Les fans au cinéma (5) : Perfect Blue, de Satoshi Kon

Suite et fin du dossier. Les articles précédents :

Les fans au cinéma (1) : fans dangereux

Les fans au cinéma (2) : fans salvateurs

Les fans au cinéma (3) : fans obsessionnels

Les fans au cinéma (4) : être fan comme une école de vie

A l’origine, je voulais parler de ce film dans le 3e article de la série, sur les fans obsessionnels, mais il mérite un article à part.

« Perfect Blue », de Satoshi Kon, est un film d’animation japonaise dépeignant la difficile reconversion d’une idol en actrice, au grand dam de ses fans. Mima, l’héroïne, est membre des Chams, des idols japonaises : un groupe de trois jeunes filles chantant de la pop acidulée, vêtues de costumes rose bonbon et aux chorégraphies gentillettes. Mima a été approchée pour un petit rôle, et son producteur y voit pour elle l’opportunité de s’ouvrir une nouvelle carrière avant que le succès des Chams ne s’étiole. Ce qui, d’après lui, ne tardera pas à arriver, les groupes d’idols étant par nature éphémères.

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Malgré ce qu’on pourrait penser, leur public n’est pas composé d’enfants ou d’adolescentes, mais plutôt de salary men et d’étudiants. Outre la production musicale et visuelle hyper travaillée, les chorégraphies réglées au cordeau et le marketing impeccable, ils apprécient chez les idols le côté femme-enfant de lolitas aux costumes suggestifs, mais pas outrageusement sexys – là où les jeunes chanteuses américaines laissent peu de place à l’imagination…

Du coup, la reconversion de Mima en actrice la dessert, surtout lorsque le scénariste décide de faire subir un viol collectif à son personnage. En pleine crise d’identité et de doute sur le tournant à donner à sa carrière, Mima accepte la scène, ainsi qu’une séance de photo dénudée qui achève de casser son image. Les fans sont déçus et la plupart se détournent d’elle, alors qu’un inquiétant personnage continue à la suivre. Plus perturbant encore : Mima découvre un site web qui lui est consacré, écrit à la première personne et semblant connaître le moindre de ses faits et gestes, et presque ses pensées. Il reflète son malaise en se détachant progressivement de la réalité, se raccrochant à l’ancienne Mima.

Bientôt, des gens participant au changement d’image de Mima se font tuer : scénariste, photographe… Comme par hasard, les principaux responsables de la « perversion » de son image d’idole sucrée à femme sexualisée voire abusée. Est-ce l’œuvre d’un fan déséquilibré hyper-protecteur? D’une Mima schizophrène?

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Les commentaires des fans sur le site, pour la plupart, déplorent l’évolution de Mima. Cela est d’autant plus vrai dans le contexte des idols, appréciée pour leur image lisse, qu’on peut rapprocher de celle des boys bands en Europe et aux USA. Parfois, lorsqu’un artiste change de registre, les fans freinent des quatre fers ou s’en détournent. La plupart s’en remettent ou s’adaptent, mais certains le vivent comme une véritable trahison. C’est ainsi en voyant son ex-idole Rebecca Schaeffer jouer une scène de sexe que son futur assassin a décidé de la tuer.

L’artiste se retrouve alors confronté à un choix entre tenter de garder son public en restant dans le même registre (difficile pour les enfants stars), ou évoluer au risque de ne pas trouver de nouveau public. En Occident, la plupart des enfants stars et ados stars passent par une phase où ils essaient de casser leur image de jeunesse (de leur propre chef, ou sur les conseils de leurs agents?), les acteurs et actrices en prenant des rôles hyper-sexualisés (voire des films érotiques), et/ou trash (la performance en drogué(e)/prostitué(e) reste un classique pour gagner ses galons de « je ne suis pas qu’un joli visage, je suis aussi un acteur / une actrice »…).

Inutile de vous rappeler comme Britney Spears est passée de la lolita en uniforme de lycéenne, clamant « pas de sexe avant le mariage », à une bombe moulée dans le latex à coups de déhanchés lascifs et de mariages à durée limitée. Ou Miley Cyrus, autre enfant modèle de l’écurie Disney, qui s’en est émancipée à grand coups de provocations très crues. En même temps, que ce soit une pure stratégie marketing ou une révolte sincère, ça marche…

Perfect Blue, sorti en 1997, reste visuellement et scénaristiquement bluffant. Il reste très actuel sur les dérives des réseaux sociaux et leur influence sur la carrière des artistes actuels, et sur les problèmes de personnalité que peuvent engendrer les demandes du marché, en particulier chez les artistes ayant débuté très jeunes. Il donne également un bon aperçu de la gestion d’un groupe d’idols de l’intérieur.

Une réflexion au sujet de « Les fans au cinéma (5) : Perfect Blue, de Satoshi Kon »

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