Concert : Europe et Scorpions à Lille – 21 novembre 2015

Ni la météo lilloise apocalyptique, ni les attaques à Paris et Bamako n’ont empêché les fans de gros son de remplir le Zénith de Lille ce samedi 21 novembre. Ils sont venus voir la tournée des 50 ans du groupe allemand Scorpions, avec en première partie de luxe Europe, l’autre groupe suédois. Le temps de passer des contrôles de sécurité plus poussés qu’à l’habitude, sous la pluie, je me dirige vers la fosse sans m’arrêter aux stands de bonbons et de gaufres (? ça se ramollit le public…) ni de merchandising (30 à 40 euros le T-shirt, les vaches!). Le billet est catégorie 2 assis/debout, mais les deux maigres zones de gradins concernées sont déjà pleines. Ça m’apprendra à avoir sous-estimé l’heure d’arrivée des fans, et aussi leur préférence pour la fosse vue l’affiche.

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Il faut dire que si le groupe fête ses 50 ans, c’est aussi la moyenne d’âge de son public. J’y compte pourtant aussi pas mal de jeunes, dont certains se moquent des anciens fans « qui n’ont pas évolué ». Dis donc gamin, tu sais que tu es venu voir un groupe qui faisait du rock avant que tes parents soient nés?… Et que question look, certains sont restés résolument rock, au moins en concert? Et heureusement : quel meilleur endroit pour ressortir ses vieux t-shirts du groupe? Dissonance cognitive much?

Bref. On voit un grand blond essayer les instruments un à un, puis plus personne sur scène, puis la salle s’éteint. Ça poinpoinponne soudain, sous les vivats de la foule, et les Suédois de Europe attaquent le concert par deux morceaux bien musclés. Joey Tempest, le chanteur, s’agite d’un bout à l’autre de la scène, fait virevolter son pied de micro.

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Joey a photobombé alors que je voulais photographier ses potes…

Entre deux chansons, il salue Lille et dit qu’ils sont heureux de revenir en France. Il s’essaye au français « C’est magnifique ». Le public, un peu mou, jusque là s’anime en reconnaissant le 3e morceau, le hit Superstitious. Et s’amuse et chante encore plus quand, au 2e refrain, le groupe effectue une transition reggae pour passer à No Woman No Cry. Je ne m’attendais pas à entendre des Suédois chanter du Bob Marley ce soir, mais pourquoi pas…

Le live, c’est aussi ce genre de petites surprises.

Après avoir remis du gros son sur Scream on Anger, le groupe refait plaisir au public avec la ballade Carrie. C’est curieux, mais comme souvent chez les groupes de hard rock, leurs titres les plus connus sont les ballades. Enfin, pour Europe, pas tout à fait. Le titre suivant, Rock the Night, issu de leur premier album, est connu aussi alors qu’il bouge. Mais comparé aux autres morceaux qu’ils interprètent ce soir, c’est plutôt soft. Concession obligatoire pour le succès?

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Joey a des petits ratés de voix par moments, qui trouvent leur explication quand, après avoir bidouillé son boîtier son, il profite d’un pont musical pour aller discrètement dire deux mots au gars de la console son sur le côté. Il revient en faisant signe à un de ses comparses qu’il a un problème de retour son dans ses oreillettes. Il s’en tire plus que bien dans ces conditions.

Joey prend sa guitare pour le morceau Days of rock’n’roll. Je ne peux pas trop commenter ce qui se passe sur scène: malgré mes talons compensés, je ne vois les musiciens que de temps en temps entre les têtes. Et encore, ça va, il y a peu d’appareils photos levés, sauf sur les morceaux emblématiques. Les Suédois bougent encore pas mal pour des quinquagénaires, et ont l’air d’être contents de pouvoir se produire dans de grandes salles dans toute l’Europe grâce à Scorpions. C’était une bonne idée de les associer: je ne sais pas si je serais allée voir les uns sans les autres, mais là, c’était l’occasion de voir sur scène deux groupes de ma jeunesse (enfin, Scorpions était déjà plus qu’établi à l’époque…).

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D’un côté, ils pourraient déplorer de devoir faire la première partie pour ça, et qu’une bonne partie du public ne connaissent que leurs grands succès. D’un autre côté, c’est déjà génial, je trouve, pour un groupe, d’avoir à son actif au moins un titre comme The Final Countdown, qui met littéralement en transe les 7000 personnes de l’assistance, jeunes et vieux confondus. Même ceux qui ne sont venus que pour Scorpions connaissaient et ont pu reprendre en choeur au moins le refrain. Quant à moi, même sans avoir « révisé », je me souvenais quasiment de tout. Le morceau reste excellent. Je suis sûre qu’il rendrait très bien avec des vrais cuivres en plus.

C’est donc bien échauffé par ces 3/4 d’heures de rock que le public réagit en voyant un énorme rideau au logo des Scorpions descendre des cintres. De ma place sur le côté de la fosse, je vois des essais de projection faits sur le mur du fond. Je commence à me demander s’ils ont eu le temps de faire les balances, avec tout ça… Si ce n’est pas le cas, ça n’aura pas de conséquence audible.

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Matthias Jabs

Ça commence à boumboumer, des flammes et un météore apparaissent sur l’écran du fond, toujours planqué par le rideau, lequel finit par tomber dans une débauche de son. Les vieux sont dans la place! Bon, ils trichent : certes le groupe a débuté il y a 50 ans, mais le seul membre de l’époque encore dans le groupe est le guitariste et compositeur Rudolf Schenker. Le chanteur et auteur Klaus Meine a rejoint le groupe 4 ans plus tard. Et le deuxième guitariste emblématique, Matthias Jabs (60 ans) encore 10 ans plus tard. Le groupe est complété de deux « jeunots », le batteur James Kottak, 52 printemps, cheveux peroxydés et yeux noircis au kohl (pas Helmut), et le petit dernier, le bassiste, Pawel Maciwoda, bébé de 48 ans. Ça rocke et ça se démène sur scène, avec un bel enthousiasme juvénile.

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Klaus Meine

Je me demande si le rock ne conserve pas mieux les rockers que les fans – j’ai mal au dos à force de lever la tête pour voir quelque chose entre les têtes. Heureusement, en bons Teutons, Scorpions a fait monter une scène avec une estrade de 2m de haut, où trône le batteur. J’ai donc toujours quelque chose à voir, et on peut dire qu’il fait le show. Il est fréquemment rejoint par l’un ou l’autre de ses camarades, et quand ce n’est pas le cas, il y a aussi les écrans à regarder. Merci d’avoir pensé aux rase-mottes. En revanche, c’est encore un concert à déconseiller aux épileptiques : ils n’ont pas lésiné sur les spots stroboscopiques. Entre mon expérience de Tokio Hotel et le concert de Rammstein vu sur Arte, je commence à me demander si cette démesure de moyens est une caractéristique des groupes allemands. Héritage wagnérien? Ou plus simplement, « parce qu’ils peuvent ».

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Rudolf Schenker

Je mets un moment avant de réaliser qu’il y a aussi une avancée jusqu’au milieu de la fosse, où le groupe se rassemble plusieurs fois, dont une pour un interlude « calme » : Klaus Meine annonce qu’ils dédient la prochaine chanson aux victimes des attaques de Paris. L’écran affiche le symbole de la paix englobant la Tour Eiffel, et le drapeau bleu blanc rouge. Moment d’émotion pour Send me an Angel, donc. Klaus et les deux guitaristes sont rejoints par la rythmique (James Kottak sur le même type de caisson carré qu’Olivier Baldissera au concert de Corson à la Cigale, c’est une nouvelle mode pour les batteurs?), pour Wind of Change. Autre hymne, en son temps, à la chute du mur de Berlin, la Perestroïka, la fin de la Guerre Froide…

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En l’entendant, je me souviens de la chute du mur de Berlin. Je fais partie de la génération qui n’avait pas connu la guerre en personne – même si la France a fait la guerre ailleurs. En entendant cette chanson, je me rappelle qu’à l’époque, on se disait que le monde allait dans le bon sens, vers la réconciliation, la paix globale, les pays en voie de développement se développaient… On se trompait. Depuis une dizaine d’années, on retourne vers la barbarie et l’obscurantisme. Et pas que dans des pays où on en sortait tout juste.

Mais foin de considérations pessimistes : ainsi que l’avait annoncé Klaus Meine en début de spectacle, ce premier concert en France depuis les attaques est forcément spécial, une célébration ensemble de la musique, la paix et l’espoir. A coups de riffs de guitare saturée, de basse qui balance des ondes de choc par les hauts-parleurs et de batterie qui décoiffe. Ouais ben ça défoule, en même temps… Il y a même un titre où Klaus laisse tomber le micro pour la guitare, parce que 2 guitaristes et un bassiste ça devait pas encore être assez (en plus, il me semble en avoir aperçu un 4e en renfort sur un autre morceau).

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Pawel Maciwoda, Matthias Jabs et le guitariste mystère

Pendant que ses potes vont se faire une pause en coulisses, James Kottak entame un solo de batterie qui serait déjà renversant venant d’un trentenaire, alors que son « piédestal » se surélève de 2-3 mètres supplémentaires. Pour la deuxième fois de la soirée, il ôte son t-shirt pour nous montrer le tatouage Rock’n’roll forever qui recouvre son dos. Yeah, man! Je me surprend à faire la corna. A Rome…

Le groupe se souvient de quand ils étaient jeunes parmi d’autres groupes allemands, et qu’ils espéraient avoir du succès chez eux, peut-être avoir un peu de reconnaissance au delà des frontières, et qu’ils sont arrivés en haut des ventes en Europe – pour lancer Top of the Bill. Il y aura aussi le réjouissant Rock’n’roll Band.

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James Kottak

La lyric vidéo illustrant un titre de leur nouvel album, We Built This House on a Rock, prouve qu’ils ne font pas que se reposer sur leurs acquis. Une belle chanson de couple, qui vaut aussi pour un groupe.

Le groupe salue le public avec effusion, et disparaît en coulisses. Quand on a un peu de « bouteille » en tant que spectateur, on se doute qu’ils vont revenir, mais on gueule et on applaudit comme les autres pour leur donner vraiment envie de le faire. Dans les gradins, ça tambourine du pied avec ferveur.

Forcément, ils reviennent, forcément, pour entonner THE mega-hit de leur carrière, qui n’a pas pris une ride (contrairement à nous) : Still Loving You. Nickel. A la hauteur du culte. Et pour ne pas finir sur une ballade parce que zut, c’est des rockers quand même, ils terminent sur un Rock you like a Hurricane qui met le feu au Zénith de Lille.

Slideshow de mes photos potables ci-dessous

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Merci Scorpions! C’était une belle leçon de rock’n’roll. Pour des sexagénaires, ils ont plus le feu sacré que certains qui pourraient être leurs enfants.

Ça valait le coup de venir jusqu’à Lille se geler les extrémités sous la pluie (il n’y avait plus que des places pourries à Bercy quand j’ai regardé, et quitte à me taper la fosse, je préférais la fosse du Zénith de Lille à celle de Bercy).

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