Un long week-end à Düsseldorf (3) : art moderne au K21

(L’art ou la cuistre contre-attaque)

10h : Je prends le U-Bahn jusqu’à Heinrich Heine Allee, et je suis l’itinéraire suggéré dans le guide de la ville pioché à l’Office du Tourisme, dans l’Altstadt. Sans le savoir, j’en avais fait une partie la veille (je suis le Mr Verdoux du tourisme).

A 11h, j’arrive devant le Filmmuseum : on n’a pas le droit de prendre de photos. Ca sera plus rapide à trier. C’est un musée sur l’histoire du cinéma en tant que technique plutôt que sur le contenu, même s’il y a une salle qui évoque les grands réalisateurs et des photos d’acteurs de légende, une petite réflexion sur le statut de culte que certains obtiennent, quelques objets de souvenir genre autographes, petites photos à collectionner d’avant-guerre… Un étage est consacré à ce qui a doucement amené vers le cinéma, dont des silhouettes pour théâtre d’ombres (ça m’a rappelé l’exposition « Théâtre en Asie » car il y en avait de similaires), des vieux objets qui épataient nos ancêtres comme des stéréoscopes et autres trucs à illusions d’optique, de vieux appareils photos de la « camera obscura » à des modèles plus récents (mais aucun de Nicéphore Niepce), quelques daguerréotypes… Une reconstitution d’une ancienne salle de projection. Et de là des caméras de cinéma, plutôt anciennes. Pour les enfants, dans une salle imitant un plateau de cinéma, des animations organisées par le musée (à la demande, je pense) permettent de se déguiser pour jouer à l’acteur.

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Pièces de choix de l’exposition, à mon avis (et sans doute pas qu’au mien puisqu’ils sont derrière des vitrines de protection), une vingtaine de costumes originaux, en majorité allemands, mais 7 à l’inverse proviennent de films d’Akira Kurosawa, dont 6 de Dreams. Cela peut sembler étrange, mais j’imagine que les liens étroits entre Düsseldorf et le Japon expliquent partiellement cela. Comptez une heure pour visiter le musée, plus si vous prenez l’audio-guide mais j’avoue ne pas avoir demandé s’il y en avait et encore moins dans quelle langue. Ca m’a un peu rappelé le musée Lumière de Lyon, qui traite du même sujet. J’imagine que pour s’intéresser plus aux oeuvres et aux gens qui font des films, il faut voir dans les cinémathèques, et non les musées du film.

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Détail amusant : le musée du film partage son escalier avec le Hetjens-Museum voisin, musée de la Céramique, qui accueillait une exposition sur la céramique de Chine, « le dragon danse ». Qui aurait pu être intéressante, de même que le reste du musée semblait l’être, mais après 2 heures la veille à m’extasier sur les collections de vases et autres en verre du Kunstapalast, je saturais un peu des arts décoratifs… Costumes de Kurosawa, collection histoire du film. Réflexion sur l’idole. Activités pour enfants.

13h : Je retourne vers le Rhin pour un Kaffeekuchen au Cafe Alte Bastion. Très bon, et l’odeur qui se dégage de leurs gaufres me donne envie de revenir plus tard les tester aussi. Ils ont une terrasse au bord du Rhin de l’autre côté de la rue, au soleil elle, mais je l’ai vue trop tard. Je mange dans la salle, après avoir choisi mon gâteau au comptoir.


Je poursuis la balade de mon guide, et je m’en félicite : sans lui je n’aurais pas pensé à entrer dans le jardin du Stadtmuseum. Or il est très agréable. Je vais au KIT, un genre de galerie-musée : il n’y avait qu’une vingtaine d’oeuvres exposées. Heureusement que l’entrée est gratuite avec la Düsseldorf Card, parce que j’aurais un peu regretté de payer pour ça – même si ce n’est pas très cher. Si l’intérêt dépend des oeuvres exposées (toujours de façon temporaire), l’endroit vaut un coup d’oeil pour son originalité : c’est une ancienne bretelle de dégagement de la route qui a disparu quand le quai a été recouvert d’une (très agréable) promenade sur le Rhin. D’où son nom, acronyme de Kunst Im Tunnel, l’Art dans le Tunnel. Etrange.

Je continue jusqu’au K21 en longeant le périphérique local. De gros palmipèdes (des outardes) traversent le boulevard tranquillement, ou picorent l’herbe sur la voie de tram. Les gens ont l’habitude: le conducteur du tram freine gentiment en klaxonnant, sourire aux lèvres. Et quand oies ou cygnes sont sur la chaussée, les voitures roulent sagement au pas derrière eux. Je ne peux pas m’empêcher de penser que si c’était à Paris, il y aurait des palmipèdes écrasés dans les caniveaux…

 

Le K21 (pendant du K20, pour les oeuvres contemporaines) non plus ne m’a guère convaincue… Sachant que j’avais beaucoup à visiter en peu de temps, j’avais décidé de ne pas m’attarder dans les salles si je ne trouvais pas les oeuvres intéressantes. Je crois n’avoir jamais fait le tour d’un musée aussi vite. Je reste assez stupéfaite qu’il y ait des gens (des musées, déjà, encore qu’eux doivent avoir de l’argent à dépenser, il faut croire) pour acheter ça. Et encore, je n’ai pris de photos que de ceux dont j’estimais que ce n’était pas du foutage de gueule complet et qui avaient un certain intérêt esthétique ou technique (parce que les concepts débiles, vous êtes gentils mais si je pouvais monnayer les miens, je vous en pondrai 10 par jour des comme ça. Il n’y a qu’à lire les archives de ce blog pour vous le prouver).

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Alors oui, il y en a quelques uns qui suscitent quelque chose chez le visiteur, mais en général c’est du dégoût ou de la dépression. Ou du moins l’impression que l’artiste est dépressif. Mais, comme je le disais plus haut pour les pets, ce n’est pas une raison pour nous infliger le résultat. Il n’y a pas une qualité artistique intrinsèque à la dépression, quoique certains semblent le penser parce que la joie fait moins sophistiquée que la tristesse ou l’ennui. Il y en a dans le lot qui auraient sans doute plu à Magne Furuholmen (clavier de A-ha, qui s’essaie à l’art contemporain à ses heures).

Remarquez que par contre, après ces visites, je me sens tout à fait légitimée dans ma « démarche artistique » de photographier les échafaudages de monuments, ou les cafés de musée. Y’a plus idiot comme marotte. Comme de photographier les rampes de franchissement permettant de rendre les monuments accessibles aux fauteuils roulants. Si, je vous jure. Il y en avait toute une salle comme ça :

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Sérieusement, qui achète ces trucs-là pour des musées? Pas les rampes, il en faut, mais les photos. J’ai tout un tas de photos improbables à leur fourguer, moi. Pascher la photo – ou cher si vous êtes prêts à y mettre le prix -, 36 15 KINENVEU. Dans le genre qui « questionne » mais te donne surtout envie de quitter la pièce (d’autant qu’elle est sombre) : les deux toiles d’araignée dans des supports métalliques de forme cubique, installations de Tomás Saraceno. Alors. Ce sont. De vraies toiles. Avec de vraies araignées. Et pas de vitres (c’est pour ça que ça déborde en haut). J’ai demandé à la dame du musée (je dois leur reconnaître au moins que le personnel était extrêmement sympathique et serviable) : ils arrosent et nourrissent les petites pensionnaires tous les jours pour qu’elles continuent de construire leur toile. Perso, j’en ai vu plein dans la vraie vie, des comme ça, ou dans des vivariums (genre zoo) mais en général avec des vitres. Je ne vois pas l’innovation. Seul le cadre change.

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Même pas en rêve je monte sur les filets là-haut…

Mais bon, j’accorde au moins à l’artiste qu’il en a tiré autre chose : In Orbit, l’installation géante suspendue sous le plafond du bâtiment. Conçue d’après les travaux de Tomás Saraceno sur les toiles d’araignée, elle invite les visiteurs à s’y promener. Je ne l’ai pas fait, d’une part parce qu’il fallait enfiler des chaussures et une combinaison fournies sur place, et je n’aime pas porter des affaires déjà portées par d’autres… Et d’autre part parce que je développe une certaine aversion pour le vide, avec l’âge. C’est curieux, parce que gamine ça ne me posait aucun problème de grimper sur arbres, rochers ets. Mais plus ça va et plus le chat en moi s’inquiète quand je n’ai pas un support solide sous mes -coussinets- pieds. M’enfin donc, au moins, c’est joli, impressionnant, et ça permet aux téméraires de ressentir des sensations inédites. Enfin, inédites s’ils n’ont jamais fait d’accro-branche avant, parce que moi oui, alors la théorie comme quoi ça permet aux gens de ressentir les mouvements des autres par le filet déplacement dans l’espace, comme une araignée, et l’expérience du vide… blah blah blah. Ils ne sortent pas beaucoup, les « artistes conceptuels », si?

Dans le même genre (et il ne faut décidément pas être arachnophobe pour aller au K21), il y a les oeuvres de Chiharu Shiota, dont cette salle presque entièrement tapissée de fils entrecroisés mêlés de feuilles de papier et d’une table et une chaise. Une semaine de travail à elle et ses assistants pour mettre ça en place. Bon. OK. Je ne mettrai pas ça chez moi et je ne comprends pas le concept – et pour être sincère, je m’en fous (enfin si, je devine, ça évoque l’idée d’être cloué à sa table), mais y’a un truc.

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Oeuvre de Chiharu Shiota – il y a un bureau et des feuilles de papier prises dans la toile.

Le pire était l’exposition au sous-sol, « The problem of God ». Avec des photos un peu gore, un faux cadavre de cheval, un livre dont seul 1/4 est imprimé (et pas très intéressant pour ce que j’ai feuilleté qui l’était, une auto-fiction nombriliste à la germano-pratine mais en anglais)… Le rapport avec Dieu m’aurait sans doute été plus clair avec l’audioguide ou la visite guidée, mais là sans commentaires, j’avais surtout l’impression que les artistes cherchaient à choquer. Un avertissement en allemand et en anglais indiquait que certaines des oeuvres étaient « challenging » et pouvaient poser problème. Moui. Je rappelle que challenge, c’est plus ou moins un défi. Le Cambridge dictionary dit : « difficult to do in a way that tests your ability or determination ». Ca sous-entend quand même qu’au final, on en sort en ayant appris quelque chose. Si on va par là, tenir en équilibre sur une boule, c’est challenging aussi, et ça ne sert à rien de plus, mais au moins ça développe votre sens de l’équilibre. Ce qui se rapproche le plus de l’expérience de regarder ce genre d’art contemporain, c’est de passer à côté d’une flaque de vomi en arrivant à se retenir de vomir à son tour. Ou regarder le journal télévisé. Ou marcher dans la rue sans en ignorer la crasse, la pauvreté, les SDF cinglés. Peut-être que le public des galeries d’art contemporain vit dans un monde tellement aseptisé que les « oeuvres engagées » sont le seul signe de cet univers qu’ils aperçoivent.

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Bref. Ceci étant posé, le bâtiment est intéressant au niveau architecture, on dirait un ancien cloître évidé avec un toit en verrière. La seule raison pour laquelle je n’ai pas regretté d’avoir visité l’exposition temporaire du sous-sol, c’est qu’il s’y prolonge en demi-cercle (demi-disque, plutôt) longeant le petit lac d’agrément voisin (où passe en fait la Dussel, la rivière qui donne son nom à la ville), avec des « hublots » circulaires qui donnent sur l’eau à mi-hauteur. J’y ai traqué des canards qui passaient devant, pour en prendre des photos avec le hublot en cadre. J’ai vu ensuite qu’une des gardiennes me regardait de travers, mais désolée madame : outre que là j’avais le droit de photographier car ce n’était pas une oeuvre, le paysage de dehors était plus intéressant que les oeuvres de l’étage. Coin. J’ai également pu déjeuner au Pardo Bar, en terrasse avec vue sur le parc.

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