Analyse sémiologique des photos de vacances

(je voulais caser sémiologique dans un titre, ça, c’est fait).

Régulièrement, après chaque période de vacances scolaires, ma boîte mail est submergée d’offres pour imprimer mes photos, par paquets de 50, de 100, sous forme d’albums reliés…

Je prends des photos en vacances depuis que j’ai un travail et un appareil photo (cad que ça m’a pris plutôt tardivement). En fait, j’ai acheté un appareil photo (un argentique Olympus Myu II tout mignon, et très bon pour un ultra-compact, conseillé par… un client de la Fnac alors que les vendeurs étaient trop occupés pour m’éclairer) après mon arrivée à Paris, qui coïncide avec le début de ma vie professionnelle et de mes voyages. Mais à la base, je l’ai acheté pour photographier Paris.

orsay_sapho

Sapho, Musée d’Orsay

Parce qu’après une phase de « Mais c’est quoi cette ville grise et crade, pourquoi tout le monde fantasme dessus? » en arrivant dans la capitale, j’ai commencé à y faire ma touriste et à tomber amoureuse de ses vues. Il faut être insensible à la beauté pour ne pas trouver sujet de photographie à Paris (il faut aussi, maintenant, être habile pour éviter d’avoir une poubelle sauvage ou quelque déchet, humain ou autre, dans le cadre. Mais ceci est un autre sujet…).

Avec l’arrivée du numérique, comme tout le monde j’ai pris encore plus de photos. D’autant plus que pour moi, la photo n’a pas qu’une vocation artistique. Je ne prétends pas faire de l’art. Ni même du photo-reportage. Pour moi, c’est un bloc-notes visuel pour les cas où un petit dessin vaut mieux qu’un long récit. Notez bien que je prends également des notes détaillées de mes voyages, dans mes petits carnets, pour les impressions non visuelles. Mais les photos m’aident à me souvenir, après.

Au début, ce n’était pas forcément très utile puisque les voyages me faisaient forte impression. Mais le temps passant, les voyages s’accumulant, et le temps repassant par dessus, « au bout d’un moment, tous les aéroports se ressemblent ». Et on commence à tout mélanger. Quand je suis « sortie » du fandom Buffy / James Marsters, je pouvais identifier de quel concert ou convention sortait une photo, (du moins si j’y avais assisté), quelle ville et quelle année, voire la date précise. Maintenant, quand je les regarde, j’ai déjà du mal à situer l’année, et à me souvenir des villes dans lesquelles je l’ai vu en concert… Même en voyant les photos touristiques des villes en question.

Néanmoins, je me rends compte que si je suis contente d’avoir mes photos de vacances, je ne les consulte que si une occasion précise m’y pousse. Par exemple : « ah oui, qu’est-ce que j’avais photographié du Cat Cabinet d’Amsterdam, déjà? » (un musée privé dédié à toutes les représentations artistiques du chat. Il y a même des costumes de la comédie musicale Cats. Et des vrais chats qui se baladent – ou dorment – dans la bâtisse). « La statue de Sapho à Orsay? C’est vrai qu’elle est magnifique, attends, je l’avais prise en photo et j’avais photographié des détails ».

amsterdam cat cabinet

Amsterdam – The Cat Cabinet

En général, je les « dépile » en revenant, je trie les bonnes, à l’occasion j’en fais un article pour le blog ou je partage ailleurs si je pense que ça peut intéresser les gens. Et après je suis prise par le quotidien donc je ne les ressors pas. Ce qui explique que je ne me fatigue pas à les faire imprimer, maintenant. De mes premières années, j’ai des livres de photos (à l’ancienne, avec des photos 10×15 dans des cahiers). Très jolies. Enfin je crois. Je ne les ai pas compulsés depuis longtemps. Autre raison qui fait qu’après un moment, je ne les ai plus imprimées.

Photographier l’anecdotique

Récemment, j’ai voulu trier celles qui étaient imprimées, encore réparties dans leurs enveloppes des studios photos. Deux remarques me sont venues : primo, même ratée, une photo argentique semble toujours plus belle et digne d’intérêt qu’une photo sur ordinateur. Je n’en ai jeté quasiment aucune. Secundo, je prends vraiment en photo des trucs bizarres, mais des fois ça m’est utile bien, bien plus tard et je regrette rarement de les avoir prises…

Par exemple, lors de mon premier « grand » voyage outre-Atlantique, à San Francisco, et alors, donc, que j’ai pris excessivement peu de photos argentiques vu que ça coûtait (et coûte toujours) cher, j’ai quand même photographié deux traces de la présence de Keanu Reeves (oui, déjà). Si on me demandait pourquoi, je ne saurais guère l’expliquer, si ce n’est qu’il a toujours figuré sur la très courte liste de célébrités qui m’intéressent, et que c’était marrant à différents titres. La première, c’était sur le mur d’empreintes de main qui ornait la façade du Virgin Megastore au coin de Market Street et de Stockton Street. Ne le cherchez pas : comme les autres Virgin Megastore, il a suivi la voie du dodo et s’est éteint, en 2009, pour être remplacé par un Forever 21 (ligne de vêtements pour djeunz produits à bas coût par des encore plus jeunes d’Asie). Et déjà, ça, c’est triste, et je suis contente d’en avoir un souvenir.

keanu reeves hands

Ensuite, le mur d’empreintes avait déjà disparu en 2008 quand le magasin existait encore, et c’est fort dommage. Notamment parce que j’y avais découvert deux choses : d’abord, Keanu Reeves a d’énormes paluches. Je l’ai vérifié ensuite dans Constantine (dans une scène où il met la main sur le ventre de Rachel Weisz, on dirait qu’elle a un face-hugger sur le bide). Ensuite, Arnold Schwarzenegger, lui, en a de toutes petites : son empreinte à lui était voisine, et ma main la remplissait presque entière, alors que le gars fait censément 30 cm de plus que moi.

Non, je n’en ai pas tiré de conclusions. Je ne pense pas que j’aurais l’occasion de vérifier de toute façon alors ça ne sert à rien de tirer des plans sur la comète. C’est marrant, c’est tout, quand on n’est pas habitué à côtoyer des célébrités, de voir des traces concrètes d’eux comme ça. C’est un peu comme découvrir une empreinte de dinosaure après avoir joué avec des miniatures en plastique pendant des années. « Aaaah, mais ils existent en vrai! ». Maintenant, après mes séances intensives de greluchage et de chasse aux autographes, je suis un peu plus blasée.

keanu_00

L’autre photo, c’était dans la devanture de ce restau japonais à Japan Center, où parmi d’autres célébrités dans le livre d’or, il avait laissé un petit mot gentil pour féliciter le chef de sa cuisine. C’est la photo que je lui ai faite signer 11 ans plus tard à Deauville. (Parce que comme une quiche je n’ai pas pensé à imprimer les photos prises en 2014 au Festival du Film des Champs Elysées. Il faudrait vraiment que je trie et j’imprime certaines de ces photos, en fait.) Et tout comme l’empreinte de main, en 2008 elle n’y était plus. Je suis contente de l’avoir immortalisée sans attendre.

Au final, les photos, pour moi, ce n’est pas destiné à une consommation immédiate. C’est plus pour y revenir les jours de pluie, ou quand je ne pourrais plus voyager.

Il y a eu une étude démontrant que si on faisait visiter un musée à des gens, certains équipés d’un appareil photo, d’autres non, ceux qui n’avaient pas eu le droit de prendre de photos se souvenaient de plus de choses que ceux qui avaient pris des photos. En mémoire immédiate, peut-être. Redemandez-leur dans 2, 5, 10 ans?… J’ai un gros doute, sauf si c’est la seule visite de musée qu’ils ont faite de leur vie et qu’elle a donc été particulièrement marquante. C’est à ce moment-là que les photos seront le plus utiles.

 

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12 réflexions au sujet de « Analyse sémiologique des photos de vacances »

  1. Je note le Cat Cabinet dans un coin ! Ça a l’air plutôt sympa comme visite à faire 🙂
    J’ai pas mal de photos à trier aussi, mais je n’en ai pas fait développer tant que ça depuis la fin du lycée. Je développais surtout les photos que je faisais lors de mes voyages scolaires ! J’ai un petit tri à faire là dedans déjà, parce que je dois avoir quelques vaches et moutons qui trainent de mon premier voyage scolaire en CM1.. Et puis tout le reste sur ordinateur, afin peut-être de faire développer les « meilleures ». ^^

    • J’avais bien aimé le Cat Cabinet oui, surtout qu’à l’époque les cat cafés n’existaient pas donc j’avais été ravie de trouver un endroit où je pouvais grattouiller un matou à coup sûr! 🙂 Même s’ils se planquent un peu pour dormir… Mais la plupart des gens se contentent de visiter le musée sans forcément les déranger.
      Je me suis lancée dans un grand tri de mes photos numériques mais c’est interminable ^^ Ca m’a surtout permis de me convaincre de jeter mes plus vieux APN, en comparant la qualité avec celle des actuels…

      • Ça aura au moins servi à quelque chose haha x)
        J’avoue que je n’ai toujours pas testé les cat cafés, je ne sais pas s’il y en a à Rennes. Je ne crois pas. Est-ce qu’on en trouve ailleurs qu’à Paris déjà ? Je ne sais pas ^^
        Mais le Cat Cabinet, avec ou sans chats à tripatouiller, ça a l’air bien sympa. Ça change 🙂

  2. Je ne connaissais pas le musée du chat à Amsterdam, ça doit être une visite assez sympa ^^
    Pour ma part j’ai un apn que j’utilise uniquement dans le cadre de mon travail (je ne suis pas photographe, je l’utilise pour photographier mes créations). Quand je pars en vadrouille j’emmène mon instax mini, comme ça je ne me retrouve pas avec 500 photos à trier et ça m’oblige à prendre uniquement des photos qui ont un « intérêt » (sentimental ou visuel). Disons que ça m’oblige à être plus sélective et l’avantage c’est que je n’ai pas à les imprimer par la suite (je n’y pense jamais). Quelque part j’ai aussi l’impression de profiter encore plus de mes voyages. Pour tout ce qui est musée ou architecture je me dit qu’avec internet je pourrai trouver d’autres photos (souvent plus réussis que les miennes).

    • Oui le Cat Cabinet est un petit musée sympathique, une parenthèse de calme à Amsterdam – et en plus c’est un hôtel particulier à l’ancienne donc ça a ce cachet aussi.
      Ca dépend sans doute des gens. Moi je sais que sur les voyages ou parties de voyages où je n’ai pas pris de photos, j’ai très peu de souvenirs. Et quand je visite des musées ou expos où les photos sont interdites, il n’y a quasiment jamais les oeuvres que je voudrais en cartes postales. Du coup, je préfère garder mes propres souvenirs photos quand je peux.

  3. Pour moi, les photos sont un journal de vie. En passant de l’argentique au numérique, j’ai changé de format d’album mais je fais toujours imprimer mes photos avec des logiciels spécifiques. J’ai donc un multitude d’albums que je consulte de temps en temps. Je plains mes enfants : à ma mort, que feront-ils de toutes mes traces de vie ? un immense feu de joie, je l’espère, qui rejoindront mes cendres…

  4. C’est vrai qu’en passant de l’argentique: 1- j’ai pris bcp plus de photos (surtout dans les débuts où c’était une frénésie …mais j’en jetais bcp aussi) 2- je ne l’ai fait presque jamais imprimer (sauf pour des occasions comme: faire des calendriers, des agendas…)
    Une argentique est toujours très belle, en règle générale.
    Une numérique, sans post-traitement, est juste moyenne. ce qui est logique: le travail de post-traitement se faisait en labo directement sans qu’on n’y touche. A présent, pour rendre une numérique attractive, il faut lui redonner du cachet a posteriori (ou refaire à chaque pdv ses réglages, ce qui est une galère de malade). D’où les logiciels ….CQFD (je ne parle pas de :retouches, évidemment, c’est une autre problématique)

    • Je ne sais pas si mes photos argentiques avaient droit à beaucoup de post-traitement au tirage, il me semblait que c’était fait sur des machines pour le tarif que je demandais. Mais c’est vrai que même comme ça, beaucoup ressortent mieux.
      Ça dépend aussi beaucoup de l’appareil: en triant de vieilles photos, je réalise qu’un des appareils que j’ai eu… Avait du mal à faire des photos nettes 😐 Alors dans ces conditions, il y a encore moins de belles photos.
      Et puis la lumière joue aussi. Avec le même appareil (celui de mon smartphone), j’ai des photos bof et d’autres qui en jettent… Les dernières sont généralement dues à une bonne lumière.

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