Portrait de fan (13) : L’aigri

« I guess this is our last goodbye

And you don’t care so I won’t cry

But you’ll be sorry when I’m dead

And all this guilt will be on your head »

Can’t stand losing you – Police

Description

L’aigri ne devrait déjà plus être fan. Mais comme une histoire d’amour qui finit mal et sur laquelle on n’arrive pas à tirer un trait, il ne parvient pas à quitter le fandom. Pourtant, à l’entendre, il n’aime plus rien de ce que fait l’artiste ou de ce qui se passe dans la série, ou si peu.

L’artiste est accusé de négliger ses fans s’il ne fait pas un concert dans l’arrière-cour de chaque fan (quand bien même il n’a pas vendu un album dans le pays en question depuis dix ans). Il trahit ses fans s’il fait une chanson trop rock, ou pas assez, ou si le clip n’est pas rose, ou blanc, ou bleu. S’il tourne dans des salles trop grandes (pas assez intimes) ou trop petites (ça manque de spectacle, et tous les fans ne peuvent pas en profiter). Il devrait organiser (à ses frais bien sûr) des séances de dédicaces, ou plus de séances de dédicaces parce que celles qu’il fait sont trop loin ou que tout le monde n’a pas pu y assister. Il devrait aussi sortir une version française de ses chansons, tiens, puisque tout le monde ne parle pas anglais. Et s’il fait quelque chose pour les fans, c’est forcément démagogique.

Les hyènes

Le fan aigri trouve également à redire à tous les aspects extérieurs à la simple création artistique : la tactique marketing, le design de la pochette… Le choix des acteurs ou des dates de sortie des DVD. La vie privée est également un terrain de discorde, à commencer par ses frontières : les artistes n’ont pas le droit de prendre des vacances loin des caméras, ils devraient toujours en révéler plus, puisqu’ils doivent la vérité à leurs fans. Le compagnon ou la compagne de l’artiste, s’il avoue en avoir un, n’est jamais bon pour lui.

C’est bien simple : tout ce que fait l’artiste est mal et va lui faire perdre encore des fans. D’ailleurs, le fan aigri est lui-même est très déçu par ce comportement et ne peut plus se considérer comme fan de quelqu’un d’aussi [insérer l’adjectif adéquat]. Il menace de quitter le forum, d’arrêter d’aller aux concerts et d’acheter des disques, ou de regarder la série. Pourtant, la semaine d’après, il est encore là, à haranguer les autres fans qu’il accuse d’avaler bêtement ce qu’on leur dit. Six mois plus tard, également. Un an après, on le retrouvera encore au premier rang du concert, et dès le soir même, il retournera sur le forum ou sur son blog pour dire à quel point c’était mauvais.

monkey trap

Le fait qu’il insiste relève du phénomène psychologique bien connu d’engagement[1] : plus on a investi de temps et d’énergie (voire d’argent) dans un projet, plus on a du mal à l’abandonner, même s’il paraît évident qu’il est voué à l’échec ou qu’on n’a plus rien à en tirer. Cf toutes les mauvaises décisions dans lesquelles persistent nombre de dirigeants.

Pour s’en sortir, l’aigri devra passer par un stade de sevrage. Ceci arrive souvent après la goutte d’eau qui a fait déborder le vase (concert ou épisode raté, faux-pas majeur dans une interview…) et qui le poussera à s’éloigner à la fois de l’objet de son intérêt et des forums et cercles de fans qui occupaient une partie de son temps. Là, suivant les cas, l’aigri replongera si son environnement immédiat ne se prête pas à l’arrêt (stress extérieur, familial, travail, ou simplement ennui…). Ou bien, si les conditions sont plus favorables, ou s’il trouve un nouveau terrain de jeu (un nouveau fandom), il parviendra à tourner la page.

Oui, c’est exactement le même type de processus que lors d’un sevrage de produits addictifs (tabac ou autre), ou de relations toxiques. Le fandom est une drogue à sa façon, tout l’art consiste à le maintenir au stade de drogue douce, comme du chocolat.

Incredibles-syndrome

Archétype

Syndrome dans les Indestructibles.

Ou moi avec James Marsters, A-ha, et j’en passe (enfin, pour James, je m’étais sevrée en passant à d’autres drogues – Tokio Hotel en l’occurence -, je ne suis replongée dedans que parce que ça alimente le blog avec mes vieilleries. Et A-ha c’est récent, j’ai déjà fait une croix dessus à titre personnel, et j’aurais plus de facilité à ne plus en entendre parler si je n’avais pas encore tant d’amis et connaissances qui sont encore dans le fandom. Mais je ne regarde plus ça qu’avec du popcorn en souhaitant au groupe de couler. Kaaarma).

Avantages

On se dit qu’il y a toujours pire ailleurs et qu’on est donc soi-même encore un fan « raisonnable ».

Dangerosité

Les fans déséquilibrés qui s’en prennent à leurs anciennes idoles sont tous passés par là. Heureusement, la plupart se contenteront de pourrir l’ambiance des forums et des concerts de leurs remarques désagréables. Ce qui certes déplaisant en soi, et pousse les fans plus modérés à aller chercher ailleurs des interlocuteurs moins investis et moins critiques.

Phrase fétiche

« Puisque c’est ça, je m’en vais! » *envolée de cape*

anim_frozen done with that shit

[1] Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Presses universitaires de France, 1987

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