Portrait de fan (10) : le narcissique

«  Need that picture of you

It’s so magical

We’d be so fantastical »

Paparazzi – Lady Gaga

Description

Le narcissique est aussi fan de lui-même qu’il l’est de sa prétendue idole, voire plus. Certes, il aime son oeuvre – du moins on l’espère -, mais il cherche surtout à exister à travers l’artiste. Cela prend plusieurs formes. Parfois, il est fan parce qu’il croit avoir certains traits en commun avec lui. On constate par exemple que les artistes « un peu enveloppés » fédèrent beaucoup de gens en surpoids, les geeks admirent les geeks qui réussissent, etc. Quoi de plus compréhensible, quand on se sent sous-représenté dans les médias. Cela réconforte de voir des modèles positifs à son image, et qui sont également appréciés par le public. Et puis, il aura forcément une chose en commun avec l’artiste, puisque rares sont ceux qui ne sont pas égocentriques…

Quelle que soit la raison, le narcissique va d’abord chercher une validation dans le regard de son idole. Bono dit que les fans qui se sentent les plus attirés par les stars sont ceux qui, au fond, sentent qu’ils pourraient eux-mêmes monter sur scène ou être à leur place. Il n’est donc pas surprenant qu’ils emploient les mêmes astuces pour sortir du lot : look extravagant, comportement outrancier, gimmicks. Comme ces fans qui se mettent toujours au même endroit dans la salle, ou ceux qui brandissent toujours le même drapeau. Celle qui arbore un faux tatouage sur son visage à chaque rencontre avec son idole. Se faire remarquer lors d’un concert (d’où la course au premier rang et l’escalade dans les pancartes « choc »), le croiser assez souvent en séances dédicaces ou tapis rouge pour se faire reconnaître.

Autant de moyens de sortir de la masse de visages anonymes, de ne plus être un fan comme tous les autres. Faute d’obtenir cette reconnaissance, ou comme elle atteint rarement un niveau suffisant pour satisfaire son ego, le fan va chercher à susciter l’admiration de ses pairs. Il va pour cela se poser en fan numéro un, celui qui a fait le plus de concerts, qui connaît le mieux la chronologie de sa carrière… Photos de lui et de la star à l’appui. Il y a le petit côté « J’y étais! » du témoin d’un événement historique.

On a tous ce petit travers, sans doute. Car il est difficile de distinguer le légitime plaisir de se remémorer de bons moments de la vantardise mesquine étalée pour susciter la jalousie des autres fans. Où est la limite entre l’envie de communiquer avec l’artiste, en retour de ce qu’il partage par son art, et le besoin parfois maladif d’obtenir son attention et celle des autres fans?

La limite, c’est de ne pas parler plus de soi que de l’artiste sur les forums qui lui sont consacrés. Ceci dit sans viser personne en particulier, bien sûr.

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Archétype

Le personnage de Robert de Niro dans La Valse des Pantins de Martin Scorsese.

Avantage

Il est prêt à investir beaucoup de temps et d’argent en matériel et en voyages pour ramener des histoires exclusives et de meilleures vidéos que les autres.

Dangerosité

Il a d’abord un côté pénible, surtout lorsqu’il oublie même de parler de l’artiste et ramène tout à lui-même avant tout. Il est aussi plus susceptible de mal tourner ou de dramatiser, car du fait de son identification excessive à son idole, tout écart de celle-ci, et toute attaque envers celle-ci, est perçue comme une blessure à son amour-propre.

Le top du top du pire que j’ai rencontré, outre cette peintre qui offrait aux acteurs de Buffy ses toiles les représentant, c’est quand même une fan qui avait commandé le DVD de la tournée d’adieu (… ah, ah) de A-ha (celle de 2010, je précise, vu qu’il y en aura sûrement une autre un jour) sur un site allemand. Apprenant par des amies allemandes qu’elle figurait sur le documentaire du making-of parmi les fans interrogées durant l’attente, elle a demandé partout si quelqu’un pouvait lui ripper la vidéo en question pour la lui envoyer par mail… alors que de toute façon, elle allait recevoir le DVD dès que la Poste aurait fait le chemin de l’Allemagne à son coin de France. 2 jours. Elle a fait suer le monde pour voir sa trombine sur une vidéo officielle 2 jours plus tôt.

Alors les autres, je ne sais pas, mais moi, quand je regarde un live d’un groupe que j’aime, c’est pour regarder le groupe, pas les fans.

Phrase fétiche

« J’y étais, c’était trop bien! »

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