Journées du Patrimoine (2) : Hôtels d’Estrées, de Villeroy, de Castries, de Clermont… ministères et ambassades

Retour tardif sur les Journées du Patrimoine : le samedi de ce week-end d’exception, j’avais visité la fort luxueuse Agence Centrale de la Société Générale. Le jour d’après, je dirige mes pas vers les quartiers chics de la rive gauche.

Je commence par l’Hôtel d’Estrées, rue de Grenelle, résidence de l’Ambassadeur de Russie. Il n’y avait pas la queue à l’entrée, juste 1 ou 2 personnes le temps de passer le portique de sécurité. Dans la cour, une très jolie véranda de dentelle de métal blanche. Une fois dedans, il fallait patienter un peu pour circuler de pièce en pièce, mais ça restait à peu près fluide en laissant le temps d’admirer les pièces. Le bâtiment fait riche au début, mais en regardant de plus près, on réalise que les lustres n’ont plus beaucoup de cristal, beaucoup de pampilles ont été remplacées par du plastique, j’ai l’impression. Comparé aux bâtiments des ministères vus ensuite, ça fait un peu vide et « ancienne gloire ». A l’étage du haut, des explications étaient données par un guide assez drôle, et agréablement surpris de l’affluence.

Hôtel d’Estrées :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Bonne idée: en plus de la simple visite des salles d’apparat, les organisateurs avaient d’une part ajouté quelques feuilles expliquant qui étaient les illustres personnages sur les peintures et sculptures (Alexandre II et III, Nicolas II), ainsi que leurs liens avec la France. D’autre part, une exposition temporaire rendait honneur aux Russes installés en France qui avait lutté contre les nazis durant la Seconde Guerre Mondiale, dans la résistance ou avec le Général de Gaulle. Une manière de rappeler qu’il fut un temps où les rapports diplomatiques entre France et Russie étaient moins tendus qu’à présent. C’est de bonne guerre. Et de meilleur augure que s’ils faisaient de la propagande anti-française.

De leur côté, les ministères français rue de Varenne, visités ensuite, faisaient un peu pareil, en plus discret : à l’Hôtel de Castries, la directrice du cabinet du ministère du Logement avait un canard en peluche sur son bureau. Celui du ministère des Relations avec le Parlement (? ça consiste en quoi?) a un livre « A gauche les valeurs décident de tout » sur la cheminée, et un poster « La longue marche de la jeunesse » de 1968. Et le parc du Ministère de l’Agriculture s’orne depuis quelques années d’un potager, qui alimente la table du ministre en place de légumes frais.

Ministère de l’Agriculture :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Je n’ai pas visité l’Hôtel Villeroy, le bâtiment principal du Ministère de l’Agriculture au N°78 de la rue de Varenne, à part la salle Sully dont l’entrée était à part. Il y avait trop la queue, et je n’avais pas envie d’attendre. Je me suis contentée de faire le tour du mini-salon de l’Agriculture qu’ils tenaient dans la cour et le parc : au programme, des exposants, des dégustations, une pause goûter cake / jus de framboise pour moi, une démonstration de traite de brebis, du travail d’un chien de berger (qui a beaucoup attiré les petits. Enfin, les petits… Photo prise juste avant que j’aille moi aussi grattouiller le chien).

Ca ne m’ôte pas un sentiment contradictoire à voir les ors de la République : d’un côté, je me dis que le luxe et les dorures ne doivent pas les aider à garder les pieds sur terre, et je les enverrai bien bosser dans des Algeco ou dans un open space HP2012 mal chauffé et bruyant (surtout Emmanuel Macron, qui se vante de bien connaître le monde du travail, mais qui a mon avis connaît exclusivement celui des bureaux luxueux. Mais c’est un peu tard pour lui, de toute façon, vu qu’il s’est exclus de lui-même du ministère). D’un autre, l’Etat est propriétaire des des immeubles et des meubles (le Mobilier National regorge de meubles plus ou moins anciens et précieux), alors autant qu’ils servent à quelque chose : en payer l’entretien sans rien y installer serait vraiment jeter l’argent par les fenêtres. Et puis ça doit faire plaisir aux diplomates étrangers qu’on les reçoive dans des locaux Vieille France.

Travaillant dans le privé, je vois bien qu’un cadre moderne n’empêche pas nos grands pontes, dès qu’ils prennent de nouvelles fonctions et s’installent dans un nouveau bureau, de commander des meubles modernes très chers. Avec la moquette. Il y aurait une -courte- étude à faire sur la proportionnalité entre l’épaisseur de la moquette et le niveau hiérarchique). Le truc râpeux râpé en carrés shampouiné une fois tous les 5 ans (et encore), c’est pour les grouillots. Si tu enfonces le pied sur une moquette moelleuse, c’est que tu approches des bureaux de la direction. Bref. En plus, si vous regardez les photos avec attention, vous verrez que de toute évidence, les anciens hôtels particuliers sont aussi mal chauffés que les préfabriqués.

Hôtel de Castries :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ensuite, voyant de la lumière, je suis entrée dans l’Hôtel de Castries, au N°72 : il abrite actuellement le ministère de l’Égalité des Territoires et du Logement. Seul le rez-de-chaussée était ouvert à la visite, et je me suis demandée ce qu’il y avait à l’étage : des bureaux plus encombrés et moins tape-àl’oeil? Ou, d’après les photos du PDF de présentation, des salons de réception constrastant encore plus avec la fonction du ministère? En tout cas, la vue sur le parc est jolie. En sortant, dernière ironie : autant à l’hôtel d’Estrées, les visiteurs pouvaient utiliser les toilettes de l’ambassadeur (plus ou moins. En tout cas celles des salles de réception), autant ici, ceux qui ont une envie pressante sont priés de la soulager dans cette cabane de chantier. A nouveau, je me demande si c’est juste pour la visite, ou si les cordonniers sont les plus mal chaussés et que la plomberie de l’an 1700 a besoin de réfection (oui, j’ai des interrogations très terre-à-terre, parfois).

Hôtel de Clermont :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Dernier arrêt : Hôtel de Clermont, au N°69 de la rue de Varenne – Ministère chargé des relations avec le Parlement. Meublé un peu plus à l’ancienne, avec un très beau parquet, et une reproduction, si je ne m’abuse – on ne pouvait pas s’approcher – de la jeune fille de Houdon en porcelaine biscuit qui fait toujours plaisir à voir. Oui, elle est choupette, et il y a des copies dans presque tous les musées que j’ai vu, il me semble… A force, c’est presque comme une copine, un peu à la manière du « petit bonhomme rigolo », alias « l’amour au silence » de Falconet. Là encore, on ne peut visiter que le rez-de-chaussée et le parc – très agréable.

Il paraît que l’Etat cherche à le vendre. Pour une fois, je suis un peu d’accord. Je veux dire par là qu’en visitant à la suite 3 de ces ministères et en sachant qu’il y en a encore quelques dizaines dans le même genre, a-t-on besoin de tous? D’autant que les vieux bâtiments, ça coûte cher à entretenir. Ils ne sont sans doute même pas aux normes qu’ils édictent eux-mêmes en terme d’isolation thermique! Ont-ils fait le calcul comparatif de combien ça coûte et combien ça économise?

D’un autre côté… du coup vous avez intérêt à vite en profiter pour les visiter aux prochaines Journées du Patrimoine, avant qu’ils trouvent preneur!

Publicités

7 réflexions au sujet de « Journées du Patrimoine (2) : Hôtels d’Estrées, de Villeroy, de Castries, de Clermont… ministères et ambassades »

  1. De quoi écrire un traité: de la hiérarchie sociale de l’épaisseur de la moquette ( et de la qualité du mobilier)!

    Sympathique balade bien racontée ceci dit !

    • Il y a tellement de signes extérieurs de pouvoir comme ça en France, c’est assez dingue. A l’inverse, j’avais vu un reportage où en Allemagne même Angela Merkel a un bureau assez banal. Et Dominique de Villepin qui disait qu’il l’avait croisée qui achetait son pain aux Galeries Lafayette de Berlin. Alors qu’en France, c’est le lauréat du prix de la meilleure baguette de France qui livre l’Elysée tous les jours pendant un an…

        • Oui.. Après, comme je dis dans l’article, d’un certain point de vue ces hôtels particuliers luxueux et les mobilier Louis quelque chose, on l’a déjà… Faire construire des bâtiments modernes et devoir entretenir quand même ceux-là au nom du patrimoine ferait sans doute double emploi. Mais j’ai du mal à croire que vivre dans les dorures comme ça n’influence pas leur ego 😛

Les commentaires sont fermés.