Comment devient-on fan (5) :

Suite et fin du dossier. Les articles précédents :

Comment devient-on fan (1) : le fan en chambre

Comment devient-on fan (2) : Le fan en chambre d’immersion

Comment devient-on fan (3) : Le fan en excursion

Comment devient-on fan (4) : Le fan en expédition

Etape 5 : Le fan en perdition

Outre les aspects « sortie entre amis » et « rencontre avec l’artiste hors de scène » de ce genre d’occupations, entrent aussi en ligne de compte des motivations moins reluisantes. Comme le décrit Christophe-Ange Papini dans le livre « Fou de Mylène Farmer. Deux années à attendre« , retraçant son itinéraire de fan de Mylène, quand on commence à écrire sur des forums ou à fréquenter d’autres fans, on a parfois le sentiment de ne pas avoir droit à la parole, ou de ne pas être écouté, quand on n’a pas soi-même des informations ou des souvenirs à partager. Plus les cercles sont informés et plus ils sont fermés, car beaucoup tiennent à garder l’exclusivité de leurs informations.

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Dans certains cas, cela se comprend, quand il s’agit d’informations plus ou moins confidentielles comme l’adresse privée de l’artiste, qu’on souhaite protéger (enfin… le protéger des *autres* fans, mais cela n’empêche en rien les dépositaires de l’information d’en profiter allègrement). Il y a également des réseaux pour avoir en premier les informations sur la prochaine venue d’un artiste à une émission de télévisée, et donc s’inscrire pour faire partie du public avant que toutes les places soient réservées. Ou bien savoir à quel hôtel ils sont descendus. Bref, il faut montrer patte blanche et être patient pour s’intégrer à ces cliques. Le meilleur moyen est évidemment d’apporter soi-même une monnaie d’échange, en l’occurrence des informations ou des images inédites. D’où cette fâcheuse course à l’exclusivité.

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C’est là que ça peut dégénérer. Tous ces comportements suscitent une émulation négative entre certains fans : on voit qu’untel a fait cela, donc on veut faire la même chose, voire aller un peu plus loin. Faire un énième concert de plus, même si on n’a pas les moyens de le faire et qu’on doit emprunter de l’argent aux amis – qui ne reverront en général pas cet argent, puisqu’il y aura toujours un nouveau concert à financer. Ils ne resteront pas amis très longtemps…

Aussi, faire un concert de plus que les autres. Suivre l’artiste dans son hôtel, dans sa ville, dans l’allée devant sa maison, jusque dans son jardin et sa maison… Toujours dans « Fou de Mylène Farmer. Deux années à attendre », l’auteur raconte comment de soit-disant fans ont carrément défoncé en voiture les grilles de sa nouvelle résidence afin de s’y introduire.

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Beaucoup de ces comportements irritants, voire dangereux, sont le fait de personnes qui perdent de vue la simple appréciation de l’art et de l’artiste pour eux-mêmes. Ce n’est plus une bonne soirée en musique qu’ils recherchent, ou un bref échange avec une personne admirée, ni un aperçu d’un horizon différent. Ce n’est même pas toujours une fixation sur l’artiste : c’est une façon de se singulariser, d’obtenir plus que les autres, et ce, quel que soit le prix. Même s’ils dépassent les limites de la décence, voire de la loi. Même s’ils s’exposent à se faire détester ou craindre par l’artiste dont ils prétendent fans. Ils agissent un peu comme des enfants au zoo qui envoient des gravillons sur les animaux afin de les pousser à réagir : l’important est de se faire remarquer, fut-ce en mal ou en blessant le destinataire.

Ils pensent aussi se mettre en valeur auprès des autres fans. Cela fonctionne sur certains, mais on sent telle une volonté de se faire passer pour supérieur sous prétexte qu’ils ont obtenu un autographe ou autre, que ça vire à la surenchère. Ce qui énerve à la fois ceux qui se considèrent dans la course et qui n’ont pas eu autant de chance, et ceux qui n’ont pas l’intention d’entrer dans cette risible compétition. Ceux-là en ont juste assez de voir les suspects usuels rabâcher combien de fois ils ont rencontré leur idole, faire des cachotteries comme s’ils étaient dans le secret des dieux, et tourner un passe-temps sympathique en cour de récréation où fusent les coups bas.

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Les transgressions, elles aussi, finissent par se banaliser quand on est entouré de personnes qui font peu ou prou la même chose. Celles-ci ne vont évidemment pas remettre en question les raisonnements sur ce que l’artiste leur « doit », et ce qui est raisonnable ou acceptable comme comportement, puisqu’elles-mêmes cherchent à excuser leurs propres infractions. Ceux qui ne partagent pas leur degré d’implication s’esquivent, ou sont exclus du groupe car ils sont considérés comme des casse-pieds donneurs de leçons. Avec généralement cet argument pour balayer leurs objections de simple bon sens : « Vous êtes jaloux! ».

Ca finit parfois au poste de police ou au journal de vingt heures…

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