Parisienne mais presque : pourquoi les Parisiens font la gueule dans la rue / les transports

D’abord, éclaircissons un point : ils ne font pas la gueule. Ils arborent un visage neutre et fermé. Certains provinciaux (voire venant de plus loin que les provinces françaises) s’étonnent qu’ils ne disent pas bonjour.

Ceci pour plusieurs raisons (pas spécifique à Paris, la plupart des très grandes villes entraînent les mêmes effets).

1) la ville est une jungle pleine de gens dont l’objectif est de vous soutirer de l’argent.

Mendiants, vendeurs de mutuelles, diseuses de bonne aventure, marchands de ci ou de ça, rabatteurs pour salons de manucure ou pour restaurant… Plus on a l’air souriant et ouvert à la discussion, plus ils essaient de vous mettre le grappin dessus et se montrent insistants, vous faisant perdre d’autant plus de temps et d’énergie.
Si déjà, vous tirez une gueule de Bacri, on vous prendra un peu moins pour une proie facile.

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2) la ville est pleine de monde, point.

Tellement pleine de monde qu’on y a en permanence l’impression que les autres empiètent sur notre espace personnel. J’ai une théorie (d’introvertie) comme quoi on a une résistance limitée l’interaction avec les autres avant de péter un câble. En tout cas, moi oui. Or quand on travaille en open space, qu’on prend les transports en commun pour aller au boulot, et que faute de temps pour rentrer chez soi, on mange en restaurant (d’entreprise ou dehors) à la pause déjeuner, ou au mieux dans des salles dédiées à cet effet, en général avec du monde autour, le seuil d’interaction est déjà à saturation tout le temps.

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« Les autres sont toujours, toujours en overdose », pour reprendre une chanson connue.
La présence dans ces lieux publics de casse-couilles patentés incapables d’utiliser des écouteurs, de cinglés qui vous gueulent dessus leurs délires complotistes et de gens qui croient que leurs conversations intéressent tout le wagon, n’arrange pas la situation.
Donc, dès qu’on peut, on s’isole dans sa bulle pour recréer un semblant d’intimité en lieu public. Ecouteurs, livre, journal, téléphone portable, liseuse. Question de survie mentale.

3) la politesse, c’est relatif.

« A la campagne, une journée type dans le coin? Le facteur, un tracteur,… et rien. »

Ne croyez pas que j’assène là un cliché de parigot qui n’a jamais mis les pieds en province : avant de venir à Paris, j’y ai vécu des années, dans des villes de taille diverse, de 10 000 à 500 000 habitants. Et une partie de ma famille vit dans des patelins plus petits.
Dans les petites villes, on peut passer sa journée sans rencontrer plus de 10 personnes. Dont 2 qu’on connaît, 3 qu’on connaît de vue, et les 5 suivantes qui connaissent les précédentes. A force, on peut dire bonjour à tout le monde. C’est pas comme si ça prenait beaucoup de temps, et vu la maigre teneur en échanges sociaux dans la journée, ça fait toujours plaisir (introverti ou pas, si on passe toutes ses journées sans voir personne, ça finit par peser).

A Paris, si vous dites bonjour à tous les gens que vous croisez, déjà ça va vous prendre la journée. Au bout de 20 mn dans la rue, vous allez en avoir marre. Au bout d’une heure, vous n’aurez plus de voix. On se limite donc à dire bonjour : aux voisins d’immeuble, aux commerçants, voire aux gens du quartier qu’on connaît de vue, aux collègues qu’on connaît.
En plus, si vous dites bonjour à tout le monde, vous allez vous faire regarder de travers. Parce que comme indiqué précémment, la ville étant une jungle, un bonjour non « motivé » est perçu comme une invasion d’espace personnel, voire potentiellement comme une tentative de contact en vue d’une future extorsion de fonds.

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4) la ville est « time-consuming » (consommatrice de temps).

En ville, tout prend plus longtemps. Tu fais la queue à la boulangerie, au supermarché, à la caisse des magasins, tu attends ton métro, ton bus, pour être servi au restaurant, tu as toujours une demi-heure de trajet pour aller n’importe où (et encore, quand tu as de la chance).
Moralité, tu perds tellement de temps dans une semaine type que tu essaies d’éviter d’en perdre davantage sans une bonne raison.
Etre importuné par un dragueur à la con, c’est une mauvaise raison.
Etre suivi sur 10 mètres par un type qui veut te vendre une mutuelle, c’est une mauvaise raison.
Faire du social avec quelqu’un que tu n’as jamais vu de ta vie et que tu ne reverras jamais, c’est une mauvaise raison.
Ecouter le blabla d’un mec qui veut te faire signer un engagement de don mensuel à une bonne oeuvre, et qui quand tu poursuis ton chemin t’engueule parce que « Ah ben c’est comme ça alors, il n’y a plus de dialogue, plus de relations entre personnes, c’est du propre! », c’est une putain de mauvaise raison, et tu regrettes d’autant moins de ne pas avoir écouté son baratin bien-pensant, et tu t’arrêtes d’autant moins la fois d’après.

Barrez-vous, cons de miiiimeuuuuh!

Barrez-vous, cons de miiiimeuuuuh!

Bref…

Tout ça pour dire que oui, effectivement, à Paris / dans les grandes villes, on a tendance à faire un peu la tronche dans la rue et les transports. Mais c’est essentiellement parce que sinon, on se fait emmerder à longueur de journée, alors que celles-ci sont déjà bien remplies.

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6 réflexions au sujet de « Parisienne mais presque : pourquoi les Parisiens font la gueule dans la rue / les transports »

  1. Article très cool et plein de vérités. Oui les Parisiens ne sont pas que des gros cons de naissance, ils font surtout la gueule parce que cette ville les agresse en permanence !

    • Je me souviens d’un acteur disant qu’en arrivant en Californie, les casteurs lui trouvaient un air agressif. En fait il avait fini par réaliser qu’à force de vivre à New York, il avait pris l’habitude de prendre une attitude « no bullshit », parce que sinon il se faisait emmerder (d’autant qu’il n’était pas particulièrement grand). Hors à L.A. c’était plus relax donc il passait pour un gros dur 😉 . Mais depuis, je pense que beaucoup de grandes villes déclenchent les mêmes réflexes…

      • Très bon exemple oui ! C’est clair que je suis plus détendue dès que je m’éloigne de Paris où je ne me sépare pas de mon masque « dont fuck with me »

  2. Ping : Parisienne mais presque : aider les touristes dans le métro (4) – des fois on le fait, si si | Fan Actuel

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