Qui mème me suive (1) : Badmoizelle

Premier de ce qui sera peut-être une série documentant des « événements » du web (avec un jeu de mot tout pourri comme j’aime).

Pour ce premier opus, on ne retournera pas trop loin en arrière dans l’histoire, puisqu’il y a un an presque jour pour jour, les réseaux sociaux tremblaient d’indignation en raison d’un « bad buzz », vite répandu sous le hashtag « Badmoizelle« .

anim_dory_bad squishy

D’après divers témoignages concordant, le boss de Madmoizelle, site web censé être féministe (NDLA : ah? Je n’ai lu que des articles rigolos dessus…), traite ses rédactrices (ah bon mais elles sont payées ? Je croyais que c’était une plateforme de blogs d’humeur de nanas genre Hellocoton, moi!) comme de la merde, les vire quand elles dépassent 25 ans, ou quand elles font un gamin, incite les membres (ah ben tiens, il y avait un forum aussi) et les rédactrices à poster des photos de leur poitrine dans un espace anonyme réservé à ça (il paraît que c’est pour montrer aux filles la diversité des seins et qu’elles arrêtent de complexer dessus. Non mais faut-il être con pour y croire…). Et qu’accessoirement, le site n’a pas franchement réagi quand un forum de mecs a piraté la base pour récupérer toutes les photos de poitrine en question et les reposter chez eux (à l’heure où on trouve du porno gratuit à tous les coins du web, y’a des gens qui se donnent du mal pour pas grand-chose).

Bref. Encore une boîte de merde qui s’assied sur le droit du travail, en profitant du mode start-up « on est tous des jeunes passionnés par notre boulot » et du faux copinage patron-employés pour pressurer leurs salariés comme des citrons. Rien de nouveau sous le soleil.

Mais en remontant les tweets qui en parlaient, j’ai eu presque autant envie de taper sur des types comme le patron que sur les twittos qui répondaient.

Florilège de 20 mn à parcourir le hashtag « Badmoizelle » (c’est tout ce que j’ai tenu) :

badmoizelle_1

Le patriarcat et Madmoizelle en tremblent dans leurs bottes.

anim_eyeroll

 

badmoizelle_2

Ah mais y a des gens qui payaient pour ça en plus?…

Ah pardon! Oui enfin au moins, ça vise le portefeuille, c’est déjà plus efficace. Mais on en reste à la révolte en chaussons.

 

badmoizelle_3Heureusement, il y a des gens qui ne perdent pas de vue les vraies priorités : se battre pour s’attribuer la paternité de l’info.

Et puisqu’on en est à se tirer la bourre à coup de « C’est nous qu’on l’avait dit les premiers, d’abord! », n’oublions pas aussi de bien se flinguer les uns les autres :

badmoizelle_4

 

En même temps, le fait est je n’ai pas tellement envie de défendre des gens qui clament haut et fort et en dehors de tout contexte (j’ai vérifié) – et seraient les premiers à dénoncer l’appel à la haine pour la moitié de ça dans l’autre sens (j’ai vu pire d’ailleurs dans le même registre, mais oublié de faire la capture d’écran) :

badmoizelle_5

En fait, la force du « patriarcat cis-hétéro », c’est surtout de moins se taper sur la gueule que les minorités auto-proclamées, j’ai l’impression…

anim_magicarp

Et pour finir une voix dissonante :

badmoizelle_6

Ayant bossé dans moult boîtes où le droit du travail est assez secondaire qu’on soit homme ou femme, où il y a la course au jeunisme par exemple, ou des incitations à bosser chez soi et consacrer sa vie à la boîte comme c’était plus ou moins demandé aux rédactrices, je suis partiellement d’accord avec lui là… sauf que c’est plus rare qu’on demande à des hommes sur leur lieu de travail de poster des photos de leur bite, sauf s’ils font du porno. Ou qu’ils postulent chez Morandini, me souffle-t-on… (autre scandale du Landerneau médiatique de la même époque).

Publicités

24 réflexions au sujet de « Qui mème me suive (1) : Badmoizelle »

  1. Haha je me rappelle que j’avais suivi cette affaire de près ! J’ai failli bosser pour cette boîte (true story), et rien que les conditions qui m’avaient été évoquées en entretien (rapport temps de travail/responsabilités/salaire) ça m’avait paru bizarre. J’avais 26 ans et un CV déjà assez fourni, qui avait retenu l’attention de la fille qui m’avait fait venir en entretien. Et j’avais clairement eu l’impression que le patron ne voyait pas mon âge et mon expérience relative comme des qualités.

    • Les jeunes pour ce genre de boîte, c’est plus malléable, ça ouvre moins sa gueule par méconnaissance de leurs droits ou parce qu’ils se sentent déjà chanceux d’être payé pour écrire.
      C’est le lot, je crois, de tous les secteurs où l’offre (de gens qui veulent bosser dedans) est supérieure à la demande (les postes disponibles).
      J’ai moins le souci dans ma branche 😉

      Et puis vu ce qui marche sur le web, ils ne doivent pas être dans une démarche qualité. Quand tu vois les profils qui réagissaient sur Twitter, clairement la cible c’était 15-25 ans pas trop alternatif…

  2. Encore une fois, je suis passée à côté d’un buzz/clash du net! Pourtant j’ai longtemps suivi mademoizelle mais j’ai arrêté de les suivre (sans doute avant l’affaire du coup) car je trouvais leurs sujets traités de moins en moins qualitatif…. Je ne me suis pas trompée lol.
    Bon n’empêche je rigole mais encore une fois c’est les femmes qui sont visées, des jeunes, des salariés. Punaise il fait pas bon signer un contrat :-/

    • Comme je disais ailleurs, le problème de ce genre de média c’est qu’ils sont moins (ou peut-être le deviennent en grandissant) des organes de comm’ de militants que des boîtes destinées à faire du chiffre sur un créneau précis. Ici les 15-25 ans vaguement engagées en leur vendant, entre deux articles beauté/people/musique du féminisme prêt-à-penser pas trop radical. Et ils embauchent des jeunes parce que 1) plus proche de la cible et 2) y’en a à la pelle, qui sont ravies de bosser dans le milieu quelles que soient les conditions et n’osent pas ouvrir leur gueule de peur de se faire virer.

  3. Mais où étais-je à l’époque ? XD Je suis passée complètement à côté de ce scandale !
    Je ne voyais pas les choses comme ça chez Madmoizelle mais bon.. ce ne sera pas la première entreprise que j’aurai mal jugée. En l’occurrence, ça fait déjà un moment que je ne vais plus sur le site, je trouvais que ça commençait à manquer d’originalité et que les articles soi-disant « féministes » étaient très superficiels.

    • Pour le coup, n’étant pas dans la tranche d’âge, les articles que j’ai vus passer et que je lisais étaient ceux parlant de Tokio Hotel. Il y en a eu un après le pic de gloire qui racontait de façon humoristique que ça devrait compter dans le CV de la rédactrice. Il était pas mal du tout, d’ailleurs, mais pour le coup ça m’évoquait plus un blog d’humeur qu’un site d’informations journalistique…
      Dans le même genre « on nous vend des valeurs qu’on n’applique pas », il paraît que à Causette aussi, il y a eu pas mal de problèmes de gestion de personnel, harcèlement (moral plutôt que sexuel), etc.

      Le problème de ces 2 médias reste qu’ils n’ont pas du tout été fondés par des militants pour une cause, mais par des pubards pour vendre de l’espace de pub à un public donné.

      • Je t’avoue que je ne l’ai jamais vraiment considéré comme un site d’informations ! On y trouve globalement tout ce qu’il y a dans les magazines féminins, les suggestions d’achats étant juste plus accessibles.. Plus de pubs que de véritable contenu à mes yeux !
        Je ne savais pas pour Causette mais ça ne me surprend pas. J’ai du mal avec ce magazine, il propose parfois des articles intéressants mais ça reste du féminisme « commercial », ils ne prennent pas énormément de risques dans l’optique de vendre. On en revient toujours au même point 😦

        • WordPress continue à filtrer tes messages tant que je ne les approuve pas, c’est vraiment bizarre.
          Je comprends que d’un point de vue commercial, l’idée n’est pas de perdre de l’argent, et pour ça il faut être un minimum consensuel même si c’est pour un public donné et ciblé. Mais du coup soit tu fais un truc militant pas cher genre web, soit tu fais un truc commercial.
          Un site bourré de pubs, faut forcément se poser la question de l’éthique.
          Et question féminisme ou droits de la femme, en lisant Marie Claire dans des salles d’attente, j’ai découvert que la presse féminine tradi le faisait déjà un peu.

          • Oh c’est bizarre effectivement !
            Il y a quand même des sites qui sont beaucoup plus militants que Madmoizelle et que je ne trouve pas forcément commerciaux, heureusement.
            Et c’est vrai que certains magazines traitent de la question féministe. Ça reste superficiel aussi mais j’ai déjà croisé des articles dans ELLE (considéré féministe dans les années 60 quand même haha) ou Vogue – les vieux exemplaires en tout cas.

  4. Ça me fait marrer, tous ces gens qui déclarent avoir levé le lièvre en premier… Ayant suivi l’affaire, tout est parti de témoignages anonymes envoyés au compte twitter « Safer blue bird », compte qui révèle des scandales du genre, tout ce qui relève du racisme, sexisme, etc. Ils ont également fait parler d’eux parce qu’une adolescente s’est plainte qu’un youtubeur connu ait pris une photo d’elle à la Japan expo où on voit sa culotte. Soit dit en passant, on voit sa culotte tout comme on voit l’intimité de Sharon Stone dans Basic Instinct, jdissajdirien.

    Comme pas mal de gens, j’ai cessé de suivre Madmoizelle à ce moment-là mais c’était, en quelque sorte, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Du haut de mes 36 ans à ce moment-là, je n’étais plus le cœur de cible et je le sentais, surtout dans le ton des articles : entre le langage SMS (ah, ces JPP, ces oklm, etc., mais achevez-moi) et l’insistance parfois lourde sur la génération à laquelle s’adresse le site (le fameux « quand on était au collège/lycée dans les années 2000 », pardon mais j’étais à la fac et j’ai bossé, moi, dans les années 2000), j’avais un peu l’impression d’être un yaourt Chambourcy. Parce que ça n’existe plus depuis des années, Chambourcy (oh ! oui ! disait la pub). Cela dit, il y avait effectivement des articles féministes, notamment sur la polémique du burkini, dont le propos était intéressant. Le plus choquant dans toute cette histoire n’a pas été la façon dont le patron traitait ses employés. Ça, c’était juste la partie émergée de l’iceberg. C’est quand même un poil dérangeant de voir qu’un site qui prône la « bienveillance », la « diversité », etc. traite les gens de cette manière en coulisse. En plus, leurs arguments, lorsqu’ils ont été poussés à répondre de leurs agissements après avoir essayé de noyer le poisson avec l’énergie du désespoir, étaient on ne peut plus fallacieux. Le plus amusant, c’est que depuis, les twittos veillent au grain et le hashtag #badmoizelle ressort de temps en temps, dès qu’un propos plus ou moins « oppressif » sort dans un article, ou quand la rédaction cherche un nouveau membre.

    De toute façon, les twittos auront beau faire, Madmoizelle est un paquebot qui reste à flot. À mon sens, c’est comme tout : on trouve ça dérangeant ? Eh bah on va voir ailleurs !

    • Madmoizelle est juste un exemple de plus qu’on vend de la posture mais que derrière la réalité est la même que dans toutes les boîtes. J’imagine que l’idée est comme les magazines féminins, de cibler la même catégorie ad vitam aeternam en la renouvelant. Il y a sans doute un autre webzine du groupe pour cibler celles qui ne se sont plus dans la tranche 15-25.
      Après, s’il y a des abus c’est toujours bien de les dénoncer. C’est juste que quand j’ai regardé le hashtag Badmoizelle, je me suis dit que c’était pas avec cette révolte en carton (alias « l’indignation du jour de la Twittosphère », oubliée aussi vite) que les choses allaient changer. Et puis toutes ces réactions transpirent un nombrilisme qui ne vaut guère mieux.

  5. Je ne sais pas trop quoi penser de ce badbuzz pour mad, parce que j’ai lu la lettre des employés qui étaient franchement énervées aux vues de ce mauvais buzz justement. J’ai aussi une pote qui y a fait un stage qui s’est très bien passé. Donc je suis perplexe…

    • Vu ce qui est décrit par les partantes, je pense que le patron est comme Hanouna le genre de boss capable de lancer ses troupes pour le défendre. Et puis c’est leur gagne-pain.
      Tant mieux pour ta copine. Elle est peut-être passée au bon moment, ou elle n’est pas restée assez longtemps pour assister à des dérives.
      Ce qui passe entre les murs, c’est dur à dire. Par contre, leur réaction à chaque fois qu’ils font une bourde vient à l’appui du fait que pour un site qui prône plein de valeurs, ils n’en appliquent pas beaucoup.

  6. Bon je débarque ici à la bourre. Je viens de voir un de tes tweets en fait. J’avais suivi l’affaire. Je n’allais pu beaucoup sur le site depuis plusieurs mois déjà. Suite à différents articles et affaires sur le forum. Où le patron et certaines des employées se permettaient des choses intolérables envers les membres du forum.
    Au final ça avait fait les titres pendant qqs semaines cette histoire et depuis pu rien. Marrant comment certains trucs passent à la trappe. Je n’avais pas aimé comment le site s’était défendu de ses accusations, et par site j’entends le patron..

    • Oui, pour moi, la façon dont ils réagissent confirme le problème et les témoignages. Mais ce qui me fait lever les yeux au ciel, c’est qu’avec notre culture actuelle du jetable, ça n’empêche ni le site d’exister, ni son patron de continuer…

  7. Ping : Les 12 articles les plus lus de 2017 : and the winner is | Fan Actuel

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s