Comment le fandom m’a donné des goûts de luxe

Au début de mes pérégrinations, ayant des scrupules à dépenser de l’argent dans des voyages pour aller voir un acteur péroxydé même pas vraiment bon musicien, je voyageais à l’économie. Après tout, je n’ai pas des goûts de luxe, et une chambre d’hôtel, ça sert avant tout à dormir entre deux journées de visite touristique (Rétrospectivement, je critique James Marsters pour sa radinerie, mais l’un dans l’autre je pense que ça fait partie de nos rares points communs).

Néanmoins, tenter de faire des économies de bouts de chandelle a parfois quelque peu gâté mon séjour : auberge de jeunesse à Berlin en située en face du zoo et entre deux sex-shops, où j’avais réservé une chambre individuelle parce que l’important dans mes voyages c’est les rencontres que je n’ai pas à faire 😛 . Ce qui au final m’a sans doute coûté le prix d’une chambre d’hôtel normal, en ajoutant la location des draps, non comprises (parce que la plupart des clients amènent leur sac de couchage), pour un confort spartiate. Ca m’apprendra à demander des adresses à des fans qui sont étudiantes, sans le sou et pas dérangées par la promiscuité.

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A Cologne, chambre donnant sur le Rhin, certes, mais au-dessus d’une brasserie, en plein mois de juin durant la saison où les Allemands fêtent la fin de l’année étudiante, les beaux jours et je ne sais plus quelle fête locale – l’arrivée de la bière colonaise, peut-être. Ein Prooooosit! Ein Prooooosit! Merci à Mr Quies et ses boules… Par contre, en l’absence de climatisation, il faisait chaud. Notez, le petit déjeuner le lendemain était dressé dans la salle à l’étage de la brasserie, pittoresque avec ses tables et poutres en bois.

Hôtel « familial » loin de tout et quelque peu délabré à Leeds, où les tauliers se sont engueulés en pashtoun devant moi au petit déjeuner (les hôtels indépendants en Angleterre sont souvent tenus par des immigrés. Ce qui n’a rien à voir avec la qualité du service : les Anglais sont tout aussi désagréables, en général. Mais ça complique la communication, parce qu’il arrive que ce soient des gens qui parlent très peu anglais et comprennent mal le mien. Alors entre les Anglais qui parlent trop vite et les autres qui parlent bizarre, il vaut mieux ne pas avoir de question. Et aussi éviter les réservations par téléphone : ils avaient perdu trace de la mienne. Heureusement, il leur restait des chambres). Vu l’éloignement et une erreur de bifurcation de ma part, j’ai marché des heures avant de rejoindre le centre de Leeds, qui, de plus, ne présente pas grand intérêt.

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A Londres, hôtel vieillot et pas très propre où on a crevé de chaud parce qu’ils n’étaient pas capables de couper le chauffage central (qu’ils ont dit. Ils n’ont pas essayé, aimables comme des portes de prison… Anglais), que le radiateur était bloqué par la rouille, et qu’il y avait une vague de chaleur ce mois d’avril (si si, je vous jure, ça arrive). Un autre hôtel à Piccadilly, particulièrement en vogue chez les fans, a fermé l’année suivante après passage des services de l’hygiène. Vu l’état navrant et horriblement cher de l’hôtellerie en Grande-Bretagne, j’avais pris l’habitude de réserver dans des chaînes : Ibis en particulier, toujours bien situé, donc le monobloc plastique de la salle de bains est infiniment préférable à ce que peuvent rafistoler les Anglais dans ce domaine, ou bien Travelodge, etc. Quand on peut réserver à l’avance, il y a souvent de très bons tarifs.

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Magnifique photo de Londres

Inversement, à l’occasion d’un concert de A-ha à Hambourg, la providence m’a souri. A force, j’avais compris qu’il valait mieux payer quelques euros de plus pour la chambre si ça permettait de s’éviter de perdre des heures et des euros dans les transports, surtout si on devait prendre ceux-ci tard et loin au retour d’un concert. Je visais donc le centre, et tant qu’à faire, Ibis. Or Hambourg est une ville riche, et les hôtels y sont chers. Lisant comme à mon habitude les commentaires des clients sur Tripadvisor, je constate que non content d’être presque deux fois plus cher que celui du Havre, cet Ibis faisait payer la Wifi, qu’un client se plaignait qu’elle ne fonctionnait pas dans sa chambre, et que l’hôtel avait refusé de la lui rembourser. Rédhibitoire pour moi.

Et là, regardant les sites de voyages, je vois, au même prix à moins de 5 euros près, dans le même quartier, un hôtel très bien classé. Enfin, au début, j’ai cru que les 5 étoiles étaient son appréciation client. C’est en continuant ma poursuite virtuelle que j’ai compris qu’il s’agissait de la classe de l’hôtel. Pour le prix d’une chambre à l’Ibis, je pouvais dormir dans un 5 étoiles. Et pas n’importe lequel : le Vier Jahreszeiten (4 saisons), un des palaces historiques de la ville, situé au bord de l’Alster et de l’équivalent local des Champs-Elysées. Perplexe, je vérifiai plusieurs fois le tarif et ses conditions (dont la connexion internet incluse). Mais point de loup visible à l’horizon. Je fis donc ma réservation.

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Le jour dit, je débarquais donc à l’accueil de l’l’hôtel au bord du lac Alster, un peu nerveuse, en me disant qu’on allait m’annoncer que j’avais en fait réservé une place de parking ou un placard à balai. Mais non. Je crus comprendre, en voyant un échafaudage devant le bâtiment, qu’ils procédaient au ravalage de la façade et autres travaux. D’où quelques nuisances que je ne ressentis pas, puisque ma chambre donnait de l’autre côté. Mais cela et le fait que c’était hors saison expliquait sans doute qu’ils pratiquent des tarifs dérisoires. Réveiller des clients réguliers à 400 eur la nuitée à 8h du matin au son du Kärcher, ce n’est pas Palace… Mais des clients moins fortunés attirés par le prix réduit, ça, c’est moins grave : il est peu probable qu’ils reviennent lorsque les prix remontent, de toute façon.

Refusant, par embarras, l’aide d’un groom pour emmener ma petite valise à l’étage, je m’aventurais dans les étages recouverts d’un épais tapis rouge. Arrivée à ma porte, perplexité : où est la serrure? Aaah, mais ce n’est qu’un sas permettant d’atténuer le bruit du couloir, il y a une deuxième porte derrière! Mais quelle bonne idée!

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On reconnaît la classe d’un hôtel au nombre et à la qualité des produits de beauté fournis. *****

La chambre était de bonne taille pour un hôtel de centre ville, assortie d’un dressing qui évitait de l’encombrer avec la valise, et la salle de bains plus grande que celle de chez moi (remarquez que ce n’est pas bien dur, mais quand même). Avec peignoir. Et plus de produits de beauté que dans ma salle de bains (« Mais à quoi ça sert ce truc? »). En lieu et place de la bouilloire entartrée de mes hôtels habituels et de son gobelet de dosettes de café lyophilisé, une machine Nespresso rutilante et son coffret de capsules. Et une corbeille de fruits qui aurait pu me nourrir toute une journée. Avec la petite assiette et les couverts (le tout gratuit).

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C’était un hôtel historique, donc la décoration était… surannée, vais-je dire, et je préfère le moderne. Pour la connexion, il y avait encore un câble, pas plus mal. Ce n’était pas du haut débit, mais c’était effectivement inclus (ou alors ils sont trèèèès en retard pour me le facturer). Et ma chambre devait faire partie de celles bas de gamme où ils logeaient le petit personnel des VIP, la vue était sans intérêt (mais j’ai eu pire). Mais ma foi, je n’allais quand même pas me plaindre. Entre la double porte-sas et la moquette épaisse, même les quelques voisins d’étage bruyants ne dérangeaient guère (les bonnes manières ne sont pas toujours fournies d’office avec la richesse personnelle, hélas). Je commençais à comprendre pourquoi ceux qui avaient les moyens préféraient ce genre d’hôtel.

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Pas croisé de fou avec une hache. Ca fait un peu Titanic.

Mais c’est le soir, en revenant de ma première journée de tourisme, que je le compris encore mieux. Déjà, j’avais eu droit au « service de couverture ». Pour les plébéiens comme moi qui l’ignorent, dans les hôtels d’une certaine catégorie, outre que le lit est fait le matin, il est aussi défait le soir : cad que le drap et la couverture sont repliés au bord, de sorte que vous n’ayez plus qu’à vous glisser dedans – et on vous prépare une lumière tamisée. Ca surprend (première réaction de l’habituée des 2 étoiles : « Aaaaah, quelqu’un est entré dans la chambre! Au vol! … Ah non tiens »). Voire même, s’ils le trouvent, ils sortent votre pyjama sur le lit. J’avais laissé traîner un T-shirt de merchandising dans la chambre le matin : en rentrant le midi, il était plié sous l’oreiller. 2 cerises sur le gâteau dans cet hôtel-ci : les chaussons (sous plastique) déposés au pied du lit, et la petite note indiquant en allemand et en anglais les prévisions météo du lendemain avec un petit dicton.

… Ah oui, quand même. C’est attentionné (et la corbeille de fruits est remise à niveau si vous avez tapé dedans. Avec des fruits différents. Ils doivent compter les grains de raisin ou avoir un algorithme, je ne sais pas). Ca c’est palace!

Puis vint le moment de me coucher. Je ne sais pas en quoi était fait le matelas, mais j’ai eu l’impression de m’enfoncer dans un nuage douillet. C’était tout mou mais en même temps le maintien était confortable. Moi qui d’habitude tombait du lit à 6h dans les hôtels parce que le fait de ne pas être chez moi perturbe mon sommeil, j’ai dormi comme un bébé. Heureusement, j’avais une bonne motivation pour me lever : la faim non parce que le petit déjeuner n’était pas compris, faut pas exagérer non plus, et il coûtait le tiers du prix de la chambre. Non je rigole. Enfin, ça comptait aussi. Non, l’autre motivation, c’était qu’en sortant assez tôt de l’hôtel par ces matins d’hiver, j’avais droit à la vision rayonnante du soleil rasant qui formait un arc-en-ciel dans le jet d’eau du lac Alster.

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Amouuuuur!… Alors, forcément, dans ces conditions, et malgré la bronchite carabinée attrapée lors de ma balade au bord du lac Alster le dernier jour, je suis un peu tombée amoureuse de la ville. Je ne suis pas sûre que j’en aurais gardé un si bon souvenir si j’avais opté pour un hôtel miteux dans un quartier qui l’était tout autant (et ma foi, Hambourg a aussi ce genre de quartiers).

Moralité, depuis, même si je reste radine un hamster-hérisson, hamstérisson? un peu près de mes sous je mets plus volontiers la main à la poche pour un peu plus de confort ou d’agrément. Parfois c’est juste pour être juste à côté de la salle de concert pour m’éviter un long trajet à pied et/ou transport en commun après un concert en fosse. Parfois c’est un restau ou un salon de thé un peu plus select que mon quotidien. Pour la qualité de ce qu’ils servent, pour un service qui mérite enfin ce nom, et pour le calme, denrée rare à Paris…

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Je suis devenue sélectivement dépensière. Cad que je peux tout à fait me restreindre dans ma vie de tous les jours – par exemple boire le café du distributeur plutôt que celui plus cher de la caféteria du bureau – pour craquer une fois de temps pour un thé dans un palace. Parce que d’expérience, prendre un verre dans un café parisien où 3 fois sur 4, le service est désagréable, c’est bruyant, et c’est de toute façon trop cher pour ce que c’est, ça ne laisse pas un souvenir impérissable. Alors que s’offrir une parenthèse feutrée dans un endroit chic, de préférence accompagnée, ça, tout comme les voyages, ça fait des souvenirs. Et les souvenirs, c’est ce qu’on peut s’acheter de mieux. Ce sont des petites bulles de bonheur que vous pouvez rappeler dans votre esprit quand vous voulez.

Pour les chambres d’hôtels, je ne demande pas le grand luxe, mais une bonne insonorisation, une température réglable et une bonne literie, c’est devenu le minimum pour que je me déplace… Même quand j’étais jeune, je n’ai jamais été emballée par le camping, alors je ne vais pas commencer maintenant que mes os se font vieux!

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10 réflexions au sujet de « Comment le fandom m’a donné des goûts de luxe »

  1. Ah mais comme c’est trop vrai !
    Quand on part en vacances avec Lord Choupinou, j’insiste toujours pour avoir un hotel vraiment pas dégueu.
    C’est mes vacances, je veux bien dormir, et je suis prête à serrer la ceinture le reste de l’année pour que j’ai mon confort en vacances.

    D’autant plus que quand on calcule vraiment, c’est pas toujours tellement plus cher que ça.

    • Oui, j’ai vu quelques exemples de gens qui ont pris des hôtels « pas chers » sans regarder où ils étaient, et qui se sont retrouvés bien embêtés pour y retourner après le concert faute de transports… Ou qui comptaient sur les bonnes poires de leurs amis pour les y ramener en voiture alors que les gens en question avaient réservé bien plus près de la salle!
      A la limite, maintenant, je préfère ne pas partir que partir dans un truc miteux. Je n’ai jamais eu l’esprit routard, c’est pas à mon âge avec mes vieux os que je vais le développer.

  2. Je ne voyage pas beaucoup mais j’ai aussi compris que la logistique et tous ces à-côtés est determinante dans l’appréciation d’une visite à l’étranger ! Et je dirais même mieux, ça aide à relativiser dans les moments moins agréables du séjour.
    Du coup, difficile de qualifier de radin le voyageur qui paye le prix pour être impartial, non ?

  3. James Marsters chante mal ? 😮
    Bon sinon ton expérience Londonnienne m’a bien fait rire, j’ai jamais eu se problème et je suis bien contente de pas l’avoir ahah ^^
    Et j’ai toujours été sélective aussi, camping, auberge de jeunesse … NOPE pas assez bien pour moi lol

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