Lecture : Agnes Grey, par Anne Brontë (Challenge des 100 livres)

4e livre du challenge des 100 livres.

Agnes Grey est une jeune fille studieuse, élevée avec sa soeur aînée par leurs parents, un pasteur de milieu modeste, et sa femme, issue d’un milieu aisé mais qui a renoncé à la fortune de sa famille pour épouser l’homme qu’elle aimait. Quand un revers de fortune plonge la famille dans la dette, Agnes, désireuse également de découvrir le monde au-delà de leur village, trouve une place de gouvernante dans une famille bourgeoise. Hélas, cela ne se passe pas si bien que prévu, les jeunes enfants de la maisonnée étant mal élevés, et les parents ne donnant à Agnes aucun moyen de faire pression sur eux d’aucune sorte, contrariant même ses tentatives. Sa deuxième expérience est tout aussi frustrante concernant le peu de latitude qu’elle a pour défaire chez les deux jeunes filles à sa charge de fâcheuses inclinations déjà bien enracinées. Néanmoins, elle y fait la connaissance de Mr Weston, l’aide du pasteur local, auquel elle trouve, malgré un physique peu avenant, esprit et gentillesse, denrées rares dans son entourage.

agnes grey

L’histoire commence sur ces mots :

Toute histoire vraie comporte un enseignement, même si ce trésor peut, dans certains cas, être difficile à découvrir, et si, une fois découvert, se révéler de si piètre grosseur que l’amande rabougrie et racornie compense à peine le mal qu’on s’est donné pour briser la coquille. Que cela s’applique ou non à mon histoire, je suis mal placée pour en juger. 

Je me suis également posé la question. La substantifique moëlle du roman, s’il y en a une, c’est que la tâche de gouvernante n’est pas aisée quand on tombe dans des familles où les enfants sont pourris gâtés par leurs parents, et que l’héroïne valeureuse et modeste se consume en silence pour un homme intelligent et plein de compassion qu’elle craint de voir séduit – purement par jeu et sadisme – par l’élève à qui elle essaie en vain d’inculquer quelques principes moraux. C’est un peu léger. Ca donne aussi un peu envie de bousculer tout le monde. Même si j’imagine que pour l’époque, c’était déjà bien que l’héroïne se prenne en main, trouve du travail et résiste vaillamment aux quolibets des nobles qui auraient pu l’écraser si elle s’était rebellée trop ouvertement.

Je suppose aussi que le roman a pour but l’éducation des jeunes filles, d’une façon ou d’une autre. Elle contient diverses considérations comme celle-ci, entre autres longues réflexions sur l’amour de Dieu et les valeurs morales dont tout un chacun devrait faire preuve :

Que ceux qui soient beaux soient reconnaissants, et fassent bon usage de leur beauté, comme de n’importe quel talent ; ceux qui en sont dépourvus, qu’ils se consolent et se passent d’elle aussi bien qu’ils le pourront.

Je commence à penser que la littérature anglaise non-contemporaine n’est pas pour moi. On sent que ça a été écrit à une époque où les gens n’avaient ni télé, ni internet, mais beaucoup de longues soirées d’hiver à occuper (et aussi de longues journées pluvieuses sans pouvoir sortir parce que c’est l’Angleterre), surtout dans les milieux aisés où les corvées étaient effectuées par des serviteurs. La narratrice s’adresse fréquemment au lecteur en se demandant s’il s’intéressera à ceci ou cela, tantôt l’avertissant qu’elle ne va pas lui épargner le menu détail d’un événement qui ne l’intéressera peut-être pas, tantôt lui disant au contraire qu’elle lui en fait l’économie. Et à chaque fois, je me disais « En fait ce serait bien de rester concentré sur le sujet, qui n’est déjà pas transcendant d’intérêt, au lieu de se perdre en commentaires hors-texte qui le délaient encore ».

Je ne peux pas dire que la lecture soit désagréable, le style est joli, un peu désuet, avec des mots dont on serait tenté de chercher la définition dans le dictionnaire (suffragant?) s’ils avaient une quelconque utilité de nos jours et dans nos contrées (apparemment c’est un adjoint de pasteur). Mais j’ai un peu de mal à me passionner pour ce genre de récit, car même sans en avoir lu beaucoup, j’ai une impression de déjà lu. Notamment quand la famille perd son investissement via un naufrage de navire de commerce (j’ai vu je ne sais plus quelle version de La Belle et la Bête récemment… Ah non, pardon, c’était Cendrillon!). En fait, je ne comprends pas pourquoi ce liste fait partie de la liste des 100? Il n’est pas un peu redondant avec les Jane Austen et les livres des autres soeurs Brontë?

J’avais choisi ce roman pour le challenge sur la base de la 4e de couverture, mais il s’avère que le passage décrit sans doute plus probablement un autre personnage (Mrs Murray pour être précise) que l’héroïne. Petit problème de traduction ? Car la narration est à la première personne et Agnes n’y déroge jamais.

Etat du challenge : 23/100

7 réflexions au sujet de « Lecture : Agnes Grey, par Anne Brontë (Challenge des 100 livres) »

  1. Je pense surtout que l’édition souffre d’une traduction vieillote qui n’a jamais été revue depuis sa 1ère publication. En général, les traductions du XIXè, ça fait mal…..
    Sinon, j’avais, en général ,bien aimé l’histoire. Et puis le personnage principal porte un très beau prénom (non, je rigole, j’ai le même, c’est tout).

    • En même temps, le texte originel aussi date. Une traduction moderne ne serait pas forcément très proche, si? Là le langage ne date pas tant, c’est plus la façon de prendre son temps et de s’adresser au lecteur qui me paraît caractéristique…

      • La traduction a bcp évolué dans le sens où les textes étaient peu respectés. sans remonter aussi loin dans le temps, on constate que des textes des années 1950/60 sont complètement à reprendre tant les façons de faire étaient fantaisistes ( je peux citer une grande part de la littérature policière connue).
        Donc c’est bien pour ça qu’il y a des révisions constantes des traductions en littérature. Et pour répndre à ta question: si, une traduction actuelle serait tout aussi efficace car les traducteurs sont plus professionnels à présent (et le langage employé n’a pas à être modernisé sinon être employé de façon adaptée).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s