Les fans au cinéma (3) : fans obsessionnels

« Backstage » (2006), film français d’Emmanuelle Bercot, met en présence une fan, Lucie (Isild le Besco), et son idole, Lauren Waks (Emmanuelle Seigner). Pour les besoins d’une émission de télévision, Lauren apparaît un soir dans le jardin de la mère de Lucie, devant les caméras avides de capter l’émotion de la jeune fille. Sous le choc de rencontrer enfin la chanteuse à qui elle voue un culte, Lucie est incapable de rien dire et s’enferme dans sa chambre. Lauren essaie de la convaincre d’en sortir, en vain. Elle n’obtient qu’un petit mot griffonné, glissé sous la porte. Elle s’en va avec son équipe, et finalement suivie par une Lucie hystérique.

backstage seigner

Le calme retombé et consciente d’avoir gâché sa chance, Lucie part à Paris, portée par l’espoir naïf et un peu fou que Lauren était sincère quand elle lui a dit qu’elles se reverraient. Elle trouve le palace où séjourne la star, le Plaza Athénée, devant lequel d’autres fans crient son nom en vain. Après avoir passé le nuit sur le banc d’en face, elle réussit à entrer dans l’hôtel (pas terrible, la sécurité…). Juliette, l’assistante de Lauren, intercède en sa faveur et lui obtient quelques minutes avec Lauren, tout en la prévenant que ce n’est pas pour autant qu’elle deviendra son amie. Lucie n’est guère plus loquace cette fois, parvenant seulement à s’excuser. Lauren, devenue mal à l’aise, la remet aux bons soins de Juliette. Assez bizarrement, elle lui confie sur un coup de tête la tâche d’aller lui acheter des cachets à la pharmacie.

Entre une rupture amoureuse et sa carrière qui connaît un ralentissement, Lauren est dans une mauvaise passe, et noue des rapports flous avec Lucie : d’un côté, elle la laisse rester des jours dans sa suite et l’emmène avec elle en soirée. D’un autre, sujette à des sautes d’humeur, elle se méfie de ses attentes, Lucie incarnant un peu tous les fans qui crient en bas de son hôtel. Un étrange triangle amoureux se forme entre Lauren, Lucie et Daniel (Samuel Benchetrit), l’ex de Lauren, qui semble se reconnaître dans la fascination de Lucie pour Lauren. Le film permet d’avoir un aperçu de ce qui se passe derrière les portes closes des suites de leur idole à tous ceux qui se le sont demandés.

Le personnage de Lauren doit beaucoup à Mylène Farmer, avec ses paroles ésotériques, son imagerie mystique et son retrait des médias. Dans son rapport à ses fans, aussi, car certaines anecdotes se retrouvent dans l’univers Farmerien (le paillasson de son appartement volé et un billet laissé à la place en dédommagement, l’admiratrice qui attend sagement durant des jours sur le banc en face de son hôtel – au point que l’artiste connaît son prénom et la tolère…). La scène où Lauren sort de l’hôtel et où ses gardes du corps lui fraient un chemin jusqu’à la voiture entre des fans très pressants a de quoi rendre claustrophobe. Elle est assez réaliste pour mettre mal à l’aise quand on l’a vécu de l’autre côté de la barrière. L’histoire, elle, semble peu probable : vu l’air en permanence halluciné de Lucie, on se demande quel artiste prendrait le risque de côtoyer de si près une fan aussi visiblement instable.

« Mes stars et moi », de Laetitia Colombani, déjà chroniqué ici, met sans doute en scène un fantasme de star : rendre la monnaie de sa pièce à un fan envahissant en lui pourrissant la vie!

Podium

Dans « Podium » (2004), Yann Moix explore le sujet des sosies professionnels, en choisissant la satire et l’exagération. Ses fans de Claude François ont un calendrier Claudien dont l’an zéro est l’année de naissance de Claude et les mois basés sur les symboles phares de sa vie (Olympia, Magnolia…), les sosies doivent obtenir l’officialisation par le C.L.O.C.L.O.S. pour pouvoir pratiquer, etc. Le héros ou plutôt anti-héros, Bernard Frédéric, ne rattrape son obsession maladive par aucune qualité, étant à la fois radin, escroc, homophobe et colérique en plus d’être égocentrique. Le roman comme le film le voient revenir sur les scènes des animations des hypermarchés, poussé par son ami Couscous (également sosie, et devenu manager de Bernard) après des années de « sobriété ».

Dans l’adaptation en film avec Benoît Poolvoerde, également signée Yann Moix, la fin de l’histoire a été changée, offrant à Bernard Frédéric une rédemption inattendue aux yeux du monde, et en premier lieu de sa femme Véronique. Par contrecoup, l’itinéraire de Bernard en apôtre de Claude en est moins christique que dans le livre. Et c’est son ami Couscous (Jean-Paul Rouve) qui endosse le rôle de loser chronique, en sosie de Polnareff déconnecté des contingences matérielles, interdit bancaire depuis cinq ans, qui squatte un vestiaire et se réjouit que personne ne sache qu’il existe. En fait, il pousse à l’extrême le concept de s’effacer derrière la personne qu’il imite, n’existant qu’à travers son activité de sosie et celle de son unique ami Bernard.

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« Muriel », dans le film du même nom de Paul Hogan, est une rêveuse invétérée, jouée par Toni Collette. Dans sa ville balnéaire de Porpoise Spit, elle s’englue entre un père maire escroc et méprisant, une mère apathique qui refuse de voir qu’il la trompe, et des frères et soeurs tout aussi amorphes. Elle se fait larguer par ses copines, des pestes qui la trouvent grosse, ennuyeuse et démodée à cause de son amour pour Abba. Pour les suivre au voyage de noces de l’une d’elles, elle vole l’argent de ses parents pour s’offrir des vacances dans la même station. Elle y rencontre Rhonda (Rachel Griffiths), une ancienne camarade de classe, qui l’entraîne dans sa vie de fête. Après avoir rabattu leur clapet aux pestes, Muriel et Rhonda remportent même le concours de talents avec une imitation très joyeuse de Waterloo.

Plutôt qu’affronter les conséquences de son larcin, Muriel suit sa nouvelle amie à Sydney, où elle commence une nouvelle vie. Elle trouve un travail, sort, mais Rhonda devient hémiplégique suite à une tumeur. Muriel, qui avait arrêté d’écouter Abba car « sa nouvelle vie était aussi excitante que leurs chansons », se trouve un nouvel exutoire : essayer des robes de mariées et se prendre en photo en tenue. Ses mensonges prennent de plus en plus d’ampleur, et même si elle réussit à faire un improbable beau mariage (sur la musique d’Abba…), son côté fan n’est pas le moteur de l’histoire. La bande-son est ponctuée par les tubes du groupe, qui soulignent son état d’esprit. Mais ce n’est qu’un des symptômes de son incapacité à affronter le monde réel et les conséquences de ses actions, ou de son inaction.

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2 réflexions au sujet de « Les fans au cinéma (3) : fans obsessionnels »

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