Le shame shaming

Ami lecteur/trice/indéterminé, connais-tu le fat shaming? Le slut shaming? Etc…?

Ces concepts venus des USA décrivent l’habitude de vouloir faire honte (to shame) aux gens parce qu’ils sont gros (fat), volages (slut en l’occurrence se traduirait plutôt en français par salope), ou autre trait physique, de caractère ou de comportement que la société oppressante considère comme indésirable.

C’est vrai que les préjugés, c’est irritant.

Il y a quelques années, je regardais les Reines du Shopping sur M6. (Ne faites pas de Reinesdushopping-shaming, c’est pas plus mal qu’autre chose pour reposer les neurones après le travail. Et avant que le concept ne commence à tourner en rond, c’était en outre une des rares émissions où on voyait de la diversité, en taille, en âge, en couleur de peau… et en conseils vestimentaires pour s’habiller autrement que si on fait 1,75 m pour une taille 36 et qu’on travaille dans le marketing ou le journalisme – ce qui, au passage, est un peu la même chose à l’heure actuelle. On n’est pas obligé d’être toujours d’accord avec les diktats de Cristina Cordula, même si je suis plus souvent d’accord avec elle qu’avec les candidates).

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Nonobstant, la scène dont je voulais vous entretenir concernait un défi « Ronde, sexy et stylée ». Les 5 candidates étaient donc diversement potelées. L’une d’elle avait opté pour une belle robe fluide, drapée. Elle s’est fait reprocher par une autre que ce n’était pas sexy, car sa contradictrice définissait sexy comme « moulant ». Réponse sèche de l’intéressée : « Parce que pour toi, si je ressemble à un saucisson ça va être sexy? ».

Ses concurrentes l’ont regardées offensée, et celle qui avait dit ça s’est levée pour montrer sa tenue, très courte et très moulante, en demandant si elle avait l’air d’un saucisson.

Rétropédalage maladroit de la candidate pour dire que non elle est très bien, c’est son style, mais qu’elle-même ne se sentirait pas à l’aise comme ça.

Moralité, dans les isoloirs, critiques unanimes que ah la la elle ne doit pas autant assumer ses formes qu’elle le dit, honte sur elle.

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La défense de la candidate était certes maladroite et agressive, elle aurait pu mieux argumenter.

Déjà, je partage l’opinion qu’il ne faut pas nécessairement être habillé moulant pour être sexy. Effectivement, l’effet paupiette, je ne trouve pas ça attirant. Il vaut mieux porter des vêtements qui mettent la silhouette en valeur et dans lesquels on se sent sûr de soi.
Et qu’on soit ronde ou maigre ne suffit pas en soi à décrire si du moulant va vous mettre en valeur. Du très moulant sur un sac d’os, ça fait surtout ressortir les os. Du moulant sur du rond, ça va dépendre. Si vous avez une répartition harmonieuse des formes et qu’elles se tiennent, oui. Sinon, c’est pas de bol, et un peu de fluidité ou une coupe adaptée peut corriger ça.

En plus, il faut que le vêtement soit à votre taille. Que ce soit un 38 qui se compresse pour rentrer dans un 34 ou un 52 dans du 48, ça fait forcément saucisson. Et vu que la candidate était non seulement ronde mais aussi grande, il n’est pas garanti qu’elle ait trouvé beaucoup de vêtements à sa taille dans les boutiques choisies par l’émission.

cute ready

Néanmoins, ce qui m’a le plus agacé, c’est qu’on lui reproche que, au motif qu’il faut assumer ses formes, il lui faudrait s’exhiber dans des tenues qui ne sont pas dans son tempérament ou ses goûts (que, d’après ce qu’elle portait, on pouvait aisément évaluer comme assez sobres). Tu n’as pas le droit d’être pudique, ou simplement d’avoir une autre conception de ce qui te met en valeur. Allez hop, double peine.

Du shame-shaming, donc : là où le fat-shaming de la société critique tes bourrelets et veut que tu les haïsses autant qu’elle, tes consoeurs en rondeur te reprochent de ne pas les mettre en avant. Il doit pourtant y avoir des nuances entre se couvrir d’une bâche et s’habiller pour faire le tapin rue Saint-Denis…

Alors c’est sans doute parce qu’elles mêmes ne se sentent pas si bien dans leur peau que ça, si les réserves de la candidate les irritait tant que ça. Ou juste parce que le concept de l’émission consistant à se noter entre elles pour gagner une modique somme à la fin, toutes les critiques sont bonnes pour enfoncer les concurrentes. Mais ça devient franchement n’importe quoi, cette manie de juger tout et son contraire.

adam savage thin shaming

Autre exemple lu sur Twitter : Adam Savage, présentateur de Mythbusters, pose avec Katee Sackhoff, l’actrice qui jouait Starbuck dans le reboot de Battlestar Galactica. Deux commentaires au moins du même genre, « Donnez-lui un sandwich, elle meurt de faim! », et un autre la traitant de cintre sur pattes. Je ne connais pas cette actrice et il est dur sur cette photo de juger de son poids. Aussi j’ai cherché des photos récentes dans Google. … Ben à vue de nez, elle fait du 38. On ne lui voit ni les côtes ni les clavicules, il n’y a vraiment aucun signe de maigreur maladive.

Est-ce que par effet inverse du fat-shaming, on en vient à traiter de squelettes des femmes à la morphologie normale? Ou juste la volonté de se montrer aussi connement arbitraire et agressif que les fat-shamers?

(rappel : la norme, c’est ce qui est défini par une valeur moyenne statistique, ou dans des cas de mesures, un standard établi par décret. Si vous y voyez un jugement de valeur de bien ou de mal, c’est votre projection, pas le sens initial).

courbe de Gauss

La norme, c’est une statistique

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8 réflexions au sujet de « Le shame shaming »

  1. Je vois ce que tu veux dire… J’ai l’impression qu’au final, tout ce genre de débat est provoqué par des gens qui ne s’acceptent pas vraiment. Si t’es bien dans tes baskets, t’as ni le besoin ni l’envie de perdre ton temps et ton énergie à aller critiquer la façon d’être/de faire des autres tant que ça n’atteint pas à ta liberté. Mon interprétation, c’est que ces nanas ont dû supporter toute leur vie des remarques sur leur physique (ce qui est loin d’être cool, disons-le), et certaines ont décidé d’en faire un combat quotidien de faire accepter leurs formes aux gens (en s’habillant moulant, en montrant que ça les atteint pas) et une fois que ça devient un combat émotionnel comme ça, c’est probablement vite arrivé de regarder un peu de haut quelqu’un qui a le même «  » »problème » » » (avec de très gros guillemets hein, c’est pas un problème en vrai) que soi mais qui n’en fait pas un combat et qui a plus de mal à l’assumer publiquement (ou juste pas forcément envie). C’est comme pour tout, si on choisit une cause à défendre et qu’on se l’approprie au point que ça fasse partie de notre identité, on aura plus de peine à accepter que d’autres gens concernés par cette cause ne se battent pas autant que nous.
    C’est pas non plus pour prendre leur défense hein, juste pour essayer de comprendre leur logique. Ma conclusion reste la même qu’au début : acceptons-nous, assumons-nous, choisissons nos combats, et laissons les autres vivre librement et faire leurs propres choix sans perdre son temps à les juger.

    • Je ne me sens pas forcément super bien dans mes baskets, mais clairement je suis pour le « vivre et laisser vivre » et je me fous de ce que les gens portent ou de la taille qu’ils font. Je pense que ton analyse peut expliquer en partie certains commentaires, oui. Et puis il y a aussi que tout le monde n’a pas les mêmes référentiels ni les mêmes goûts. Rien que le maquillage change du nord au sud de la France… (même sans aller jusqu’aux cagoles).
      D’une manière générale, j’ai du mal avec les gens engagés, souvent ils deviennent juste chiants et sectaires… Il est possible d’avoir des convictions sans vouloir les imposer aux autres.

  2. Ça fait du bien de lire ce genre d’article. J’ai l’habitude de dire que tant qu’une personne est en bonne santé et qu’elle est bien dans sa peau c’est le principal. J’ai des amies qui font un taille 34 mais ont de bonnes joues et respire la joie de vivre, ça se voit que c’est leur gabbarit et pas un éternel régime. Pareil une des filles les plus belle que je connaisse fait un 48 et c’est juste un pur canon que tous les mecs s’arrachent. Moi j’aime bien mes rondeurs, je ne mets pas de robe moulante pas par peur de ressembler à un saucisson ^^ mais parce que je suis plutôt pudique comme fille et que j’aurais l’impression d’être à poil. Mais j’adore porter des jupes trapèzes qui vont parfaitement avec ma morphologie 😉 ! Vive ma taille 42 !

    • J’ai longtemps fait du 36 sans forcer ni me priver (en même temps je suis petite, ça aide), ce n’est plus le cas (âge, manque d’exercice, hormones etc).
      Et je n’aime pas m’habiller trop moulant parce que je ne trouve pas ça confortable en pantalon, ni pratique en robe. J’aime pouvoir crapahuter sans devoir vérifier si on voit ma culotte… 😉 Et suivant les matières et la température, ça fait vite transpirer.
      Mais par dessus tout, j’aime pas qu’on dise aux gens comment vivre leur vie!

  3. Ah mais c’est drôle j’en parlais déjà chez AnaVerbania il y a peu, mais oui, je te confirme, il y a comme une nouvelle mode de critiquer les filles qui entreraient dans les standards de la mode (genre faire du 36). Par exemple Katee Sackhoff franchement, elle est dans la norme médicale, clairement, elle a l’air d’avoir un IMC tout à fait normal et de respirer la santé ! Mais il y a toujours des râleurs pour tout critiquer. Moi quand je dis que je fais un peu de sport (j’insiste sur « un peu ») chez moi le soir, genre du gainage, des squats, etc. il y a des gens pour me regarder de travers en mode « c’est bon on voit tes abdos t’as pas besoin d’en faire plus ». Mais si j’ai envie moi d’en faire plus ? Ça me regarde ! Et je parle pas des critiques genre « ah mais c’est du XS ton tee-shirt, tu es maigre ! » Ben non, pas plus qu’hier où je portais du M, en fait, ça dépend de la coupe et de la marque… Bref, tu as raison, je vois pas pourquoi une personne aurait à modifier son apparence (et sa façon de manger/de s’habiller/son activité sportive) pour faire plaisir à je-ne-sais-qui.

    • Mais ça c’est toujours pareil : il y a des gens qui perçoivent tout ce que font les autres comme une attaque envers leurs propres choix de vie. Mais zut à la fin : on s’en fout qu’ils fassent ou pas du sport, eux! On vit notre vie pour nous-mêmes, qu’ils apprennent donc à faire de même!

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