L’art, les artistes et leur public

J’ignore si le strip ci-dessous, du très drôle Raphaël Beuchot (dont je lis toujours avec plaisir les strips sur twitter, sur le monde la musique, en particulier) a été rédigé juste pour faire sourire. C’est en tout cas l’effet qu’il a d’abord eu sur moi, suivi d’une réflexion. Les réactions sont exagérées, mais elles sont assez naturelles.

raphael beuchot_artistes

Ne le prenez pas mal, amis artistes, mais dans l’ensemble, on s’en fout de vous. En tant que personnes, je veux dire. D’ailleurs, n’est-ce pas une de vos revendications, en général? Des bons, du moins? Qu’on s’intéresse à votre art mais pas à votre vie privée?

Et ma foi, quand c’est le cas, ça se traduit ainsi.

On a beau l’enseigner, le réduire en formules mathématiques (nombre d’or et harmoniques), la perception de l’art reste elle essentiellement émotionnelle. On « accroche » ou pas à une oeuvre en fonction de son vécu personnel, de ce qu’on a envie de voir ou d’écouter, de l’écho que ça trouve en nous. Certes, la façon dont c’est fait, le style, les arrangements, les couleurs, l’écriture… ça compte aussi. Mais ça aussi, c’est normalement influencé par le fond. Si vous écrivez exactement la même chanson pour raconter l’enfer de la dépendance et les premiers mots de votre bébé, à moins de le faire exprès à titre expérimental, c’est que vous êtes très limité, techniquement.

anim_musician need help to get laid

Il a le mérite de l’honnêteté

Par suite, il est normal que les gens qui ont adoré la veine sombre d’un artiste ne trouvent pas tous leur compte dans un virage à 90° vers des comptines pour enfant. Sans doute pas au point de souhaiter que l’artiste retombe en dépression, ok. Ça, c’est égoïste. Mais en se détournant de l’artiste en n’achetant plus sa musique, ça, c’est logique.

Dans 99,999% des cas, on ne vous connaît pas personnellement et on ne vous connaîtra jamais. Vous pouvez être la personne la plus délicieuse ou un sombre connard, ça peut certes transparaître dans votre art, mais pas forcément. Donc ce qui reste, c’est l’art.

Po-Pompidou par Andy Warhol

Alors oui, souvent on s’attache, ou on croit s’attacher, en gardant plus ou moins conscience de ne pas réellement savoir à qui on s’attache. Mais en même temps ce n’est pas bien grave vu qu’il y a peu de chances que la personne en question, si elle trahit votre confiance (sans le savoir elle aussi) se barre avec vos gosses ou votre compte en banque. Ca prête donc peu à conséquence.

Plus je prends de l’âge et moins je comprends la notion de « loyauté » à l’artiste brandie en étendard par certains (et, quand je lis le strip, peut-être même attendue par certains artistes. N’est-ce pas, monsieur « fair weather friend »?…).

Bon, pour tempérer ce propos, je concluerai en disant que le meilleur des concerts de Placebo que j’ai vus était, a contrario, celui de leur retour pour Battle for the Sun, après avoir viré le batteur, mais avec un Brian Molko apaisé et aussi radieux qu’on peut l’imaginer (c’est à dire à peu près comme un corbeau sous acide : ça reste du Placebo, mais plein d’énergie). Comme quoi. (c’était pas celui-là, de concert, d’ailleurs, c’était la Musicale de Canal Plus à l’Olympia, mais je n’en ai pas de bonne photo. Je pensais qu’il interdisait encore les appareils photos et je n’avais sur moi que mon regretté Nokia Xpress Music 5800).

Placebo Olympia 2009-06-08

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s