mythe originel tout en bénéficiant de son aura, le scénariste (un dénommé Jason Fuchs) a choisi de raconter les origines de Peter Pan. Tiens, mais au fait… Ce ne serait pas une fan-fiction sous forme de film, en fait?

L’histoire commence donc à Londres, durant la Seconde Guerre Mondiale, quand une jolie blonde étonnamment athlétique (elle saute par-dessus la grille du jardin de Kensington…) dépose en plein nuit un bébé devant l’orphelinat des Soeurs de la Prudence Eternelle, avec une lettre au nom de Peter et un pendentif en forme de flûte de Pan.

A l'approche de Neverland

A l’approche de Neverland

12 ans plus tard, Peter est toujours à l’orphelinat, tenu d’une poigne de fer par la sinistre et boîteuse Soeur Barnabas. Une nuit, les orphelins sont arrachés à leur lit… par des pirates descendus du ciel, ou plus exactement d’un bateau pirate géant. Après avoir évité de peu d’être descendus par une RAF commandée par de jolies femmes en uniforme, le bateau s’élève hors de la zone de pesanteur et retombe au Pays Imaginaire. Mais du mauvais côté : pas celui de la forêt enchantée, mais celui de mines à ciel ouvert, creusées par des orphelins « de toutes les origines et de toutes les époques » amenés là par la flotte de Barbe-Noire.

Ils extraient du « pixum », minerai de poussière de fée, sans savoir pourquoi. Je pensais qu’il servait à faire voler les bateaux pirate, mais il semble que ce soit surtout parce que Barbe-Noire en a besoin comme elixir de jouvence. Problème : le gisement est presque épuisé, et Barbe-Noire a peur de la mort. Il veut donc expulser la tribu d’Indiens de leur territoire, pour y étendre ses mines. Mais avec Tigerlily à la tête de ses guerriers, la tribu résiste aux pirates. Peter parvient à s’échapper des mines avec l’aide d’un vaurien beau gosse au grand coeur, nommé James Hook, et du contremaître, Sam Smiegel. Oui, ce sont censés être les futurs Capitaine Crochet et Mouche.

James Hook

James Hook



Par où commencer?… Sur le papier, ça semblait pouvoir être une bonne idée. Le problème repose sur l’exécution. Le scénario ici semble avoir été écrit par un garçon qui n’a jamais grandi. Ou pour des enfants, mais même des films pour enfants (cf Vice-Versa ou La Reine des Neiges) abordent des thèmes de façon plus adulte que ça. Tout est cliché : l’orphelinat de bonnes soeurs pas très catholiques, la mine (coucou Indiana Jones), le vaurien (coucou Han Solo), la prophétie de l’Elu (coucou Harry Potter)…

Et en même temps, les menaces ne sont pas très menaçantes. Il y a bien des morts, mais on ne voit aucun coup à part ceux qui ont un but comique. Les « Indiens » explosent carrément en gerbe de poussière colorée quand ils se font tuer. Et puis ils ne sont guère indiens : ça devait être le quota de diversité du film, la tribu rassemble des gens de toutes origines. Mais si le chef a une bonne tête d’Indien d’Inde ou d’aborigène, Tigerlily (sa fille!) est jouée par Rooney Mara (la Lisbeth Salander de la version américaine de Millenium), qui fait plus suédoise que Noomi Rapace. Comme arguments de charme, le film a aussi fait appel à Cara Delevingne pour jouer (mal) les sirènes (en triple), et Amanda Seyfried pour jouer la mère de Peter (à peu près 2 mn à l’écran). Les effets spéciaux ne sont réussis qu’une fois sur deux.

Barbe-Noire

Barbe-Noire

Il y a quelques idées un peu plus inventives, comme l’origine du mot « pan », ou les « bulles » flottantes d’océan entre lesquelles navigue le bateau à l’arrivée. Mais l’inventivité part dans tous les sens en dépit du bon (sens), comme pour l’entrée en scène de Barbe-Noire quand toute la mine chante une version de Smells Like Teen Spirit… Je suppose que le réalisateur a voulu rivaliser avec l’arrivée du Capitaine Crochet dans le Hook de Steven Spielberg, déjà ultra-cabot quand il était incarné par Dustin Hoffman, mais ça tombe à plat.
L’idée du pixum fait ressembler le film encore plus à Avatar que les marches dans la forêt « étrange et merveilleuse, pleine de bestioles menaçantes » (enfin, une sorte : les Oisimaginaires) et la romance entre le vaurien et la belle indigène. Bref, un patchwork où « c’est un film sur un pays imaginaire » devrait excuser toutes les faiblesses du scénario.

Tigerlily et Peter

Tigerlily et Peter

Au final, ça se laisse voir, il y a de jolies images, le gamin qui joue Peter, Levi Miller, est convaincant. Pour occuper les enfants pendant les vacances, ça devrait suffire. Mais on a quand même l’impression d’un grand vide comblé par des effets spéciaux.

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5 réflexions au sujet de « Cinéma : Pan, le reboot »

  1. Oh la la.. Les critiques ne sont vraiment pas glorieuses dans la blogosphère. C’est dommage, il me tentait vraiment mais maintenant j’ai plus trop envie de payer pour voir un truc qui va probablement me décevoir 😦

    • Je n’ai lu les critiques qu’après, donc je m’attendais plutôt à un bon film car je n’avais vu que les photos sur l’Instagram de Hugh Jackman, et il avait l’air enthousiaste. (en même temps il n’allait pas dire « Je me suis bien amusé à tourner mais le résultat est mi-bof, n’y allez pas! »… 😉 ).
      En étant prévenue, tu serais peut-être moins déçue. Mais si tu dois payer plein pot, ça peut peut-être attendre le passage à la télé, oui.

  2. Ping : Lecture : Peter Pan, le roman de J.M. Barrie | Fan Actuel

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