(Fan-fiction) Tokio Hotel : Devilish – ou presque

Contexte : a long time ago, in a galaxy far far away… j’écrivais des fan-fictions.

Les humoristiques sont sans doute celles qui vieillissent le mieux et parlent le plus aux lecteurs hors fandom.

Voici donc une petite fan-fiction sur Tokio Hotel, en 2001, du temps où le groupe s’appelait encore Devilish et tentait de se faire connaître dans les clubs de l’ex-RDA.

Devilish – ou presque

« Patron, on a encore un client pour le contrat Formule G4.

– G4?

– Le nouveau nom du formulaire des aspirants à la gloire, patron.

– Ah oui, encore un coup de la réorganisation pour l’optimisation du travail, qui nous fait perdre un temps fou à nous rappeler le nouveau jargon… Et vous avez besoin de moi sur une formule aussi basique?

– Le candidat a un bon profil, j’ai pensé que vous aimeriez jeter un oeil. »

Sur l’écran LCD apparaît un visage candide, yeux de chat et cheveux noirs ébouriffés.

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« Je croyais que vous aviez dit un candidat?

– Ben, oui.

– C’est une fille, ça. Et jeune en plus, pour vouloir signer un G-truc.

– Il a 12 ans. Et c’est un garçon.

– Sans rire?

– Le maquillage n’aide pas, mais nos dossiers sont formels. D’ailleurs tenez, il a un vrai jumeau. »

Le zoom arrière révèle un autre minois identique, mais portant casquette à l’envers et dreadlocks. Le patron se gratte le menton.

manque la casquette

« On dirait une fille aussi, le mascara en moins.

– Euh, oui. Mais non.

– Ah. Si vous le dites. Je vous accorde qu’ils ont effectivement le physique de l’emploi. Et à part ça, en quoi leur profil sort du lot? »

Le grouillot lui tend une feuille.

« J’ai fait une synthèse là : ils font de la musique, ils ont déjà leur groupe et des chansons à vendre, donc l’investissement de notre part est minimal. Et comme vous l’avez remarqué, ils ont un bon matériau de départ question charisme et glamour. Plus le fait qu’ils soient jumeaux, c’est vendeur, ça. Ah, et une pincée de gothisme, d’où la propal de G4. »

Le patron se penche en avant pour détailler les prospects. En même temps que l’image passe à un concert sur une petite scène de village, une chanson retentit en sourdine.

« Toute petite, la pincée, alors. Ils m’ont tout l’air d’enfants de choeur, à moi. Regardez cette petite bouille, on lui donnerait le vieux sans confession! Et il a une voix de chaton, c’est mignon comme tout, mais on est loin de Marylin Manson…

– Oui, bon, d’accord, on n’est pas dans le grand banditisme. Quand même, ils ont appelé leur groupe ‘Devilish’, c’est un signe. »

Air consterné du patron. Un ange passe – figurativement parlant.

« Il faut que j’arrête le business, moi, ça devient n’importe quoi cette franchise. »

Toux embarrassée du larbin.

« Il n’empêche, ils ont ce qu’il faut pour ratisser un large public, dans le coeur de cible le plus influençable. Ca ne nous coûterait pas grand-chose d’accepter le contrat.

– Oui, oui, j’ai bien compris. Mais on y gagne quoi, nous?

– Ben, une âme, déjà.

– … Si on remplit notre part du contrat et qu’ils deviennent célèbres, il n’en restera pas grand-chose. C’est quoi la cote actuelle, 50% à la maison de disques et 50% vampirisée par l’image, à raison d’un déci-River par année de surexposition médiatique?

– Hum… à peu près. Mais il a de quoi tenir neuf ans.

– Tout ça?

– Ah ben il est jeune et innocent, hein. D’où l’autre avantage, bien sûr, de le rendre cynique, égocentrique, profiteur et de le faire céder à toutes les tentations.

– Ca aussi, c’est inclus dans le package ‘artiste’, avec ou sans signature chez nous, non? Voire dans le package ‘adulte’.

– Certes, certes. La gloire peut leur causer des problèmes avec leur entourage? »

Le patron tapote la feuille devant lui.

« Ils ont ce qu’il faut, il me semble. Suffisamment pour ressentir le besoin de nous remplir une propal*, en tout cas.

– Ils pourraient dévoyer des hordes de fans prépubères.

– Là encore, on ne peut pas dire qu’on ait à bouger le petit doigt, ou que leur intervention puisse aggraver notablement la situation…

– Irriter les parents parce que leurs enfants écoutent de la musique en boîte?

– Vous avez vu ce qu’ils regardent et écoutent, les parents? 

– Bon, au moins ça énervera leurs camarades de classe?

– Ca, c’est déjà fait, d’après le dossier… Ca s’étendra aux camarades de leurs fans, c’est tout.

– On peut lui coller de l’acné tenace?

– … C’est un peu mesquin, non? Où sont passées les pluies de grenouilles d’antan, la Peste Noire, les…

– Oui ben vous avez rejeté toutes mes autres suggestions… Tout ce que je vois d’autre, c’est que si ces gamins ont beaucoup de succès très vite, et envahissent les médias, ça va rendre un tas de monde vert de rage, des critiques aux snobs de musique, en passant par les musiciens ratés et les aigris de tout poil. »

Le patron lève l’index ainsi que ses sourcils touffus.

« Alors ça, ça me plaît! Très bonne raison de conclure l’affaire! »

Un parchemin se matérialise devant lui sur le bureau, déjà rempli. Le diable paraphe le document et le tend à son larbin.

« Voilà. Et un passeport pour la gloire pour le dénommé Bill Kaulitz, un!

– Considérez que leurs nouveaux producteurs sont déjà en route, monsieur. »

(le début de la) FIN.

devil

*Note aux bienheureux qui l’ignorent :
– « propal » = proposition commerciale.

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