L’art ou la cuistre : soutenez les artistes vivants.

Un jour, en plein fandom drama au sujet de A-ha ou autre, je suis tombée là-dessus sur Twitter ou Facebook (ou Instagram, vu le format carré et la définition toute pourrie) :

support living artists

« Soutenez les artistes vivants. Les morts n’en ont pas besoin ».

Qui exprime de mon point de vue toute l’insupportable connerie égocentrique et arrogante que je décèle souvent chez les « artistes vivants » (du moins ceux qui emploient ce genre de formule, de même que celle de « spectacle vivant »).

Je m’explique : je ne suis pas rentière. Pour gagner ma vie, je fais un boulot que j’aime modérément (et avant que vous me disiez que je n’ai qu’à en changer : j’ai déjà étudié les options. Franchement il n’existe pas sur terre de moyen de gagner sa vie qui me ferait bondir de mon lit d’enthousiasme le matin. Celui que je fais me semble être celui qui a le meilleur rapport salaire / intérêt / désagréments en ce qui me concerne).

Si j’achète un CD, un livre ou autre, c’est parce que je l’apprécie et que j’en tire quelque chose, et que je trouve normal de payer pour ce service. Si j’apprécie l’artiste, c’est un bonus et j’aurais d’autant plus envie de le rémunérer pour son travail.

En aucun cas je n’ai l’intention (ou les moyens) de payer des gens juste parce qu’ils sont vivants et qu’ils font de l’art, si l’art en question ne m’intéresse pas. Et je trouve incroyable qu’il se trouve des gens pour s’attendre à ce qu’on le fasse. Au moins les morts, ils ne nous font pas suer avec leurs revendications.

anim_musician need help to get laid

Il faut dire aussi que j’ai encore en mémoire un reportage d’Arte sur des artistes vivant à Berlin, diffusé il y a 4-5 ans quand la ville était encore bon marché et attirait donc tout un tas de traînes-savates en quête de logements urbains de grande taille et pas chers. Denrée dont Berlin, pas encore complètement reconstruite, regorgeait. A l’époque, également, les artistes en question militaient afin de demander un revenu minimum pour leur statut. Pas le revenu minimum universel, hein. Non non, un genre de SMIC pour artiste, attribué comme ça par défaut. Argument donné par un barbu en tong (traduit de l’allemand) :

« Ouiii, la création artistique c’est vachement dur, il faut de la concentration, et c’est vachement dur de travailler dans la sérénité quand on se demande qui va payer le loyer à la fin du mois« .

Emphasis mine, comme on dit. La formulation en gras m’a fait bondir de mon siège. Nonononon, mon gars, tu te poses une mauvaise question. La question, c’est pas qui va payer le loyer. C’est comment tu vas le payer. Si déjà tu te goures de question, moi j’ai direct envie de te faire passer par la fenêtre de ton loft industriel mal entretenu…

Donc ce n’est pas la première fois que j’entends ce genre de discours « d’artistes » qui semblent persuadés que leur ââart est en soi un apport au monde, bien plus important que le travail d’un boulanger ou d’un éboueur. Ce qui est d’une prétention crasse : c’est peut-être parce que moi-même je griffonne un peu et que j’écris (oui j’avoue, quand je retombe sur un de mes vieux textes, souvent je suis mon meilleur public. Normal : j’écris ce que j’ai envie de lire, à la base…), mais je n’éprouve pas forcément de dépendance vis-à-vis du moindre scribouillard ou peinturlureur (et surtout pas les modernes). Alors que sans pain et sans personne pour débarrasser ma rue de ses poubelles, je serais bien embêtée. (bon ok : pour la musique, j’ai besoin de mes pioupious… Mais eux, ils font pas chier le monde à se croire indispensables : ils bossent dur pour fournir au public un spectacle de qualité).

C’est comme ce panneau là :

Twitterb2d18e2

Qui me donne irrésistiblement envie de corriger la dernière phrase en « celui qui travaille avec ses mains, sa tête, son coeur, et qui a la tête comme un melon, c’est un artiste ». Parce que peut-être que Saint François d’Assise entendait par là que le paysan ou le menuisier sont des artistes à partir du moment où ils mettent leur coeur dans ce qu’ils font, mais j’ai un doute que ce soit utilisé comme ça à l’heure actuelle.

Et puis quand on voit certains trucs d’art moderne, on se dit qu’il n’est pas bien certain qu’ils utilisent leur cerveau, mais en tout cas ils ne savent pas utiliser leurs mains. Y mettre son coeur ne suffit pas forcément à faire de la qualité.

9 réflexions au sujet de « L’art ou la cuistre : soutenez les artistes vivants. »

  1. Savoir si ont est un artiste , n’est pas facile . Croire sa mère qui répète a tout le monde « mon fils est doué c’est un artiste » permet certes de grossir son égo mais pas ces dons.Comme moyen sur Je conseillerais d’attendre l’heure de sa mort , beaucoup ont étaient reconnu a se moment la. Deuxième moyen, vendre sont travail d’artiste, pas sur pour autant que tu soit un artiste , mais cela rempli la gamelle.

    • L’art, c’est 10% de talent ou d’inspiration et 90% de travail. Je suis à peu près persuadée que la plupart de ceux qui sont persuadés que le simple fait de faire de l’art les rend importants ne sont pas ceux qui travaillent le plus…

  2. Il y a ceux « digned’undon » et ceux qui ne le sont pas tout dépend de son horloge personnelle. Non … Trèfle de plaisanterie, l’art primitif … c’est quoi dans la hiérarchie de l’art … ou parce que conçu par des non artistes (par ce nom consacré) n’est-ce pas d’une beauté artistique digne d’éloges ?

  3. Je te rejoins, peut-être parce que j’écris un peu, parce que je dessine aussi mais que ce n’est pas ça qui paie mes factures, mon loyer, etc, etc….
    Et, oui, j’ai fait des boulots pas top, moyennement intéressants, très peu en relation avec ma formation ou mes goûts . Un exemple? factrice, c’est moyen, l’hiver, mais aucun chef pour t’emmerder – par contre, j’ai une articulation un peu HS^^ …= pas trop artistique mais j’avais le temps d’écrire! Gestionnaire de stock aussi quand j’ai eu une période de chômage. (pour des fringues). Ah, ça muscle, pas besoin d’aller s’inscrire à la salle de sport …. Et idem, bcp de temps pour écrire aussi …
    Je pense que l’art, c’est effectivement, énormément de travail (écrire et réécrire ou dessiner et refaire….), et un peu d’inspiration.

    • Le truc, c’est que contrairement à ce que pensent certains de ces artistes qui s’imaginent uniques et spéciaux, presque tout le monde pourrait être artiste… Pas forcément un BON artiste, mais les différents arts nécessitant des qualités très variées, avec un peu de temps et sous réserve d’éveiller cette fibre, je pense que quasiment tout le monde pourrait avoir une activité artistique.
      Mais à moins qu’on arrive à la fois à automatiser toutes les tâches nécessaires à la vie quotidienne (industrie, construction, agriculture, transports…) ET à distribuer un revenu universel (et pas juste aux artistes tamponnés… Il y a déjà assez d’escrocs qui vivent de subventions aux dépens de leurs collègues qui bossent autant voire plus mais n’ont pas l’heur de plaire aux subventionneurs…), ce n’est juste pas possible que tout le monde le fasse et en vive.

  4. (j’ai un problème avec mes réponses aux coms en ce moment….!) – Je reprends: Même si ça l’était, tout le monde ne le désire pas!
    D’une part parce que bcp veulent exercer un métier (autre qu’artiste – ça ne leur plaît pas) et ne vivre (si possible…); d’autres parce qu’ils considèrent « qu’artiste », ce n’est pas « un travail » (je vais développer ça, je crois). Donc, même si beaucoup de gens sont en capacité de faire de l’art (quasi tout le monde, en fait), en réalité, la plupart n’aimerait pas.
    Quant au fameux « quoi, artiste? c’est un boulot, ça? « : j’ai été confrontée qques fois à ce genre d’attitudes directement (quand je voulais réellement , concrètement, suivre une formation d’arts graphiques). J’étais alors jeune (15 à 18) et face aux refus, au blocages, tout ce que tu veux, j’ai finis par me diriger par ce que j’aime aussi bcp: la littérature et les langues.
    Mais avoir entendu « Ah, ouais, tu veux dire que tu fais ton artiste? » par un petit copain de l’époque (vite viré) quand il était tombé sur mes dessins (jaloux, je crois), ça m’avait fait un certain choc.
    Indirectement, j’ai encore été confrontée à cette attitude (tellement positive^^) quand mon compagnon a dit au détour de la conversation « Ma mère est comédienne professionnelle ».
    La personne en face (un peu butée, dirons-nous) a sorti (je cite) : « Ah, tu fais partie d’une famille de saltimbanques! Mais ça permet pas de vivre, ça, artiste » . Or, le type en question avait tout faux mais ça, c’est une autre histoire…
    Mais, bon, l’histoire d’avoir la tête comme un melon associée avec le fait de créer, c’est bien une dérive… Le truc  » attention c’est de l’art » quand on se demande si c’est un chantier ou une installation (j’ai vu ça vite fait près du Château des ducs de Nantes pour le Voyage à Nantes . – tu as noté que je ne suis pas allée prendre de photos……)

    • En fait outre les clichés qu’on peut tous avoir en tête, j’ai côtoyé quelques artistes, voire des qui sont devenus artistes « pro » alors que je les connaissais avant. Ce sont entre autres eux (et leurs changements de comportement) qui me font parler de la dérive du melon… après, ils ont aussi parlé des remarques comme celles que tu as entendu sur le fait que ce n’est pas « un vrai métier », et je me demande dans quelle mesure s’auto-congratuler sur le fait que « nous au moins on est libres (et supérieurs aux pauvres couillons qui font métro boulot dodo pour gagner leur vie) » n’est pas une réaction d’auto-défense de l’ego… Sauf que ça ne rend pas le discours moins agaçant quand tu fais partie des « cons qui bossent ».
      Moi je suis d’avis qu’on est tous égaux, et qu’à cet égard, que tu sois artiste peintre ou peintre en bâtiment, tu es utile tout autant à la société… si tu es assez compétent pour trouver des clients. Et sinon, ben change de métier, y’a pas de raison qu’on te subventionne parce que tu fais de l’artistique. Alors que personne ne s’attend à ce que le maçon soit payé quand il n’a pas de client (et que les auto-entrepreneurs douillent dès qu’ils gagnent un peu d’argent).
      Ce qui me rappelle un débat plus large et inverse, le Tumblr « Mon maçon », qui parle des dérives des CLIENTS des artistes, graphistes en l’occurence, qui au motif que la plupart sont des passionnés, s’attendent à ce qu’ils bossent pour des nèfles, « pour l’exposition », etc. Et même les chaînes de télé et les grands magazines recourent aux CDD à répétition et autres contrats précaires pour leurs équipes qui sont pourtant permanentes.

      Donc là aussi, si la mentalité changeait, ça assainirait la situation…

      Note bien que les architectes font un peu la même chose parce que les projets qu’ils soumettent parmi d’autres cabinets leur ont pris plus de temps qu’un simple devis… mais a priori les architectes se rattrapent sur la facturation des projets sur lesquels ils sont sélectionnés!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s