La Méthode à Gilles (le hamster) : faites du ménage dans votre vie (1) : les projets

J’ai déjà parlé ici d’approches pour ranger chez soi quand on est bordélique. Vous pouvez essayer la méthode KonMari, aussi, mais moi rien qu’à lire le passage sur le fait de jeter plein de choses, j’angoisse. Cela dit, c’est sans doute une bonne méthode. Mais il faut d’abord s’y préparer psychologiquement et par étapes, quand on est un hamster.

Les souvenirs, ce sont comme les pelures d’oignon de Shrek. Non, je n’ai pas fumé (ni des pelures d’oignon ni autre chose). L’accumulation, chez certains (dont moi), ça protège le moi intérieur tout sensible, ça permet de détourner son attention de sujets anxiogènes en occupant son cerveau avec des futilités.

anim_ogres-are-like-onions13.gif3_

Néanmoins, ça peut aussi être un obstacle pour avancer. C’est là qu’il faut se décider à faire du ménage. Faire du ménage par le vide chez soi, c’est bien, mais ça prend du temps. Et souvent, le temps, quand on est un hamster, on en a peu. Pourquoi? Parce qu’on n’accumule pas seulement les choses, on accumule aussi les idées et les projets. Projets pour lesquels on accumule le matériel dédié. Et comme on n’a jamais le temps de terminer un seul de ses projets, on garde la doc et le matériel pour le jour où…

Mais ce jour n’arrivera jamais si vous restez dans ce cercle vicieux. Vous serez déjà trop occupés à surnager dans votre désordre mental et celui, physique, de votre appartement encombré, pour avancer dans un projet.

La solution, c’est la même que pour le rangement physique (et KonMari a raison sur ce point) : il faut commencer par élaguer. Moins vous aurez de choses à ranger, moins vous mettrez de temps à ranger. Plus facile, plus rapide ce sera de nettoyer votre chez vous.
De la même façon, moins vous aurez de projets en cours, plus vous aurez de chances d’en finir certains. Et 2 projets achevés, c’est nettement meilleur pour le moral qu’une montagne de projets à peine entamés.

Donc commencez par faire la liste de tous vos projets, en vrac, les petits et les gros. Ecrire un roman, repeindre les fenêtres, changer de travail, changer la penderie, faire le tour du monde, vous mettre à votre compte, apprendre le piano, la pâtisserie, trier vos photos, réparer le placard…

Ensuite, triez-les en listes :
1) ce que je dois / veux vraiment faire
2) un jour peut-être si j’ai le temps
3) si je gagne au loto (les projets qui, matériellement, sont impossibles dans votre situation actuelle)

En 1), vous serez d’abord tentés de tout mettre. Mais soyez honnêtes. Il y a des projets qui figurent sur votre liste « à faire » depuis quoi, 5 ans? 10 ans? Plus? Est-ce que vos goûts n’ont pas changé depuis? Est-ce que vous avez réellement envie d’y investir le temps nécessaire à l’accomplir? Ou est-ce que vous pouvez le descendre dans la liste 2) : un jour peut-être?

Si oui, faites-le.

A l’inverse, dans la liste 3), attention à ne pas être défaitiste et à trop y mettre. Je vois plein de gens autour de moi qui, pris par le quotidien, se disent « Oh j’aimerais bien faire ça mais je ne peux pas parce que ce n’est pas raisonnable / il faut d’abord payer les études des enfants / je ne saurai pas faire ». Et qui finalement, le font, une fois qu’ils se rendent compte que ce n’est pas si impossible et qu’on n’a qu’une vie.

Je ne vous dis pas de balancer vie, boulot et famille par-dessus bord pour aller vous faire dévorer par un crocodile en essayant de descendre le Nil en kayak. Mais certaines choses qui vous paraissent impossibles, trop chères ou qui prennent trop de temps, sont finalement gérables si on s’organise et au prix de petits sacrifices.

Les voyages? Avec la multiplicité des offres de transports, les bus pour voyager pas cher dans toute l’Europe, les échanges d’apparts et autres r’BnB, c’est devenu plus abordable. Si vous vous organisez bien, ça peut être faisable. Tout est question de proportions : vous n’avez peut-être pas les moyens de claquer 1000 ou 2000 Eur en vacances au bout du monde ou aux sports d’hiver à chaque période de vacances scolaires. Mais est-ce que vous ne pouvez pas mettre de côté 500 ou 1000 Euros pour faire LE voyage dont vous rêvez, une fois dans votre vie, sans que ça ait un effet néfaste sur votre vie quotidienne – à part manger des nouilles un peu plus souvent et rogner sur quelques dépenses -, avant d’être trop vieux pour pouvoir en profiter?

Le temps, aussi, est bizarrement compressible. Cad que plus vous avez de temps libre, plus vous en perdez en bêtises. Loin de moi l’idée qu’on perd forcément son temps à faire des bêtises. Je bénis le temps libre dont j’ai disposé enfant, parce qu’on ne m’avait pas inscrite à 12 activités extra-scolaires : ça m’a laissé le temps de lire, de me cultiver et de rêvasser.

the_time_you_enjoy_wasting4

Cad « Du temps que tu apprécies de perdre n’est pas perdu ».

Depuis la rentrée, j’ai commencé à prendre des cours du soir d’allemand, 2h un soir par semaine. Et je passe régulièrement 1h au Café des Chats en rentrant du travail (c’est sur mon chemin, pour l’instant, alors j’en profite)… Franchement, je n’ai guère senti la différence sur ma « productivité » hebdomadaire, parce que les soirs de semaine, sauf quand je sors, je ne fais pas grand-chose à part dîner, étendre une lessive éventuellement, et faire des trucs sur l’ordinateur. Ou plus exactement, faire pas grand-chose sur l’ordinateur…

Bon, pour être honnête, je ne sais pas si ça change grand-chose à mon niveau d’allemand non plus, mais en faire 2h par semaine c’est mieux que pas du tout, je revois toutes les bases, et c’est bon pour le cerveau de varier les stimulations.

L’idée, c’est juste de prioriser ce temps passé à faire ce que vous aimez, et les efforts que vous faites pour.

Par exemple :

Pour vous donner une idée de ce que j’ai supprimé de ma liste d’auto-contraintes, au fil des années… :

– arrêter d’acheter mes comics mensuels Lug, il y a une vingtaine d’années, quand c’était devenu trop nul (c’était les années 90, tendance dite « big boobs, big guns » – gros seins et gros calibres). Les économies de temps, d’argent et de place furent notables. Je pense que ce fut le début de ma prise de conscience que eh dis donc, les hobbies, c’est quand même super encombrant… Et qu’il faut les surveiller pour guetter le moment où on ne fait plus quelque chose que par habitude, et non en y prenant vraiment du plaisir.

– mettre hors ligne quelques vieux sites web sur lesquels je ne trouvais plus le temps de travailler.

– abandonner l’idée d’en créer d’autres, d’autant plus que les sites personnels n’ont plus guère de visibilité et d’utilité face aux géants du web professionnel… Et j’ai autre chose à faire qu’apprendre les rouages sur SEO pour que Google daigne me ranker correctement.

– abandonner l’administration d’un forum, d’un blog de fans et autres activités faites pour partager avec d’autres fans, quand chacun m’est devenu plus une source de stress et d’énervement que d’amusement. Re-prise de conscience.

– essayer de me limiter dans les activités de vidage de tête, style jeu vidéo (maintenant essentiellement sur Facebook ou tablette) ou télévision. J’aime toujours procrastiner / glander devant un petit casse-tête (plutôt Farm Saga ou Frozen Free Fall que Candy Crush), mais je sais par expérience que je suis capable d’y passer des heures à m’auto-hypnotiser. Et arrêter complètement, c’est dur. Donc je fais des pactes avec moi-même : si je découvre un nouveau jeu qui me plaît, j’essaie d’en abandonner un autre – ce qui m’est facilité parce que le nouveau paraît toujours plus intéressant (syndrôme du « ooooh shiny! »). Pour limiter le temps passé dessus, au lieu de griller toutes mes vies et d’attendre que le stock se refasse, je m’autorise un seul essai. Ou j’arrête au bout d’une partie gagnée (moins frustrant).

– en même temps, j’ai réalisé que c’est d’autant plus facile de se limiter qu’on s’est trouvé une activité plus intéressante pour remplacer. Par exemple, écrire pour ce blog remplace pour une bonne part le temps que je passais avant dans les transports et sur Facebook en jeux de casse-tête. Sauf que pour le même nombre d’heures, au lieu d’un score de jeux qui disparaîtra quand l’éditeur coupera le serveur (adieu, mes maisons de Sims Facebook ou de Pet Society…), j’ai un blog qui amuse mes amis et distrait un certain nombre de lecteurs.

FB_Sims_Hyatt.jpg

– pour les séries télé, c’est encore plus facile : j’en ai regardé tellement que j’ai du mal à être vraiment captivée par les nouvelles. En tout cas, je ne m’intéresse plus assez à ce medium pour aller de moi-même en chercher de nouvelles à regarder sur Netflix ou autre (je ne me suis d’ailleurs même pas abonnée : ou comment supprimer la tentation de la procrastination à sa source!). Donc les seules que je regarde actuellement, soit c’est qu’elles passent à la télé et en général je suis sur l’ordi en même temps, soit je les achète en DVD (quand j’ai commencé à les voir à la télé mais pas pu tout voir, comme Borgen ou Dexter) et je me les passe sur l’ordi. Re-multitâche.

Question « IRL » (in real life = dans la vraie vie quotidienne) :

– vérifier à chaque achat de vêtement si c’est lavable en machine et si ça supporte d’être porté sans repassage (sauf quelques pièces plus élégantes ou « business » pour les occasions où c’est nécessaire), parce que je ne crois pas que je regretterai de ne pas avoir fait assez de repassage… Je crois que c’est sur ce genre de tâches répétitives et quotidiennes qu’on gagne au final le plus de temps. Tout ça en réfléchissant simplement à l’achat au côté pratique, et pas juste à « Oooooh, c’est joli! ».

– passer au paiement de factures par prélèvement (c’est idiot, mais je suis nulle en paperasse… Alors rien que faire ça, qui normalement prend 2 minutes à une personne raisonnablement organisée, me consommait mentalement plus de temps parce que je mettais 2 semaines à m’y mettre, et à ce moment-là j’en avais pour 20mn à 1h pour retrouver sous quelle pile la facture était enfouie…).

– laisser tomber mes envies de couture (sauf occasion particulière bien définie comme se faire un déguisement pour une soirée programmée). Et faire faire mes ourlets en magasin. De toute façon le résultat est plus pro… Je ne fais plus que recoudre des boutons ou des coutures qui commencent à se défaire. Et en général, j’attends d’en avoir 2-3 à faire.

– laisser tomber mon idée d’apprendre la musique, de mettre au modelage ou de me remettre au dessin « sérieusement » (j’avais acheté un manuel pour apprendre le dessin anatomique). Et paradoxalement, c’est maintenant que je l’ai fait, que j’ai refait quelques dessins, pour le blog, qui est devenu l’un de mes projets prioritaires… L’inconvénient, c’est qu’ils sont tout moches parce que je suis rouillée. Mais au moins j’en ai fini quelques-uns.

 

En parlant de ça, je vais lever un peu le pied sur le blog en ne postant plus tous les jours, parce que mine de rien ça prend du temps et j’en manque un peu en ce moment.

6 réflexions au sujet de « La Méthode à Gilles (le hamster) : faites du ménage dans votre vie (1) : les projets »

  1. J’aime bien vous lire. C’est comme flirter avec un monde étranger et étrange. Vous n’êtes ni de mon âge (au pif), ni de mon monde (puisque vous êtes dans un autre, parallèle au mien, sûr). Mais j’aime votre plume dynamique, légère, parfois vos coups de gueule et vos emportements. Vous me distrayez. Continuez. Je vous y encourage vraiment.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s