Parisienne mais presque : les émissions de déco, j’aime ça (en général)

Je n’aime pas la télé-réalité du style Les Anges ou Secret Story, parce que la débilité humaine me donne assez d’envies de meurtres dans le métro pour que je ne veuille pas consacrer une seconde de plus à des neuneus en mal d’attention.

Par contre, j’aime bien celles de décoration ou d’immobilier (Enfin, j’évite le Tous Ensemble de la Une, trop copié sur le modèle américain larmoyant, il ne faut pas pousser). Déjà, ça éduque l’oeil au potentiel de logements mal décorés, ça donne une idée de ce qui est possible en travaux, des prix du marché et des marges de négociations. Enfin, ça reste de la télévision, donc du spectacle, donc à prendre avec des pincettes. Et puis c’est un des rares types de programme télé qui ne donne pas trop envie de se suicider. Sauf quand ils présentent un logement parisien format clapier nécessitant un emprunt sur 20 ans et qu’ils disent que c’est une super affaire.

immobilier

Mais parfois, les deux (débilité et immobilier) se rejoignent.

C’est la pensée qui m’est venue en regardant cet « épisode » de D&COValérie Damidot venait en aide à une famille qui avait acheté une ruine, pardon, une longère de 130m2 en pleine campagne, sous prétexte d’avoir de la place et un terrain pour leurs 4 enfants, sans avoir l’argent pour faire les travaux qui s’imposaient.

Alors certes, à la base, les amis devaient les aider à faire les travaux. Sauf que, ô surprise, au bout d’un moment, ils ont dû en avoir marre de passer leurs week-ends à faire des travaux pour quelqu’un d’autre. D’autant qu’il s’était avéré que la charpente du plancher médian était pourrie, et la refaire dépassait les compétences de Bob le bricoleur du dimanche. J’oubliais de préciser : les joyeux parents qui voulaient donner une belle vie près de la nature à leurs enfants, ils ont choisi un bled où il fait un froid sibérien. Du coup, ruine sans isolation qui prend l’humidité dans une région glaciale => factures de chauffage exorbitantes rien que pour avoir 17°C dans 1 ou 2 pièces => plus de sous pour payer des travaux. Ils s’entassaient donc dans deux pièces, parce que c’était tout ce qu’ils arrivaient à chauffer, vu qu’il manquait carrément des murs.

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Vu tout le boulot qu’il y avait pour rendre ce tas de briques vivable, ils auraient eu presque aussi vite fait de faire une nouvelle maison. L’équipe de D&CO a d’ailleurs tout cassé pour faire un plan de sol qui soit celui d’une maison, pas d’une grange avec 2 pièces et un grenier. Ils ont percé le toit et les murs pour faire des fenêtres (ben oui, une longère, c’est un habitat paysan conçu avant le double-vitrage pour conserver la chaleur dans la mesure du possible avec de la pierre, donc avec le moins d’ouvertures possibles).

Mais surtout, on est censé être désolés pour la famille. Ils ont l’air gentils, mais il faut arrêter d’être bêtes, aussi. Pourquoi acheter un truc aussi énorme? Personnellement, j’aurais opté pour « plus petit et plus dans nos moyens », et habitable au moment de l’achat. Enfin déjà, ce n’était peut-être pas une bonne idée de faire 4 enfants avec un seul salaire insuffisant pour les élever dans de bonnes conditions.

Quant à l’après D&CO, je ne suis pas convaincue : quand la porte automatique de la salle de bain high tech tombera en panne, il faudra qu’ils prennent un crédit pour la remplacer. A moins qu’on ne leur coupe l’électricité d’ici là, parce que les factures vont être salées, avec 130m2 à chauffer (dont un salon-cathédrale sur 2 étages) et éclairer, le home cinéma de la salle de jeux des mioches, etc… Eh, vous auriez peut-être dû penser à leur aménager une partie séparée à louer histoire de payer les charges.

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Ca va être pratique à chauffer, ça…

 

A l’inverse sur le spectre immobilier, il y a la Maison France 5, plus bobo boubourge, vu qu’ils ne paient pas les travaux mais uniquement les architectes d’intérieur. Je ne critique pas : je regarde les deux. Mais comme ce sont donc des spectateurs qui ont un peu de moyens qui font appel à eux, ce sont parfois des clients avec des « first world problems«  (cherchez en donc des exemples sur Google si vous ne connaissez pas le principe). Par exemple « Roxana », qui vit dans un grand appartement récemment aménagé par un architecte d’intérieur. Elle a contacté l’émission pour que leurs architectes résolvent son problème : elle trouve « que son espace à vivre manque de chaleur ».

C’est vrai. Pourtant, l’architecte d’intérieur a suivi à la lettre tous les codes à la mode : tons taupe, chocolat et je ne sais quels autres termes pour dire « un genre de beige marron passe-partout », banquette qui fait rangement, séparation en verrière façon atelier avec la cuisine ouverte… Je n’ai pas retrouvé de photo de l’émission, imaginez ça en plus tassé.

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Le salon de Roxana était plus petit

Mon diagnostic (gratuit), c’est que tu as trop de place, pas assez de meubles, tous bas, et rien sur les murs, et c’est trop bien rangé et trop calqué sur les modes du moment. Du coup on dirait un showroom Roche-bobois. Laisse donc un peu de bazar s’installer, un magazine ou un livre traîner, un peu de personnalisation (si tant est que tu aies une personnalité, bien sûr…), tu verras, tout de suite, ton 5 pièces deviendra plus cosy et ressemblera plus à un endroit où on vit vraiment.

Oh tiens, en cherchant à illustrer cet article, je comprends maintenant pourquoi je trouvais toujours les décos de Mélanie Trinkwell dans l’émission laides et kitsch (je ne dois pas être la seule : elle n’a fait qu’une saison) : elle travaillait avec Maisons du Monde :

deco cloche