L’Art ou la cuistre : démocratisons la culture.

J’aime bien les musées. Parce que j’aime les belles choses, le calme, et faute d’avoir les moyens de Bernard Arnault, c’est le meilleur moyen pour moi de m’en entourer.

Parfois, j’ai l’impression de devoir m’excuser d’aller voir des expositions, pour ne pas faire snob, ou, depuis que c’est devenu le loisir branché du Parisien, bobo. Les snobobos, comme les bonobos, se lèchent le cul pour entretenir le lien social, mais surtout au figuré.

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Musée Gustave Moreau

Et souvent les gens semblent se sentir obligés de s’excuser de ne pas le faire, « J’aimerais bien aller dans les musées mais je n’y connais rien ». On ne demande pas un diplôme en histoire de l’art à l’entrée, hein. L’art c’est comme le vélo, les maths, les langues ou le bricolage : personne ne naît avec la science infuse. On peut avoir une inclination (on dirait plutôt une appétence maintenant… Jargon quand tu nous tiens) naturelle pour ça, une meilleure mémoire que d’autres, ou un environnement qui facilite l’accès à la connaissance. Mais après, c’est comme le loto : 100% des connaisseurs en art ont commencé sans rien y connaître. Et comme le loto, ce ne pas parce que tu -joues- visites des expos que tu gagnes deviens un expert.

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Musée Guimet

Mais je ne peux pas entièrement les blâmer de cette timidité: c’est sociétal (pour encore utiliser du jargon) en France. On a fait de la culture un concept élitiste. Évidemment, c’est plus facile de s’éveiller à l’amour de l’art quand on naît dans une résidence cossue aux murs décorés de portraits de famille signés de grands peintre, décorés à grands frais avec des meubles design qui ne sont même pas des copies, dans un quartier où on trouve galeries d’art, musées et librairies, plutôt que dans une banlieue grise où le dernier représentant de la culture a disparu avec la fermeture du dernier vidéo-club.

Ça ne s’arrange pas avec le fait que sous couvert de répandre la culture, on essaie surtout de pousser en avant des initiatives d’art contemporain inepte.

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Gaston Lagaffe au centre Georges Pompidou

Logique : avec ce snobisme français, dès qu’un artiste reconnu devient un peu trop connu de la plèbe, c’est suspect. Si le grand public arrive à y trouver un intérêt, c’est que l’artiste a raté son but et n’est pas assez pointu. Témoin ce directeur de musée disant devant la caméra d’Arte : « Il faut se méfier du beau en art ».

Les bras m’en sont tombés. C’est curieux comme les artistes et les gens qui travaillent dans cette branche éprouvent le besoin de donner à leur travail un sens qui va au-delà d’embellir le monde et d’apporter joie et sérénité à ceux qui les regardent. Ce n’est pas assez noble, apparemment, alors il faut faire politique, philosophique, et « expliquer le monde ». De niveau « la guerre c’est moche, la pauvreté c’est triste et ça existe, la pub et le capitalisme c’est vilain » (ce dernier message vendu sur des magnets à 10 eur à coller sur votre frigo, fabriqués en Chine par des enfants).

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Palais Rohan – Barye

Je répondrai volontiers au distingué interviewé qu’il faut aussi se méfier du laid. C’est dingue comme il suffit de faire moche pour paraître transgressif et créatif. J’en ai vu, des tas de déchets sortis d’une poubelle étalés par terre (littéralement) dans des musées d’art contemporain. Ça se fait en 10 minutes, aucune technique requise, et c’est porté aux nues pendant que les gens qui ont le malheur d’avoir appris leur boulot sont méprisés parce qu’ils sont « académiques ». Si si, je vous jure. J’ai entendu qu’il n’y avait plus de cours d’anatomie aux Beaux-arts.

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Ceci est une oeuvre d’art. Il paraît.

Voyez Picasso. Dans une exposition sur la Méditerranée, j’ai vu un de ses tableaux de jeunesse, à l’époque où il peignait encore dans un style figuratif classique. De petit format, il se détachait nettement des autres dans la salle, qui pourtant représentaient également des paysages méditerranéens. Ça doit être ça, le talent, ou l’inspiration. Savoir magnifier une technique et se l’approprier pour en faire quelque chose de plus que le voisin.

Mais ce tableau ne figure pas parmi ses oeuvres les plus discutées. Je ne l’ai même pas retrouvé dans Google Images (il faut dire que je n’avais pas noté son titre, s’il en a un). Pas assez original sans doute. Je soupçonne fortement, depuis, que c’est parce que son art « académique » ne lui valait pas assez de commandes ni de reconnaissance que Picasso s’est tourné vers des styles iconoclastes comme le cubisme.

Plus facile, plus rapide, plus rentable est le côté obscur de l’art contemporain. Pourquoi se fatiguer à apprendre les gestes de l’artiste, quand vous pouvez balancer trois taches sur une toile et écrire un galimatias d’intentions pour expliquer en quoi votre oeuvre est une critique de la société, une représentation holistique de l’individualisme aliénant face au sacerdoce exacerbé du capitalisme? (en gros)

Le saviez-tu? Une étude statistique a révélé qu’en terme de peinture, ce qui obtenait la faveur du plus grand nombre, c’était les paysages verdoyants avec soleil couchant et famille heureuse. Le comble du niais, donc, qui n’aura plus les faveurs des critiques. Oui, mais ça met du baume au coeur.

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