Exposition : Gus Van Sant à la Cinémathèque

Le réalisateur américain Gus Van Sant a en ce moment les honneurs d’une exposition et d’une rétrospective à la Cinémathèque de Paris.

La Master Class – jeudi 14 avril, 19h

Entre autres activités, c’était l’occasion d’une Master Class qui a fait le plein de spectateurs dans les deux salles – celle où avait lieu la projection et celle où elle était retransmise. Les places pour la première s’étant écoulées en moins de dix minutes, je n’ai pu assister qu’à la retransmission, filmée à trois caméras et visible bientôt sur le site, normalement. Gus Van Sant est néanmoins venu dire quelques mots dans la salle Franju avant le début.

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C’était très intéressant, le commissaire de l’exposition Mathieu Orléan amenant la discussion sur différents sujets : ses choix de filmer en longs plans séquence pour Elephant, le rôle du chef opérateur – occasion pour Gus Van Sant de parler longuement de Harris Savides, son chef op sur Finding Forrester et Elephant notamment. Gus a expliqué se fier beaucoup au regard du chef op pour savoir si la scène tournée était bonne ou pas.

Il a également fait parler Gus Van Sant de sa collaboration avec River Phoenix dans My Own Private Idaho, l’acteur s’étant révélé particulièrement impliqué et amenant de nombreuses suggestions sur le film. Ayant une idée bien arrêtée de ce qui motivait et constituait son personnage, il n’a lu qu’une page du livre de John Rechy sur les tapineurs, City of Night, que Gus lui avait procuré comme documentation. Alors que Keanu Reeves, à l’inverse, avait non seulement lu tout le livre, mais a aussi acheté et lu tout les autres livres de l’auteur. Idem pour les discussions avec les garçons des rues que Gus leur a présenté pour se renseigner sur le milieu. Gus a précisé toutefois que le personnage de River étant basé sur une personne réelle (Mike Parker), qui jouait dans le film, il pouvait s’adresser directement à lui, alors que le personnage de Keanu étant inspiré du Prince Hal de la pièce de Shakespeare Henry IV, il lui fallait sans doute plus de doc pour construire le doc.

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River Phoenix dans My Own Private Idaho, déco du café les 400 Coups

Gus pense aussi, sans lui avoir demandé confirmation, qu’il a réécrit la scène du feu de camp (pour en faire une déclaration d’amour malheureuse de Mike à Scott) afin d’en faire la scène pivot du film afin que son personnage puisse y pleurer. River était célèbre pour une scène dans Stand by me où son personnage pleurait, et dans d’autres de ses films c’était devenu une sorte de marque de fabrique. Ils avaient tourné une scène avec le frère de Mike où ça aurait pu se produire, mais ça n’a pas été le cas. Et c’est ensuite qu’il lui a demandé de décaler le tournage de la scène du feu de camp. Le jour même, il a demandé à Gus de faire une seule prise en plan d’ensemble, une en plan rapproché et une en gros plan. Gus a accepté, sachant qu’ils pourraient toujours tourner davantage, mais pensant que River avait besoin de s’approprier le dispositif. Ils en étaient venus à se faire confiance, sans que Gus sache comment.

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Gus Van Sant en dédicace à la Cinémathèque

La master class était suivie d’une séance de dédicace du catalogue de l’exposition à la librairie (il était possible d’y faire signer des articles personnels). A noter la bonne organisation de cet événement, puisque pour éviter les pertes de temps, une personne notait sur un post-it sur l’article le prénom à faire signer, et qu’on pouvait acheter le catalogue dans la file.

L’exposition

Outre le cinéma, l’exposition s’ouvre également sur les autres arts, à la fois pour évoquer les influences de Gus Van Sant (musicales, plastiques…), mais aussi ses incursions dans d’autres médias. Ainsi, Gus est aussi photographe. Il a publié un recueil des Polaroïds qu’il prenait des acteurs et candidats durant les castings, ou en interview – avec des portraits de Kurt Cobain, Drew Barrymore ou Jonathan Rhys Myers, entre autres, les deux actrices de Twin Peaks, Chris Isaak, Joey, Viggo Mortensen, Rain et River Phoenix, Keanu Reeves (à deux époques différentes)… La collection (complète?) est présentée dans la première salle, avec des agrandissements de ceux de David Bowie et William S. Burroughs.

Pst, au fait : la photo de Felix Howard (le petit garçon du clip de Madonna Open Your Heart) n’est pas sur la bonne planche. Les photos sont classées par ordre alphabétique du modèle, mais la sienne est à la fin de la dernière des 4 planches, donc vers les Y- Z.

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Taylor Hanson, série photo de GVS pour Interview

Y sont également exposées des photos, dont une série consacrée aux trois frères Hanson (qui formaient le groupe Hanson) réalisée pour le magazine Interview en 1998. On note beaucoup de travail avec des familles, finalement, chez Gus Van Sant : ainsi il a travaillé avec Ben et Casey Affleck, avec River, Rain et Joaquin Phoenix, etc… Suivent des montages étranges de polaroïds.

Des extraits de ses films défilent à côté. Dans la salle suivante, se côtoient des documents de tournages (photo shoot de Bruce Weber pour la sortie de My Own Private Idaho, où Gus figure parmi les jeunes acteurs, vedettes comme inconnus, plans de scène, photos de repérage pour Paranoid Park, schéma de scénario ou d’histoire reliant les différents éléments sous forme colorée…). Sur un mur, une projection en parallèle de son remake de Psychose avec celle de Hitchcock, dont il avait suivi le découpage.

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Aquarelle du réalisateur

Dans l’avant-dernière salle, une sélection de ses aquarelles, souvent des portraits ou des scènes énigmatiques. On y voit aussi deux courts métrages : l’un de 1984 où Gus se filme présentant « Five ways to killl yourself », cinq façons de mourir pour son personnage de petit employé qui ne trouve aucun sens à sa vie (thème d’auto-destruction qui finalement reviendra dans plusieurs de ses oeuvres). L’autre est une interview d’un jeune garçon désoeuvré mis à la porte par sa mère et qui rêve d’aller vivre en Suisse.

La salle comporte aussi des oeuvres d’artistes l’ayant influencé, comme Brion Gysin, ou William S. Burroughs.

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Michael Pitt dans Last Days

L’exposition se conclut sur la musique: Gus Van Sant choisit souvent lui-même la musique de ses films, allant de morceaux de classique à de la musique concrète plus expérimentale. Il a également réalisé plusieurs clips dans les années 90, dont celui de David Bowie pour la chanson « Fame », ou « Under The Bridge » des Red Hot Chili Peppers. Il a aussi réalisé un clip pour les Hanson. Dans cette salle sombre, on peut aussi écouter un morceau instrumental de sa composition, et sa reprise de Moon River pour un album de Pink Martini. Et bien sûr, il a consacré tout un film aux derniers jours de Kurt Cobain, Last Days, sans toutefois utiliser un seul morceau de Nirvana dans la bande-son.

En complément de l’exposition

L’exposition est prolongée hors les murs de la Cinémathèque: Gare de Lyon, d’abord, avec des copies de ses photos et aquarelles reproduites dans une des galeries de la Gare. C’est là que j’ai pris la plupart des photos illustrant cet article, celles-ci étant interdites dans l’exposition.

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A la Gare de Lyon

Arte propose aussi des diffusions de certains de ses films, et un numéro spécial de Blow Up consacré à Gus Van Sant sur cinéma.arte.tv.
Parmi cette programmation, une lettre ouverte en vidéo de la réalisatrice Laetitia Masson à River Phoenix.

Le cinéma MK2 Bibliothèque (quartier de la Bibliothèque François Mitterrand) propose également pendant tout le mois d’avril de voir ou revoir en salle 4 des films de Gus Van Sant : Mala Noche, Last Days, Paranoid Park et Gerry.

Comme vous l’aurez remarqué, je parle beaucoup de River Phoenix vu que c’est un de mes sujets d’étude préférés. Alors je vous signale aussi, parmi la très riche programmation de la Cinémathèque autour de Gus Van Sant, outre ses films, les films d’autres qu’il a choisis de présenter dans sa carte blanche, et diverses conférences, deux événements en particulier :

  • la projection de My Own Private River, un long métrage réalisé par James Franco d’après les rushes de My Own Private Idaho non utilisés dans le film, et centré sur River. Un film visible jusqu’ici uniquement dans des galeries d’art, et qui ne sera pas commercialisé (Gus Van Sant ne le souhaite pas et la famille de River non plus).
  • River Phoenix : un ange engourdi. Une conférence de Jean-Marc Lalanne, jeudi 5 mai à 19h00. Que je vais rater parce que je ne serai malheureusement pas sur Paris… Pas de chance, pour une fois qu’il y a un événement qui lui est consacré à Paris…
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Collage de GVS

 

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Informations pratiques :
Cinémathèque de Paris
51 Rue de Bercy, 75012 Paris
(M) ligne 6 et 14, station Bercy.
Du 13 avril au 31 juillet 2016
Tarif plein : 12 Eur.

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2 réflexions au sujet de « Exposition : Gus Van Sant à la Cinémathèque »

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