Nostalgeek : Héroïne de ma jeunesse : Phenicia (Goldorak)

Bien qu’appartenant à la génération Casimir et ayant encore en tête le générique de l’Ile Aux Enfants, je ne me souviens pas bien des émissions pour la jeunesse, jusqu’à l’arrivée de Goldorak sur les écrans. C’est un peu comme Mr Jourdain avec la prose, ou moi avec la musique des groupes d’Europe du Nord : j’ai aimé les dessins animés japonais avant de savoir que c’en était.

Goldorak, donc, au milieu des niaiseries pour bambins à base de gloubiboulga et des dessins animés américains très manichéens, a ouvert mes jeunes années sur les aventures extra-terrestres, la défense de la planète bleue si chère au cœur d’Actarus, et des conflits un peu moins édulcorés que Thierry la Fronde (et encore, c’était plutôt bien, Thierry la Fronde).

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Cerise sur le petit cake: l’arrivée au casting, dans l’épisode 49, de Phenicia. Au début, le seul personnage féminin du côté des gentils est Venusia, la fille de Rigel, le propriétaire du ranch du Bouleau Blanc. C’est la voisine qui ne pense pas grand-chose du garçon de ferme, fils du professeur Procyon, mais qui finit par soupçonner qu’il cache quelque chose. Elle découvre rapidement qu’il est un prince venu de l’espace, et que loin d’être seulement le hippie rêveur qui passe son temps libre à gratter de la guitare sous un arbre, il combat en fait les forces extra-terrestres qui ont ravagé sa planète et conduit à trouver refuge sur Terre. Elle en tombe donc amoureuse. Suite à une attaque qui conduit Actarus à lui faire une transfusion de son sang extra-terrestre, elle se joindra à lui et à Alcor pour combattre Vega, en pilotant son propre vaisseau, le Venusiak. Sympa, mais sans plus.

Un peu plus tard, une jeune fille débarque au centre, bien décidée à tuer Actarus : juste avant de mourir, son grand-père lui a révélé qu’elle était en fait la princesse d’Euphor, et que Goldorak avait ravagé leur planète, tuant ses parents et son frère. Lui était en réalité son précepteur, et avait réussi à fuir avec elle. Actarus reconnaît au médaillon qu’elle porte que la jeune fille est en réalité sa petite soeur Phenicia, qu’il croyait morte dans l’attaque. Émouvantes retrouvailles. (S’il est vrai que Goldorak est, à la base, un Anterak de Véga, Actarus le leur a volé pour s’enfuir, d’où la confusion du précepteur).

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Le Pr Procyon exultant de joie à l’annonce qu’il a maintenant une fille (une joie intérieure)

Phenicia rejoint donc la famille adoptive d’Actarus, et le petit groupe de pilotes des robots géants. Avec moins de difficultés à convaincre son monde que Venusia, vu qu’il y a un précédent, qu’elle est la soeur d’Actarus après tout (ils possèdent tous deux des capacités physiques supérieures aux Terriens), et que c’est une tête de mule.

Elle a aussi de légers talents de télépathie et de divination, que ne possède pas son frère. Mais ceux-ci seront oubliés presque aussi vite qu’ils sont révélés, dans le deuxième épisode où elle apparaît. Ça tombe d’autant mieux qu’à ce stade, ils ont 3 engins à piloter qui peuvent s’articuler avec Goldorak pour compléter ses capacités :

– l’Alcorak, qui lui permet de voler plus loin.

– le Venusiak, qui peut aller sous l’eau à de grandes profondeurs.

– le Fossoirak, qui se déplace sous terre grâce à une foreuse géante.

Et ils se disaient justement que ce serait bien d’avoir autant de pilotes que d’engins, pour qu’ils puissent tous sortir en même temps. C’est donc chose faite avec l’arrivée providentielle de Phenicia, et nos 4 amis deviennent donc la Patrouille des Aigles.

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Vous remarquerez qu’après un début prometteur, en donnant aux personnages des noms d’étoiles ou de planètes (Actarus est une déformation d’Arcturus, la 3e étoile la plus brillante du ciel. Procyon est la 7e (dans la constellation du Petit Chien), Rigel la 6e, Vega la 5e. Mizar et Alcor sont deux étoiles de la Grande Ourse. Venusia est bien sûr dérivé de Vénus), les traducteurs avaient épuisé toute leur créativité…

Contrairement à d’autres séries, où à cette époque je craquais toujours pour un héros voire plusieurs, dans le cas de Goldorak, je devais trouver Actarus un peu fadasse et Alcor pire encore: moi je voulais juste piloter des robots géants dans l’espace (ou alors ça m’est venu après. Parce qu’Albator me plaisait déjà plus, alors qu’objectivement, et rétrospectivement, c’est une grande perche borgne et alcoolique. Allez comprendre). Et combattre les vilains Anterak des forces de Véga. J’y pense encore de nos jours quand je vois la lune rouge.

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Phenicia enfant quand Vega a attaqué Euphor

Bon ok, j’aurais aussi bien aimé sauver l’un des survivants d’Euphor, Syrus, enrôlé de force dans l’armée de Véga, et qui n’apparut que le temps de donner un peu plus d’histoire personnelle à Phenicia avant de mourir, rongé par la culpabilité d’avoir combattu pour ceux qui avaient ravagé sa planète natale. (j’aurais peut-être dû mettre un point au milieu de ce paragraphe)

Il faut dire que le character design des personnages du dessin animé est dû à deux des maîtres en la matière, Shingo Araki (qui nous a hélas quitté en 2011) et sa collègue Michi Himeno. Pour vous dire, j’ai acheté ce catalogue de Cartoonist 1999 (ce n’est pas mon exemplaire qui est en vente) à l’époque, à un autre salon, en grande partie pour la partie sur Shingo Araki et pour le dessin pleine page de Phenica… (ça reste compliqué de trouver de belles illustrations en bonne qualité des séries animées de cette époque).

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Kezako, un character design? (design de personnages en franglais, et non dessin de caractère, qui est un faux-t-ami; comme faux-t-ami est une liaison mal-t-à-propos). C’est l’étude graphique d’un personnage, sous tous les angles et avec différentes expressions, qui servira de base aux équipes d’animateurs pour dessiner le dit personnages durant plusieurs épisodes ou sur tout un film d’animation. Particulièrement nécessaire sur les dessins animés « à l’ancienne », où il est rare qu’un seul dessinateur puisse tout dessiner de sa main.

C’est à ces deux là qu’on doit également :

Ulysse 31 et ses compagnons (d’après les idées de Bernard Deyriès, mais Araki et Himeno créent Thémis, Noumaïos et les personnages secondaires féminins, autrement dit ceux qui m’ont le plus marqués),

Lady Oscar 

les Chevaliers du Zodiaque (adaptés certes du manga de Masami Kurumada, mais ils ont créé de toutes pièces pour la série télévisée les personnages les plus charismatiques à mon goût: Crystal, le maître de Hyôga, et surtout les Guerriers Divins d’Asgard. (oui, toujours mon attirance pour les Nordiques, même quand ils sont de celluloïd…)

Et la moitié des séries animées qui ont bercé mes années 80-90.

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Phenicia et le médaillon

Syrus et Phenicia, c’est du Araki-Himeno tout craché, les mèches auto-portées même quand il n’y a pas de vent, les traits fins, les yeux en amande aux cils interminables (ils se maquillent, les hommes, sur Euphor?…). Et l’histoire tragique qui va avec. J’ai consacré à Syrus l’une des trois seules fan-vidéos que j’ai jamais commises (les deux autres sont sur Tokio Hotel, dont une pour un concours). Essentiellement parce que j’avais les vidéos sous le coude et que vu son peu de scènes, il n’y avait pas beaucoup de boulot de montage, certes.

Mais je digresse, ce n’est qu’un personnage secondaire, et je voulais surtout rendre hommage aux personnages féminins qui ont éclairé ma jeunesse. Même si c’était un peu une chipie. Et il se trouve que Phenicia aussi est l’oeuvre de Shingo Araki : elle n’existait pas dans le manga de Go Nagai. D’ailleurs, l’article Wikipédia sur la série indique qu’au Japon, « l’évolution vers une émancipation plus prononcée des personnages féminins a été mal perçue, à l’époque, par le public traditionnel Shonen japonais, volontiers conservateur. » Les sources ne sont pas citées, donc j’ignore si c’est vrai et dans quelle mesure.

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Rigel et Phenicia

Parce que je me demande si, finalement, en Occident, on a vraiment progressé de ce côté-là… Y a-t-il moins de modèles positifs maintenant pour les petites filles, ou est-ce moi qui ne les voit pas, au milieu des Nabila et autres?

Si vous n’êtes pas de ma génération, qui avez-vous eu comme modèles féminins positifs dans la fiction, quand vous étiez jeunes?

 

7 réflexions au sujet de « Nostalgeek : Héroïne de ma jeunesse : Phenicia (Goldorak) »

  1. Les Totally Spies ! Bon Ok je suis de ta génération mais je regardais ça avec ma fille le dimanche matin… Sinon ils passent encore Scoubidou avec Véra et Daphné.
    Dora l’exploratrice, pour les petits ?

    • Ah oui tiens, Totally Spies, ça va encore. Un peu l’équivalent âgé des Super Nanas😄.
      Et Vera et Daphné, à la rigueur, mais c’est vrai que j’étais moins cliente de dessins animés américains…
      Bon pour Dora, je connais de nom mais c’est tout.

    • En fait à l’époque ce n’étaient même pas des modèles pour moi. Je m’identifiais indifféremment aux héros ou héroïnes sur la base de leur personnalité, pas de leur genre (du coup maintenant je trouve toujours bizarre les gens qui réclament des personnages « comme eux », vu que je ne me suis jamais identifiée à des personnages « normaux ». A part une, mais bon, ça m’a autant dérangé que fait plaisir, parce qu’après son évolution n’était pas la même que la mienne… Fin de l’aparté).
      C’est en commençant l’article sur Yoko Tsuno que je me suis rendue compte que mine de rien, j’avais eu le choix : même si la plupart des personnages qui m’attiraient et auxquels je voulais ressembler étaient des aliens, des quasi-vilains torturés ou des super-héroïnes badass, il y avait quand même des personnages féminins qui mine de rien, m’ont accompagné un bout de chemin, et dans des séries qui visaient les enfants puis ados.
      Yoko, Venusia et Phenicia, Nausicaa dans Albator (pas une potiche non plus), Emma Peel dans Chapeau Melon et Bottes de cuir…

      J’ai l’impression que maintenant les personnages féminins même de séries pour enfants sont tout autant « pétassisés » que ceux des séries pour adultes (je n’ai jamais pu finir un épisode de Sex and the City). Ce qui va de pair avec l’hypersexualisation des gamines.

      • Tu viens de citer mes héroînes: Yoko Tsuno,(étant gamine, je voulais être Yoko); Nausicaa (excellente!), Emma Peel….
        Ah, et Phenicia….
        Goldorak a été LE dessin animé de mon enfance – pas ma petite enfance, c’était aussi Casimir (et Récré A2). Comme tu l’as dit, on ne savait pas encore ce que ça deviendrait (les mangas, etc…)
        Et puis, pour moi qui dessinait beaucoup, ça a été le changement dan sma façon de dessiner mes persos féminins entre l’enfance et le début de l’adolescence (et j’adore cette façon de tracer les traits, les cheveux (bon, tu as compris…)

        • Moi je voulais être la cousine d’Actarus (la place de sa soeur étant déjà occupée)🙂 Tiens au fait, je remarque tu as Alyze dans ton adresse email, c’est en rapport avec le personnage de Goldorak qui s’appelle comme ça, ou une autre, ou juste le vent?
          Je continue de vénérer le style de dessin de Michi Himeno et Shingo Araki. Ils avaient sorti un artbook il y a quelques années, mais hors de prix et de toute façon il a été épuisé aussi vite qu’il était sorti.

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