Cinéma : Adieu ma Concubine

Adieu ma Concubine, film chinois de Chen Kaige, a obtenu la Palme d’Or du festival de Cannes en 1993, ex-aequo avec la Leçon de Piano de Jane Campion.

Ce long métrage aux images somptueuses est une fresque dramatique qui retrace l’itinéraire de deux acteurs de l’Opéra de Pékin, pris dans l’histoire compliquée de la Chine entre 1924 et 1977.

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En 1924, une prostituée abandonne son fils à une école formant des enfants à l’opéra de Pékin, allant jusqu’à lui couper un doigt surnuméraire pour qu’il soit accepté. L’enfant, Douzi, est frêle et renfermé, et Shitou, un garçon un peu plus âgé et plus costaud, le prend sous son aile. L’entraînement est intensif – l’Opéra de Pékin est très précis et physique – et le professeur violent. De par son physique, Douzi est rapidement choisi pour incarner des rôles féminins. Mais il répugne à prononcer une phrase de son personnage, « Je suis, par nature, une fille », disant à la place « Je suis, par nature, un garçon ». Il faudra que Shitou le corrige violemment, poussé par la présence d’un potentiel mécène, pour qu’il se résigne à dire la phrase correcte.

Les deux garçons sont doués, particulièrement quand ils jouent ensemble. Un eunuque impérial, appréciant le spectacle, demande à les rencontrer, et à voir Douzi seul. On nous laisse deviner pourquoi… A leur retour, les deux adolescents trouvent un bébé abandonné, qu’ils font adopter à l’école, et dont ils feront ensuite l’éducation sous le nom de Xiao Si.

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Adultes, les deux garçons deviennent célèbres sous les noms de scènes de Cheng Dieyi (Douzi, joué par Leslie Cheung) et Duan Xiaolou (Shitou, joué par Zhang Fengyi). Diyei est manifestement amoureux de Xiaolou, mais celui-ci ne s’en rend pas compte – ou feint de ne pas le comprendre. Il entretient une relation avec la belle Juxian (jouée par Gong Li), une courtisane. Quand celle-ci rachète sa liberté à la Maison des Fleurs et fait croire à Xiaolou qu’elle en a été chassée à cause de leur relation, Xiaolou accepte de l’épouser. Jaloux, Dieyi se tourne alors vers Maître Yuan, un mécène lettré et fortuné qui lui faisait la cour depuis un moment.

L’invasion de la Chine par le Japon vient troubler davantage ce carré amoureux. Le tempérament provocateur de Xiaolou lui attire des ennuis, dont Dieyi le sort en jouant pour les Japonais, ce que Xiaolou lui reproche ensuite. Lorsque la Révolution Culturelle arrive, Xiao Si les trahit, d’abord en prenant la place de Dieyi en tant que rôle principal féminin. Suite à des dénonciations de Xiao Si, toute la troupe de l’Opéra de Pékin est soumise à une séance d’humiliation publique. Ils sont déjà mal vus parce que leur art est considéré comme une émanation de l’ordre ancien que les Gardes Rouges veulent renverser.

J’en ai déjà beaucoup raconté, alors si vous voulez voir le film, je préfère m’arrêter là.

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Comme je l’ai dit, visuellement, le film est une merveille. Du point de vue de l’histoire, on en apprend beaucoup sur l’Histoire de la Chine avec un grand H. D’ailleurs, la narration étant assez elliptique, comme souvent pour les films chinois, quelques explications supplémentaires auraient été bien utiles pour les nuls en histoire comme moi. J’ai dû me renseigner par ailleurs afin de mieux comprendre – mais pour vous avec Internet sous le coude, ce sera encore plus facile. Le scénario est tiré d’un roman de Lilian Lee, qui est paru en français chez Flammarion. Il apporte quelques détails supplémentaires sur le contexte des événements. Un détail qui a son importance : en Chine, la mariée s’habille en rouge pour la cérémonie (du moins à l’époque du film).

On en apprend aussi un peu sur l’Opéra de Pékin, dont j’ignorais tout à l’époque (fort fort lointaine) où j’ai vu ce film pour la première fois. Depuis, je me suis un peu rattrapé, mais guère. Cet art complet mêlant acrobaties, danse et déclamation très codifiée se rapproche un peu du kabuki japonais. Il partage avec le kabuki (et pour les mêmes raisons) l’interdiction qui avait été faite aux femmes de monter sur scène, obligeant de fait des hommes à tenir les rôles féminins – au kabuki, on les appelle « onnagata », ce qui signifie « forme de femme ». A la base pour des raisons morales, parce que les actrices faisaient parfois commerce de leurs charmes. Mais, dans un cas comme dans l’autre, il n’était pas exclus que les riches mécènes fassent pression sur leurs artistes fétiches pour obtenir d’eux plus que leur spectacle, et ce que l’artiste soit mâle ou femelle (les législateurs sont parfois bien naïfs…).

Quand on me demande de citer mon préféré, dans quelque domaine que ce soit, j’ai toujours du mal. Mais en terme de film, Adieu Ma Concubine est sans doute l’un de ceux qui m’ont le plus marqué. Au point que j’en avais trouvé le press kit de la sortie française, dont vous trouverez ci-dessus les scans, mais aussi le luxueux livret de présentation du film pour Cannes… (on est fan ou on ne l’est pas).

 

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Les personnages sont ce qui m’a captivé, en particulier celui de Cheng Diyei, magnifiquement interprété par Leslie Cheung. Acteur et chanteur populaire de Hong Kong, il avait été choisi entre autres afin d’attirer un public plus large à ce film ambitieux. Mais il a su incarner toute l’ambiguïté de cet homme à qui on a volé son enfance, qui ne connaît finalement du monde que le théâtre. Forcé à jouer les rôles de femme, il en vient à se confondre avec les rôles qu’il joue, et notamment celui de la concubine fidèle à son roi, tiraillé par des sentiments mal vus en Chine.

Leslie Cheung s’étant suicidé le 1er avril 2003, cet article est aussi ma façon de lui rendre hommage. Il était également l’un des acteurs fétiches de Wong Kar-Wai, pour qui il a tourné Nos années sauvages, Les Cendres du temps, ainsi que Happy Together, aux côtés de Tony Leung Chiu-wai (il y a deux acteurs dont le nom de scène est Tony Leung, l’autre étant Tony Leung Ka-fai, qui jouait le rôle-tire dans l’Amant, l’adaptation par Jean-Jacques Annaud du roman de Marguerite Duras).

 

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8 réflexions au sujet de « Cinéma : Adieu ma Concubine »

  1. Un très beau film que j’aime beaucoup aussi. 🙂 J’ai un autre souvenir, plus amusant, de Leslie Cheung, dans « Le Festin Chinois » de Tsui Hark, une comédie hongkongaise sur fond de gastronomie chinoise.
    Mais c’est vrai que la réalisation d’ « Adieu ma Concubine » est assez somptueuse… Mais si l’histoire de la Chine t’intéresse, et si tu ne les as pas vus, je te conseille « Le Dernier Empereur » de Bernardo Bertolucci, qui raconte l’histoire de Pu-Yi, le dernier empereur monté sur le trône à deux ans seulement au début du XXe siècle. Cela court à peu près sur la même période qu’ « Adieu ma concubine ».
    « L’Empire de Soleil » de Steven Spielberg est aussi pas mal, mais il se concentre plus sur le destin des immigrés britanniques dans la zone internationale de Shanghaï. Je l’ai vu il n’y a pas longtemps: en gros, un gamin d’une famille anglaise aisée de Shanghaï se retrouve séparé du reste de sa famille quand la Deuxième Guerre Mondiale éclate, et le gosse est ballotté entre différentes personnes qui profitent de lui, jusqu’à se retrouver dans un camp japonais. La réalisation est évidemment très belle, mais c’est surtout l’interprétation qui impressionne. Le jeune héros est magistralement interprété par Christian Bale qui jouait déjà tellement bien quand il avait douze ans, je crois. Son personnage est un petit gars très intelligent, passionné d’aviations et de Japon, trop bavard quand il a peur, mais très intelligent. C’est assez triste car en fin de compte, tout le monde profite de sa naïveté et on le voit peu à peu se briser au fur et à mesure de l’histoire. J’avoue qu’il m’a faite un peu pleurer, on a envie de rentrer dans le film et d’aller le rassurer.
    Mais tu connais peut-être si tu aimes le cinéma! 🙂

    • J’ai vu les deux derniers, effectivement ils sont bien (même si ça fait longtemps que je ne les ai pas vus et j’en ai gardé moins de souvenir), et complémentaires d’Adieu ma Concubine.
      Je sais que Leslie Cheung a fait beaucoup de films dans des styles très différents, je n’ai pas vu le Festin Chinois. Je note 🙂

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