Fan-fiction Dragonlance : L’appel des ténèbres (1/4)

Préambule : je songe à créer une catégorie « Contes de la crypte » pour ces vieilles fan-fictions ressorties de mes tiroirs… Néanmoins, en retrouvant celle-là, il m’a semblé qu’elle n’avait pas trop vieilli. Comme souvent mes fan-fictions, elle est centrée sur un personnage secondaire et ambigu : le mage noir Dalamar – qu’on rencontre, dans la série de romans principales de DragonLance, quand il est l’assistant d’un des personnages les plus intéressants : Raistlin. Je lui ai écrit des origines. L’avantage, c’est que vous n’avez pas besoin de déjà connaître l’univers de Dragonlance et ses personnages pour comprendre l’histoire, puisque j’y ré-introduis les concepts utiles. Retour vers le passé, à double titre…

Chapitre 1 :

Sur un geste de leur officier, les soldats elfes tirèrent leurs flèches sur le groupe de soldats qui traversait la passe. L’adresse des archers trouva les failles des armures noires, et la moitié des guerriers, y compris le commandant qui marchait à leur tête, s’effondrèrent avant de savoir ce qui leur arrivait. Bien entraînés, les survivants réagirent immédiatement et se dissimulèrent sous le moindre surplomb de roche. Un homme en robe noire resta seul au milieu de la passe, étendant les bras en psalmodiant des sons étranges. Les flèches ne l’atteignaient pas. A son signal, les soldats surgirent de leur abri, protégés par le bouclier magique, et se ruèrent à l’assaut des hauteurs où se dissimulaient les elfes.

Le mage porta la main à une de ses sacoches, dispersant dans l’air des gouttelettes d’un liquide doré. L’officier elfe, Kerenthas, réagit immédiatement, reconnaissant le sort qu’il s’apprêtait à lancer. Deux de ses hommes dévalèrent la pente en évitant les soldats humains pour bondir sur le mage, pendant que l’officier incantait à son tour. L’un des deux elfes poussa un cri aigu quand des flammes l’enveloppèrent, alors que le second poursuivait sa charge et assommait le mage du revers de son épée. Il se tourna rapidement vers son camarade qui se débattait au milieu d’un feu magique, et le fit tomber à terre pour tenter d’éteindre les flammes dans le sable. Pendant ce temps, ses compagnons achevaient de tuer ou faire prisonniers les humains, à présent dépourvus de la protection du mage.

Kerenthas descendit enfin des hauteurs, d’un pas lent, et toisa du regard le jeune soldat qui jaugeait les brûlures de son camarade.

 » Dalamar! »

L’elfe sursauta et se retourna brusquement, saluant son officier à contretemps.

 » A vos ordres, Commandant!

– C’est pendant la bataille que vous feriez mieux d’écouter mes ordres! », aboya Kerenthas.  » Qui vous a dit de vous jeter sottement sur ce mage? Je m’occupais de lui, vous ne faisiez pas le poids! Regardez où votre impatience a mené votre camarade! »

Il désigna du doigt le blessé qui gémissait, gravement brûlé. Dalamar inclina la tête en serrant les dents. Le commandant se détourna en faisant voler sa cape avec emphase.

 » Vous serez tenu pour responsable de ceci. On n’attaque pas des suppôts de la Reine des Ténèbres comme un mannequin d’entraînement. Même un enfant comme vous devrait savoir cela. Laissez les mages à eux qui maîtrisent la magie. »

Le jeune Dalamar ravala sa réponse. S’ils avaient attendu l’intervention de Kerenthas, le mage aurait eu le temps de jeter sur eux un sort offensif meurtrier, peut-être une boule de feu. La rapidité de leur charge avait forcé le Robe Noire à décharger son sort prématurément, de sorte que Shalinar n’avait été que blessé. Sans lui, plusieurs elfes auraient sûrement péri. Même un enfant pouvait le comprendre… Mais pas un commandant. Pas Kerenthas. Si Dalamar avait reçu comme lui un enseignement thaumaturgique avancé, il en ferait meilleur usage. Mais dans la société strictement organisée des elfes, seuls les membres des familles nobles bénéficiaient de cet enseignement. Dalamar n’avait appris que des rudiments de magie blanche, bien incapables de le protéger contre un archimage noir.

Depuis que l’armée des Ténèbres s’était levée sous l’inspiration de la Reine maléfique elle-même, Dalamar avait suggéré à ses supérieurs que le Silvanesti serait mieux protégé si ses soldats étaient eux aussi entraînés à la magie, et non seulement les nobles officiers. Les aptitudes naturelles des elfes à la magie permettaient d’espérer une adaptation rapide, et une armée de guerriers sorciers seraient plus efficaces contre les troupes de la Reine des Ténèbres, où les mages étaient nombreux à soutenir les soldats.

Sa proposition lui avait valu des réactions horrifiées et outrées. Répandre l’enseignement de la magie de haut niveau parmi le peuple elfe était une hérésie jamais vue, et qui de l’avis général ne se verrait jamais, à moins que les cousins bâtards du Qualinesti ne sombrent un peu plus dans la décadence et l’oubli des lois ancestrales. De toute façon, aucun des elfes du Silvanesti ne croyait vraiment au danger représenté par l’Armée des Ténèbres. C’était une affaire entre les humains. Jamais ils n’essaieraient d’envahir la citadelle des elfes.

Jamais… La faiblesse des elfes résidait là, dans ce ‘jamais’. Ils ne pouvaient concevoir ce qui n’avait jamais eu lieu. Mais tout changeait autour d’eux, des rumeurs parvenaient jusqu’aux oreilles des soldats, au sujet de créatures comme on n’en avait jamais vues sur Krynn. D’alliances jamais réalisées entre des humains, des trolls, des goblours, et toutes créatures des Ténèbres. Rumeurs que les officiers écartaient avec suffisance, certains de ce qu’ils savaient ou croyaient savoir du monde. Dalamar, lui, recueillait avec attention toutes les informations venues de l’extérieur, peut-être parce que selon les critères de sa race, il n’était guère plus qu’un enfant, déjà en âge de se battre cependant. Curieux de ce qui se passait hors du vase clos où se complaisaient ses frères de race, et furieux de les voir gaspiller leurs dons tout en les refusant à ceux qui pourraient en faire meilleur usage.

Dalamar aida à fabriquer le brancard pour ramener Shalinar à la cité. Il se sentait en partie responsable de ses blessures, malgré sa rancoeur envers le commandant. Il lui murmura quelques mots réconfortants en regrettant de ne pas avoir le pouvoir de calmer sa douleur. Il leur faudrait attendre d’être revenus pour qu’un mage le soigne. Il songea que cette fois, le commandement devrait tenir compte des avertissements formulés par ceux qui avaient sillonné Krynn. Ce détachement d’humains au service de la Reine des Ténèbres, qu’ils venaient de défaire, ne s’était pas avancé si loin vers le Silvanesti sans raison. C’était sans doute un groupe de reconnaissance en vue d’une future conquête.

 

Dalamar retint difficilement son indignation quand on lui fit part du seul résultat des opérations. Le conseil de commandement venait de rejeter l’hypothèse d’une attaque de l’Armée des Ténèbres, pour la simple raison que c’était inimaginable et que le Silvanesti était trop bien protégé. La seule décision prise, sur l’insistance de Kerenthas, concernait son attitude au combat. En punition de sa témérité et de son insubordination, il était temporairement écarté des patrouilles et affecté à la surveillance des cachots. Les souterrains étaient l’endroit le plus désagréable à hanter pour un elfe sensible aux douces fragrances des plantes, à la chaude caresse du soleil et à la respiration du monde.

Dalamar s’en accommoda tant bien que mal en descendant le sombre escalier, bien plus dérangé par l’étroitesse d’esprit et le manque de prévoyance dont avaient fait preuve une fois encore ses supérieurs. Au fond du premier couloir, un cachot plus spacieux et mieux tenu, mais aussi plus protégé, était occupé par le mage noir qu’il avait assommé. Celui qui avait failli tuer Shalinar. Les elfes n’avaient pas encore décidé de son sort, perdus dans des palabres sans fin sur des détails sans importance. Dalamar l’observa par l’ouverture à hauteur des yeux réservée à cet effet. Le mage était assis très digne sur le bord de sa couchette. Il fronça les sourcils en voyant son garde, puis son visage s’éclaira -ou plutôt s’assombrit- d’un léger rictus ironique.

 » Tiens tiens, mon bourreau… As-tu été chargé de mon exécution après m’avoir si brillamment capturé? »

Dalamar s’abstint de répondre, mais le mage semblait ne pas en avoir besoin.

 » Un endroit plutôt déplaisant et une mission bien terne pour un héros comme toi… »

Dalamar faillit refermer le petit panneau de bois et continuer sa ronde, mais le mage le fascinait autant qu’il le répugnait. Il semblait deviner trop de choses, et Dalamar se demanda si c’était sa magie qui lui soufflait tout cela. L’irritant sourire du mage s’élargit.

 » Nul besoin d’être sorcier pour avoir les yeux ouverts… Mais l’inverse est plus rare. »

Le mage repoussa le capuchon de sa robe en arrière, révélant un visage sans grâce et ridé par les années, de longs cheveux gris retenus sur sa nuque et des yeux verts froids et perçants comme la glace. L’humain semblait avoir une quarantaine d’années, pour autant que Dalamar pouvait en juger d’après sa mince expérience. Le mage se leva et s’approcha de la porte. On lui avait pris tout ce qui pouvait s’apparenter à des composants de sorts ou des armes, de sorte qu’il ne représentait normalement aucun danger. Néanmoins Dalamar dut faire un effort pour ne pas reculer.

 » N’aie pas peur, mon jeune ami… Je n’ai rien que de plaisant à te proposer… »

Dalamar grimaça avec méfiance.

 » Vous n’avez rien qui m’intéresse. Et même si c’était le cas, je ne suis pas votre ami. L’Armée des Ténèbres ne veut que la destruction de mon peuple. »

Le mage eut un ricanement satisfait.

 » Les mages ne s’arrêtent pas à des détails aussi triviaux que les races ou les guerres, cela ne concerne que les mortels, pas nous. Je vois la main de ma Reine posée sur ton épaule, jeune elfe. Je comprends à présent qu’elle a permis ma capture pour que je te transmette sa parole. »

Dalamar se sentit traversé d’un frisson glacial. La main de la Reine des Ténèbres, posée sur son épaule? Impossible. Le mage délirait, ou essayait de le manipuler. Les elfes étaient des créatures de lumière, créés par Paladine. Il referma sèchement le panneau de bois et partit à grand pas vérifier les autres cachots, poursuivi par l’écho des ricanements du mage noir.

 

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