Comment devient-on fan (3) : Le fan en excursion

Etape 3 : Le fan en excursion

Petit à petit, tout de même, la curiosité et l’envie vous gagnent, à lire les expériences de ces aventures de fans. Réaliser le nombre de gens qui s’y adonnent, et voir qu’en dehors de ces expéditions, ce ne sont pas forcément des psychopathes ou des no-life, cela banalise ces comportements. Enfin, certains, et pas forcément pour tout le monde. Mais cela ouvre en tout cas le champ des possibles.

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Oui, se faire un petit week-end de vacances à Strasbourg, Marseille, voire Londres, Bruxelles ou Amsterdam pour conjuguer tourisme et « fanisme », c’est non seulement possible mais enrichissant (sauf pour le portefeuille). Les voyages forment la jeunesse, et distraient la moins-jeunesse. Si votre artiste a la malchance de ne plus guère vendre en France, et qu’il n’y fait pas ou plus de concert, ma foi, vous êtes bien obligé d’envisager de faire votre baluchon pour aller le voir de l’autre côté de la frontière, si vous souhaitez continuer à suivre sa carrière.

A ce stade, la rencontre avec d’autres fans déjà rodés, ou au moins tentés eux aussi par les voyages, joue un rôle primordial : déjà, voyager à plusieurs permet de réduire les frais, en partageant chambres d’hôtel, frais d’essence, de location de voiture, etc. Cela aide aussi les moins expérimentés à franchir le cap de partir à l’aventure dans des contrées plus ou moins inconnues – qui commencent à Paris pour ceux qui n’ont jamais quitté leur province. Pour les voyages à l’étranger, notamment, tout le monde n’est pas bilingue, et il est plus rassurant pour les novices de ne pas s’y hasarder seuls. Même si on ne parle pas la langue, c’est toujours mieux de galérer à deux ou plus que tout seul!

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Plusieurs motivations entrent en compte dans la décision finale. A la base de tout, évidemment, il y a la simple envie de voir l’artiste en concert, au théâtre ou en convention, dans son élément. Et de le voir de ses propres yeux, sans passer par le prisme réducteur et biaisé des médias. Bien sûr, il sera en représentation, et pas absolument au naturel. Mais au moins, vous pourrez capter de petits moments qui auraient été passés sous silence dans le plan comm’. Un sourire, un geste, un regard, une impression qui seront vos souvenirs personnels de cet artiste. Au lieu de subir le choix du réalisateur d’un DVD live, vous choisirez vous-même de porter votre attention sur ce que fait le bassiste ou le batteur. Vous reprenez un peu l’initiative, au lieu d’être un consommateur passif qui gobe ce qu’on lui envoie.

Un spectateur averti en vaut deux, aussi. Aller voir plusieurs concerts, ou au moins deux, c’est s’affranchir un peu de la roulette russe des aléas du direct. Il arrive même aux meilleurs d’attraper une grosse grippe ou un virus qui les empêche de chanter correctement ou de donner leur maximum sur scène. Ou bien d’arriver en retard à une salle pour cause de vague de froid sur l’Europe, de grève des transports ou d’accident sur l’autoroute. Ce qui empêche de monter la scène en entier, ou de faire une balance son correcte, et donc nuit à l’aspect technique du concert (sans parler de l’humeur des artistes).

Elle faisait une tête un peu comme ça pour situer...

Si vous assistez à un concert un peu raté, difficile d’en déduire si l’artiste avait simplement un jour sans, ou s’il est nul sur scène. Si vous en voyez deux, de trois choses l’une :

  • les deux sont bons : vous pouvez vous féliciter d’avoir choisi quelqu’un de motivé et sérieux (même si les puristes du rock ne semblent pas considérer cela comme un compliment). Même s’il a un jour sans ou un imprévu, il arrivera sans doute à rattraper le coup d’une manière ou d’une autre.
  • l’un est réussi et l’autre moins : ça arrive. C’est la glorieuse incertitude de l’art. Il avait peut-être mangé un truc avarié avant de monter sur scène.
  • les deux sont ratés. On peut accorder le bénéfice du doute, certains ont le mauvais oeil. Mais inutile de se leurrer : la chance sourit aux gens préparés, et la guigne poursuit les négligents. Personnellement, je ne prendrai pas (plus…) le risque de voyager bien loin et de risquer une grosse somme dans le billet de spectacle de quelqu’un qui a une tendance trop prononcée à saborder ses performances. Le mythe de l’artiste incompris et autodestructeur me séduit peu, quand c’est moi qui paye. Je suis consciente d’être un consommateur, alors autant en avoir les droits.

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Ca démythifie aussi, sans doute, parce qu’à voir deux concerts quasi-identiques, on se rend bien compte de ce qui relève de la réelle communication de l’artiste avec la foule en face de lui, et des gimmicks préparés à l’avance, et répétés chaque soir. Ce n’est pas un drame : quand on doit assurer deux cent concerts par an, forcément, on ne peut pas être original tous les soirs. Comme le raconte Bono, après avoir improvisé un soir un moment magique, qui a marqué le public, l’artiste essaie de retrouver un moment du même genre [1]. D’une certaine façon, se rendre compte des petits ratés et des répétitions, cela désacralise l’artiste. On n’y perd pas forcément en appréciation, cela permet peut-être de l’apprécier simplement comme un artisan doué, plutôt que comme un être quasi surnaturel et parfait, et donc par là, d’éviter les dérives de l’idolâtrie.

Pour les fans de bande dessinée, les expéditions commencent par les séances de dédicaces dans la librairie de quartier, s’étendent ensuite aux salons régionaux, et culminent au festival d’Angoulême. Pour ceux qui préfèrent les comics (bandes dessinées américaines), le rendez-vous à ne pas manquer est le ComicCon à San Diego. Un peu cher le billet (surtout de transport). Les accros du manga se rassemblent dans les conventions de type Japan Expo, à l’origine souvent organisées par des écoles de commerce comme l’Epita, et devenues leurs propres entités suite à un succès grandissant. Certains vont directement s’approvisionner au Japon, pour avoir un choix plus large, et aussi parce que souvent, l’intérêt pour le manga et l’animation japonaise se combine à une fascination pour la culture de ce pays. Les téléphages ont longtemps dû se déplacer jusqu’en Angleterre, en Allemagne ou plus loin pour rencontrer leurs acteurs préférés, mais depuis quelques années, on trouve également des conventions spécialisées (notamment autour des séries télé) en France.

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Becky et Maliki ou plutôt son papa, Souillon

On suppose qu’il faut être un fan inconditionnel et totalement enamouré pour se lancer dans de telles expéditions. C’est souvent vrai au départ (en tout cas pour l’inconditionnel). Mais on se rend compte en discutant avec les fans que cela devient rapidement une habitude, voire une légère addiction. Une fois qu’on a sauté le pas, psychologiquement parlant, et qu’on a apprécié le facteur supplémentaire de divertissement qu’apporte le dépaysement au simple concert – et inversement, le piment qu’apportent le spectacle et la compagnie de fans amicaux à des vacances loin de chez soi -, on recherche de nouvelles occasions de conjuguer les deux.

C’est qu’en moyenne, un chanteur ne fait guère qu’un album tous les deux, trois, voire cinq ans, et les tournées servent à promouvoir l’album. Ca laisse du temps entre chaque sortie… sans parler des groupes qui se séparent pendant dix ans, ou définitivement. Toutes les séries s’arrêtent, même si cela ne met pas fin pour autant aux conventions où apparaissent leurs acteurs. Il faut donc chercher des « produits » de substitution qui fourniront d’autres occasions de partir sur les routes, de délirer entre amis et découvrir du pays.

On étend ainsi le champ des expéditions à d’autres artistes que celui dont on est méga-fan depuis quinze ans. Ou à d’autres occasions : rencontres de fans, expositions en rapport même vague avec le sujet d’origine, parfois simplement vacances dans les pays et régions qu’on a appris à aimer par l’intermédiaire du fandom. D’autant qu’on se fait de nouveaux amis parmi les fans, et qu’ils n’habitent pas forcément dans le même secteur. Raison de plus pour reprendre la route afin de leur rendre visite.

Cela ne va pas sans entraîner quelques incompréhensions chez les gens peu familiers de ces voyages. Pourtant, on ne leur demande pas, à eux, de se justifier sur leur choix de destinations de vacances, même s’ils vont tous les ans au même camping ou sur la même côte de Bretagne. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.

[1] Michka Assayas et Bono, Bono par Bono, Le Livre de Poche, 2007

(à suivre…)

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3 réflexions au sujet de « Comment devient-on fan (3) : Le fan en excursion »

  1. Je me rappelle il y as 2 ans de mon déplacement à Londres pour voir les Babymetal (meilleur groupe du monde) Arrivé a l’aéroport de Londres, je savais que le car était beaucoup moins cher que le train pour terminer mon voyage. Avec mon Français du sud, je me suis fait jeter (sans formule de politesse) de tout les services de renseignements, j’ai mis 2 heures pour arriver à prendre un bus et quitter l’aéroport. A Paris pour un concert cette année des babymetal, grève du RER, (comme d’ab) 4 heures pour faire 40 km. Problème technique, le concert n’as duré qu’une 1/2 heure (un de leur meilleur concert) vivement l’année prochaine pour leur prochain concert en Europe.

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