Portrait de fan (11) : Le BNF ou fan « famous » (célèbre)

« On the step outside you stand

With your flowers in your hand, my apple scruffs »

Apple ScruffsGeorge Harrison

Description

Le BNF est un fan narcissique qui a réussi – en tout cas à devenir quelqu’un parmi les fans. BNF est l’acronyme de Big Name Fan, un fan dont le nom (ou le pseudo) est connu, en général des autres fans, et parfois même des artistes. On les appelle plutôt des fans « famous » en français, si je puis dire vu que le terme est la traduction anglaise de célèbre. Suivant le type de fandom (musique, bande dessinée…), ils peuvent avoir d’autres noms, comme la mafia du 1er rang, les habitués…

Ce sont les gens qui ont accès à des informations que les autres n’ont pas (par relations dans les médias, avec les artistes ou leur entourage), ou les auteurs de fiction les plus prolifiques et les plus recommandés, ou les artistes les plus doués – ou les plus suivis…. Car tout comme les professionnels du spectacle, ce n’est pas le talent seul qui dicte la popularité. Le réseau et l’adéquation avec les attentes du public comptent tout autant.

Se faire reconnaître et immortaliser, au mieux par les artistes eux-mêmes, mais au moins par les fans, voilà le rêve de la plupart des BNF. En fait, ce sont souvent les fans qui ont employé avec succès certaines des recettes du chapitre « 10 façons de devenir populaire dans le fandom ». Mais les BNFs n’ont pas tous atteint leur statut par arrivisme et par un choix judicieux du sujet à la mode.

Dans l’ensemble, ils sont réellement passionnés par leur sujet. J’ai croisé plus d’une innocente auteur de fan-fic ou de fan-art dépassée devant la ferveur de ses lecteurs, et mal à l’aise en découvrant ce que ceux-ci sont prêts à faire pour se rapprocher d’elle. Parfois, c’est un simple concours de circonstance. Ainsi Lola, fan des 2B3, était reconnue des autres fans du groupe d’après son tatouage en l’honneur de Filip, après que celui-ci en ait parlé à la radio. Cela ne va pas sans risques : elle raconte [1] que des fans jaloux avaient même envoyé des lettres d’insultes au groupe en son nom, avec ses coordonnées, afin de lui nuire. C’est le revers de la médaille : toute montée vers la gloire, fut-elle futile et limitée, entraîne toujours à la fois l’admiration de certains et la rancœur d’autres.

Ecole des fans

D’autres au contraire, bien que tombés là par hasard, y découvrent un soutien inattendu qui leur permet de prendre confiance en leurs capacités. Ils peuvent vite se prendre au jeu de leur propre importance, flattés par des admirateurs d’autant plus fervents, semble-t-il, que le public est limité. Le succès monte facilement à la tête, et les amateurs n’échappent pas à la règle.

C’est que les artistes qui sont à l’origine du fandom sont en général inaccessibles : ceux qui sont sur scène et qui ont des millions de fans, ou ceux qu’on ne voit qu’à travers un écran de télévision ou de cinéma. En dehors d’envoyer un tweet ou une lettre au fan-club comme une bouteille à la mer, ou d’une séance de dédicaces, il est rare de pouvoir échanger avec eux. Les BNFs, par contre, fréquentent les mêmes forums et les mêmes lieux que les autres fans. On peut donc leur parler, et même devenir (plus ou moins) ami avec. C’est plus valorisant.

D’autres, par contre, cultivent ce statut à dessein, par des jeux de pouvoir et d’intrigues dignes des couloirs de la présidence. Ils peuvent devenir tout aussi manipulateurs et suffisants que s’ils étaient eux-mêmes le sujet principal du fandom – ce qu’ils en viennent parfois à croire. Le plus désolant, à mon sens, est le nombre effarant de personnes qui adhèrent à ces comportements, flattant leurs instincts pour se rapprocher de ces substituts de vedette. C’est ce qui permet aux BNFs de prospérer, soutenues par des lieutenants prêts à tout pour profiter des miettes de leur pouvoir.

La grande majorité des autres membres n’osera rien dire, de peur de se faire déchiqueter virtuellement sur les forums ou de se voir privé d’informations. En particulier, les fans moins acharnés éviteront généralement de s’y frotter en bien ou en mal, tout simplement parce que eh, il faut arrêter, ce n’est qu’un fandom après tout, on ne va pas se lancer dans des guéguerres de tranchées juste pour ça, on n’est plus à la maternelle…

Apple scruffs_wendy-jill-margo-carol-lucy-kathy2

Archétype

Les Apple Scruffs de la chanson en exergue sont peut-être le must de ce que peut espérer une BNF : il s’agit d’un groupe de jeunes femmes, fans des Beatles, qui passait des heures et des jours devant les maisons des membres du groupe. Ceux-ci ont écrit non pas une, mais deux chansons à leur sujet : celle-ci, de George Harrison en solo, et en tant que groupe, She Came In Through The Bathroom Window. Comble du chic : le magazine Rolling Stone leur a même consacré un article en 2014. Plus d’informations sur cet article du blog de Richard Oliff.

Avantages

La productivité à l’origine de son statut, pour les artistes et compilateurs d’information.

Dangerosité

La plupart des BNFs sont, en eux-mêmes, moins enclins à nuire que leur entourage. En revanche, ils font souvent l’objet d’un culte de la part d’autres fans, qui les défendent bec et ongles à la moindre once de tentative de désaccord avec leur gourou.

Phrase fétiche

Aucune, ce n’est pas la phrase qui fait le BNF, c’est le ton péremptoire et je-sais-tout.

[1] Eliane Girard et Brigitte Kernel, Fan attitude, Librio, 2002

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