Joe Dante à la Cinémathèque : Master Class et The Second Civil War

Le réalisateur américain Joe Dante (Gremlins, HurlementsL’Aventure intérieure, Small Soldiers…) était à Paris le premier week-end du mois de mars, pour une double actualité à la Cinémathèque de Paris : d’une part, une rétrospective qui lui est consacrée du 1er mars au 1er avril 2017, et d’autre part, en tant que parrain du 5e Festival International du Film Restauré (#FIFR2017), du premier au 5 mars.
J’avais raté la mise en vente des billets, et la master class du 4 mars était évidemment sold out quand je l’ai vue. J’avais donc prévu à la place un rallye pédestre matinal. A 12h28, alors que je terminais celui-ci sous une pluie battante, je vois que la Cinémathèque vient tout juste de poster sur son compte Twitter la remise en vente de 40 billets pour la master class. Le temps de calculer si j’avais le temps d’aller à la cinémathèque en métro, je commande sur mon smartphone (comment on faisait avant Internet?…), et donc à 14h, je me retrouve salle Henri Langlois, pas maquillée et trempée comme un chat qui a dérapé dans une baignoire. (non, ce n’est pas une photo de moi ci-dessous)
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Joe Dante avait choisi de montrer un téléfilm qu’il a réalisé en 1997 pour la chaîne HBO, The Second Civil War, en préambule à une master class animée par  Jean-François Rauger, avec la traduction simultanée de Pierre Hodgson.
Celle-ci a duré une bonne heure et demi, durant lesquelles on ne s’est pas ennuyé une seconde, Joe Dante étant aussi apte à faire rire et réfléchir son public en vrai que dans ses films.

Le film

the second civil war joe dante

The Second Civil War est, comme beaucoup de films de Joe Dante, un objet étrange qui oscille entre farce et drame. L’histoire se passe dans un futur proche. Les USA font face à plusieurs vagues d’immigration suite à diverses catastrophes écologiques et sanitaires en Chine, au Salvador. Le gouverneur de l’Idaho, Jim Farley (Beau Bridges), élu sur le vote populaire, décide de fermer les frontières de son état pour empêcher une association humanitaire d’y amener des orphelins du Pakistan. Le gouvernement réagit, mené par un président falot qui se laisse guider par un lobbyiste communicant pas toujours de bon conseil (James Coburn). On suit la couverture médiatique qui en est faite (voire aggravée) depuis les studios de NewsNet, une chaîne de télévision. En coulisses, le gouverneur est bien moins intéressé par la seconde guerre de Sécession qu’il est en train de déclencher que par son histoire extra-conjugale qui bat de l’aile : sa maîtresse, Cristina Fernandez, qui représente NewsNet en Idaho, refuse de le revoir, écoeurée par son discours anti-immigrant alors qu’elle-même est mexicaine. Tous les personnages apportent un éclairage différent aux événements. On rit beaucoup, mais de plus en plus jaune, alors que la catastrophe qui se déroule fait écho à ce qui se passe aux USA et en Europe actuellement.
 THE SECOND CIVIL WAR gets a standing ovation at the @cinemathequefr
Le film (et son réalisateur) ont eu droit à une standing ovation, que Joe Dante s’est empressé d’immortaliser pour poster la photo sur son compte Twitter :

Citation du film :

« Americans vote for the sizzle, not the steak » – Les Américains votent pour le grésillement, pas pour le steak.

La master class

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Petit assemblage de mes notes sur cette fort divertissante master class :

Il est issu d’une génération qui a vu beaucoup de films avant d’en faire. Quand il était petit, les vieux films étaient le programme télé le moins cher.

« I loved anything that didn’t have a lot of grown-ups talking ».
J’aimais tout ce qui n’avait pas trop d’adultes en train de parler.

Il aime les dessins animés : quand il était jeune, Disney ressortait ses dessins animés tous les 7 ans pour une nouvelle génération (avant que la télé ne fasse ce travail. Ca et les VHS, Mr Dante).

« I always wanted to be a cartoonist. Then I went to an art school and they got that idea out of me. I was surprised I became a filmmaker ».

Fan de Mad Magazine, il s’est inspiré de leur style de dessins où il se passe plein de choses différentes dans tous les coins.

« A lot of things I loved as a kid that were considered as junk are now mainstream. »
En grandissant, lui et les autres enfants qui aimaient la même chose sont devenus le public principal et les réalisateurs, et ils ont reproduit ce qu’ils aimaient voir : comme les films de super-héros, ou Indiana Jones.

Quand il était à la fac, il vendait des pin’s de Roger Corman et Jean-Luc Godard (avec une guéguerre pour savoir lequel des deux avait fait le plus de films ). Roger Corman est le pape du cinéma de genre à petit budget. Ayant épuisé tous les talents de la côte Ouest, il a recruté sur la côte Est. Des amis de Dant étaient partis de New York pour travailler pour Corman, et Dante les a suivis. Il aimait le cinéma mais ne connaissait rien à la technique, n’avait jamais vu une caméra en vrai.

Il a réalisé pour Corman son premier film, Piranhas. Comme d’autres, il a appris à l’école Corman que la seule chose qui compte, c’est ce qui se passe entre « Action! » et « Coupez! ». Personne ne verra jamais le reste, donc il faut le réduire au minimum.

Est-ce que Corman était aussi radin que le veut sa légende ?

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