Fiction de Pâques : L’horreur dans les ténèbres

La nuit encore fraîche de ce début de printemps venait de s’abattre sur les Carpathes Suisses. Dissimulé dans l’ombre propice d’un presbytère, Vilbru attendait son heure, observant à quelque distance les enfants furetant dans le jardin propret de la maison voisine.

Leurs rires innocents et joyeux étaient autant de lames perçant le cœur mort de Vilbru. Une fois encore, il maudit Dieu et le ciel du sort funeste qui le frappait. Son crime avait-il été si grand, pour qu’il soit ainsi condamné pour l’éternité à dérober leur plus précieux trésor à ces bambins?

Innombrables avaient été les horreurs perpétrées par son frère aîné, Vlad Tepes, le tristement célèbre voïvode de Valachie. Qu’étaient celles de Vilbru en regard des tortures infligées par son frère? Pourquoi devaient-ils à présent partager un destin similaire dans la mort, alors même que durant toute sa courte vie, Vilbru avait tenté de se soustraire à l’influence de sa famille?

Une malédiction silencieuse s’échappa des lèvres exsangues de Vilbru. Il n’était plus temps de s’apitoyer sur son sort, la faim le tenaillait.

Il quitta l’abri du presbytère et glissa d’ombre en ombre jusqu’au jardin. Abandonnée, sa proie était là, sans défense, un supplice pour ses sens aiguisés par les privations.

Il bondit comme un grand fauve, dans un silence de mort. Ses crocs plongèrent dans sa victime. Mais aussitôt, il sentit qu’il avait commis une erreur fatale. Damnation! Il était empoisonné! C’était un Kinder Surprise! Le chocolat blanc était mortel pour lui, dont l’organisme ne tolérait plus que le chocolat noir à 60% de cacao minimum, depuis qu’il avait commis l’irréparable en dévorant la Sainte Vierge en chocolat destinée à honorer la basilique de Transylvania, et que Dieu en retour l’avait condamné à une éternité de régime monotone.

Le poison blanc se répandait dans ses veines comme une traînée de feu. Ainsi périt Vilbru Tepes, frère de Dracula, en maudissant le déclin de la tradition des œufs de Pâques à haute teneur en cacao, les confiseurs allemands et leurs publicités grotesques, son ennemi naturel Van Houten (un cousin de Van Helsing) et la politique alimentaire de la Communauté Européenne qui tolérait ces cochoncetés de chocolat dénaturé.

 

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