Nostalgeek : Héros de ma jeunesse : Yoko Tsuno

A l’heure des débats sur le genre, et aux héroïnes qui certes existent, mais seulement pour des séries pour filles en tant que personnages principaux, et qui ressemblent toutes à des Barbies surmaquillées et déhanchées (parce que bon faut pas déconner quand même, s’il faut mettre des héroïnes, il faut qu’elles soient sexy avec des poitrines d’actrice porno, même pour des séries pour petites filles…), je repense avec nostalgie aux bandes dessinées qui ont bercé ma jeunesse.

En particulier, je vais commencer par Yoko Tsuno, électronicienne japonaise installée en France et enquêtrice de l’étrange. Je réalise ma chance, maintenant, d’avoir pu lire ses aventures à un jeune âge, sans avoir à me demander s’il me faudrait changer de sexe pour vivre des aventures formidables, ou simplement pour faire autre chose à l’âge adulte que potiche, femme au foyer ou caissière chez Félix Potin (même si Félix Potin n’existait déjà plus).

aventures electroniquesLa série est publiée dans le magazine Spirou (oui, dans la série des concepts qui ont disparu, réapparaissent sporadiquement pour replonger ensuite… les magazines publiant des bandes dessinées par épisode), dès 1970 par Roger Leloup, un auteur belge. A l’origine, la série devait mettre en scène le Trio de l’Etrange : Vic Vidéo, Pol Pitron (c’était encore la mode des personnages de bande dessinée aux initiales doubles, comme Lucky Luke) et Yoko Tsuno. Mais rapidement, tout comme Laureline avec Valérian, Yoko éclipse ses comparses – qui malgré tout resteront à ses côtés. C’est donc son nom que portera la série.

Vic et Pol, qui travaillent à la technique pour la télévision, rencontrent Yoko alors qu’elle s’introduit furtivement de nuit dans des locaux : ils pensent interrompre un cambriolage, alors qu’en fait elle testait le système de sécurité pour les propriétaires de l’entreprise. Ingénieur électronicienne, elle est recrutée illico par Vic pour compléter sa petite équipe de télévision. Ils commencent par des reportages sur des sujets plus ou moins scientifiques.

YokoTsunoT27_bannerEn cherchant l’origine d’un assèchement de rivière, ils découvrent, sous terre, une communauté d’extra-terrestres humanoïdes à la peau bleue, les Vinéens. Ceux-ci sont arrivés sur Terre avant la civilisation, fuyant leur planète condamnée, et ont créé des villes sous terre pour se protéger des Terriens. L’arrivée de Yoko et de ses amis précipite la chute d’un tyran, et permet aux Vinéens d’espérer un jour pouvoir vivre en harmonie avec les Terriens. Les rencontres avec l’autre et la tolérance seront toujours un des piliers de la série. Les aventures avec Khâny et les Vinéens, voire sur Vinéa, constitueront l’un des thèmes récurrents de la série.

Une autre thématique, oscillant entre science ludique et fantastique démasqué (souvent les mythes s’avèrent avoir des explications scientifiques), sera les aventures en Allemagne et dans d’autres pays d’Europe du Nord (Bruges, etc). Ceci s’explique par un partenariat initial de Dupuis et une édition des aventures de Yoko en allemand par Taschenbuch. Rétrospectivement, la lecture des aventures de Yoko avec son amie Ingrid Hallberg sur les bords du Rhin à la recherche de l’Orgue du Diable, ou dans les charmantes ruelles de Rothenburg pour sauver une petite fille, ont sans doute contribué à me faire aimer l’Allemagne avant même d’y mettre les pieds.

D’ailleurs, lors de mon second voyage là-bas, c’est justement le long du Rhin que j’avais choisi de me balader, remontant de Cologne jusqu’à Coblence, et de là prenant le train de montagne qui longe le Rhin vers sa source, accroché au flanc de la pente abrupte. C’est une ligne régulière, mais avec de superbes paysages pour les touristes et qu’on leur conseille souvent. Vous pouvez monter jusqu’à Oberwesel, visiter, et « redescendre » ensuite le Rhin avec un bateau de croisière pour passer au plus près de la Lorelei. A mi-chemin, j’avais fait halte à Sankt Goar (Saint Goar), non loin du rocher de la Lorelei, me demandant si j’y reconnaîtrai des décors de la BD. Je n’eus pas à aller loin : à 100m de la gare, je suis tombée sur la vue où j’ai incrusté les personnages :

yoko_zur_krone_bd vs rl

Près de 30 ans séparent le dessin de la photo. La comparaison illustre assez bien le soin apporté aux détails par Roger Leloup… (Le petit village n’a guère d’intérêt touristique à part ça. La charmante dame de l’office du Tourisme de Coblence qui m’a indiqué un itinéraire de visite de la région n’a pas compris pourquoi je voulais à tout prix m’y arrêter). D’ailleurs des fans ont eu la même démarche mais plus poussée, et sont carrément allés sur presque tous les sites vus dans les albums pour les répertorier et les photographier, c’est impressionnant! Le résultat sur ce site :
Yoko Tsuno, l’amitié au bout du rêve

yoko monyaAutre personnage récurrent : Monya, une jeune fille venue du futur dans un « translateur » de temps. Grâce à elle, les aventures de Yoko s’étendront aussi dans le passé – et s’inscriront comme les périples Vinéens en pleine science-fiction. L’étrange et le mystérieux dans la série ne s’éloignent jamais beaucoup du scientifique, alors que la narration fait la part belle à l’amitié et à la compassion. Yoko est un personnage très humain, et les gens, créatures extra-terrestres ou robotiques qu’elle rencontre aussi.

A partir du tome 9, Yoko ira également fréquemment en Asie, non seulement au Japon dont elle est originaire, mais aussi la Chine, l’Indonésie…

Depuis 2006, la série bénéficie d’une réédition en intégrale, regroupant 3 volumes (par thèmes et non chronologiques), ainsi que d’intéressants documents sur la genèse des histoires. Une très bonne initiative de Dupuis.

layouts

Un 27e opus est sorti en juin dernier, le Secret de Khâni. J’ai raté quelques tomes, alors je ne reconnais pas toutes les jeunes femmes, petites filles et créatures étranges que l’on croise au fil des pages. A chaque aventure, Yoko s’est fait des amies et des alliées, de toutes origines. Ça devient très peuplé dans le cottage écossais de son amie Cecilia! On retrouve dans ce tome les ingrédients qui ont fait le succès de la série: aventure, mystère et ode à la tolérance et à la différence.

P.S. : « bizarrement », à cette époque-là, une femme dans la fiction pouvait être active, intelligente et scientifique sans pour autant être transformée en parodie de geekette aux goûts trop bizarres et socialement handicapée… Alors certes il n’y en avait pas beaucoup, Yoko était une petite révolution, mais est-ce qu’on a tant progressé que ça? Ou au contraire seulement créé de nouvelles petites cases tout aussi étroites pour y enfermer les gens?

Quelques liens :
Le site officiel (bien fourni et clair)

La communauté Facebook – pour suivre toute l’actu (j’avoue y avoir emprunté le dernier scan, qu’ils me pardonnent)

Un excellent site de fans

Une longue interview de Roger Leloup publiée l’an dernier sur ActuaBD

13 réflexions au sujet de « Nostalgeek : Héros de ma jeunesse : Yoko Tsuno »

    • Oui, les anciens sont toujours aussi bien.🙂 Je les avais relus peu avant un autre voyage en Allemagne, pour voir si je pouvais prendre d’autres photos, et j’aimais beaucoup l’ambiance, les personnages.

  1. Ping : Nostalgeek : Héros de ma jeunesse : Yoko Tsuno | musnadjia423wordpress

  2. Moi, je suis passée à côté et le regrette car ça correspond parfaitement à mon univers…mais je n’aimais pas les BD à l’époque : il n’est jamais trop tard.
    Je confirme, très bel article !

    • Si tu veux te lancer dedans, je te recommande plutôt les premiers. Comme toute série de BD, graphiquement le tout début n’est pas le plus abouti, mais les histoires courtes en question sont rassemblées dans le tome 4. Il est surtout intéressant si on veut découvrir comment les personnages se sont rencontrés.
      Et bonne année!🙂

  3. Très bel article ! Je me rappelle surtout de l’album « la proie et l’ombre » qui était mon préféré et que je lisais dans le rayon des BD au supermarché… Car bizarrement, je n’en ai jamais eu un seul à la maison ! Et pourtant, ces derniers mois, je relis peu à peu l’intégrale en accompagnant l’une de mes filles à son cours de musique à la MJC : il y a une bibliothèque dans le bâtiment et je passe l’heure d’attente… sur des Yoko Tsuno justement ! J’ignorais totalement la précision des illustrations par contre, c’est impressionnant !

    • J’ai découvert tout à fait par hasard à quel point le travail documentaire de Roger Leloup était précis. Quand j’ai vu « en vrai » l’endroit que j’ai pris en photo, j’ai été bluffée. Du coup ça me donne envie d’aller visiter Rothenburg un jour🙂 (la Frontière de la Vie).
      La Proie et l’Ombre donnait vraiment le vertige avec son intrigue🙂

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