Reportage invité : Une fan française en Norvège

Pas d’interview d’auteur ce mois-ci ni le dernier faute de temps à mon retour du Japon, mais j’y reviens bientôt, promis. En attendant, vous n’y perdez pas au change, avec une pépite pile dans le thème d’origine du blog, avec ce reportage documenté d’une invitée sur les us et coutumes des concerts en Norvège (et en plus c’est très drôle).

Je passe la parole à Valentine Violine (dont vous pouvez suivre les aventures norvégiennes sur Instagram).

fjva_barre_pissenlits

Une fan Française en Norvège

Cela fait longtemps que Fan Actuel m’a demandé de coucher sur papier mes diverses expériences / surprises / déconvenues en tant que fan d’un groupe norvégien. Je ne m’en sentais pas capable, n’ayant pas de prédispositions pour l’écriture (mon cauchemar scolaire a commencé le jour où mon institutrice de cours moyen nous a distribué des feuilles sur lesquelles était écrit : « Rédaction : Raconte ce que tu as fait pendant tes vacances. »). Enfin bref, j’ai décliné l’offre, au moins deux fois. Et puis ma nouvelle expérience de ce week-end et le temps maussade (c’est-à-dire selon mes critères pluvieux et glacial) m’ont convaincue de tenter un truc.

Ma première expérience de concert en Norvège remonte à 11 ans. Fan depuis la prime adolescence du trio a-ha, j’ai perdu la raison un soir de déprime et acheté des billets de concerts norvégiens en me disant « je peux bien m’offrir ça une fois dans ma vie ». Malgré tout le mal que certains pensent d’eux, ils réussissent à rassembler de nombreux fans étrangers, européens (principalement des allemands et des anglais mais pas que), sud-américains (brésiliens surtout) et asiatiques. Du coup, pour « le truc que je me suis offert une fois dans ma vie », j’ai fait la queue des heures devant le stade pour espérer voir quelque chose. Résultat : j’étais surtout entourée de fans purs et durs venus du monde entier et n’ai pas tellement goûté à l’expérience norvégienne sur cette fois-ci. Mais c’est cette première expérience qui est à l’origine de toutes les suivantes puisqu’elle m’a permis de découvrir le groupe qui faisait la première partie : Minor Majority.

Ces cinq-là ont pas mal tourné en France et en Allemagne mais dans de petites voire très petites salles. J’avais deux ou trois concerts à mon actif en France et en Allemagne quand j’ai décidé de faire le voyage pour Oslo pour les voir sur une vraie scène. Nous étions 3 pour cette escapade et nous avions un peu sous-estimé leur notoriété dans leur pays : nous n’avions donc pas bien appréhendé la taille de la salle (Sentrum Scene, c’est pas Bercy mais c’est pas non plus la MJC de Bielefeld !). Lorsque nous sommes arrivées c’était déjà à moitié rempli. Donc oublié le premier rang. On avise néanmoins que la fosse est sur deux niveaux séparés par deux marches. On se dit donc qu’en étant au premier rang du second niveau (sur la marche, donc), on a de bonnes chances d’être au-dessus de la mêlée. Oui, statistiquement, dans de nombreux pays du monde, c’est ce qui se passe. Mais en Norvège, quand tu fais 1m63, être sur une marche ne suffit pas pour passer au-dessus de la tête du norvégien moyen. Première leçon.

Il y a deux choses à savoir sur les concerts en Norvège :

  • L’heure qui est sur le billet n’est pas forcément l’heure du concert. C’est même rarement le cas. Dans beaucoup de salles, c’est l’heure de l’ouverture des portes.
  • Faute de précision, les concerts sont par principe interdits aux moins de 18 ans. Parce que la plupart des salles y vendent de l’alcool.

Et cette vente d’alcool, c’est ce qui crée le plus de situations cocasses / surprenantes / pitoyables.

Novembre 2007 : première expérience à Sentrum Scene. Avant même le début du concert, deux nanas se sont effondrées à côté de nous, beurrées comme des petits Lu. Elles ont vécu le concert couchées par terre (en fosse, donc) sans que cela ne semble étonner personne.

Il faut bien que jeunesse se passe me direz-vous. Oui. Mais non.

Juillet 2009 : concert dans un lieu atypique (une galerie d’art) au sud du pays. Endroit plutôt chic. Tjøme c’est un peu pour Oslo ce qu’est Deauville pour Paris. Salle fréquentée donc plus par des quadras et quinquas de classe moyenne supérieure que par des étudiants en fleur. Moitié de salle avec des chaises. Fond de la salle debout. Pareil que la fois précédente. On se fait un peu avoir sur l’heure à laquelle il faut arriver pour être bien placées. On est donc le premier rang debout derrière les chaises. Les gens restent assis. Visuellement, on est au taquet. Auditivement parlant, c’est une autre histoire. Tout le monde parle. Et avec les types sur scène qui font du bruit, forcément ils sont obligés de parler plus fort pour s’entendre. Assez rapidement, l’ambiance sonore est assez proche de celle du réfectoire de lycée de ma jeunesse. Avec en plus machin qui interpelle bidule d’un bout à l’autre du rang pour qu’il lui fasse passer la bouteille de rouge parce que, zut, son verre est vide.

vv_norvege_minormajority

Pour avoir eu l’occasion d’en discuter avec les membres du groupe par la suite, ils m’ont avoué qu’avant de venir en France, ils pensaient que le live c’était ça : jouer devant des mecs qui parlent et qui boivent. Ils avaient donc eu un choc lors de leur première tournée française de se trouver face à un public qui était venu pour les écouter. Pour tous, au début, cela avait eu pour effet de leur mettre une pression énorme. Ils avaient un sentiment de « pas de droit à l’erreur, sinon tout le monde va l’entendre ». Certains ne s’y sont jamais fait ; d’autres au contraire y ont pris goût et regrettent parfois le comportement de leurs compatriotes.

Février 2014 : Trondheim, Studentersamfundet. Très chouette salle gérée par les étudiants de l’université de Trondheim. Première tournée de Minor Majority depuis leur « pause » en 2010. Le groupe y est très populaire. Prévoyante et déterminée : aller-retour samedi-dimanche, 5 avions et 7h25 de vol dans le week-end, levée à 5h du mat’ pour un début de concert à 22 heures, autant vous dire que le gugusse qui m’aurait empêchée d’être au premier rang n’était pas né. Petit souci administratif à l’entrée (la guestlist ça a ses avantages mais aussi ses inconvénients). Conséquence : bien qu’en tête de queue au départ, je me retrouve à mi-escalier dans la seconde queue. Ouverture des portes : j’ai cru que tous ceux qui étaient devant moi étaient tombés dans une trappe en entrant car quand j’ai passé la porte j’ai fait face à la scène et à une fosse vide comme un lendemain de concert. En vérifiant quand même où je mettais mes pieds, je fonçai donc à la barrière, à l’emplacement que j’avais choisi pour changer ma perspective par rapport au concert d’Oslo 15 jours plus tôt. Une fois en place, je cherchai du regard les autres. Tout le monde était perdu sauf moi ?. Ah tiens un attroupement. Que se passait-il ? Une séance de dédicaces pré-concert ? Ah bah, non. Le bar ! Sans mentir, je suis bien restée 30 à 40 minutes seule à la barrière. Ce n’est que moins d’1/4 d’heure avant le début que les gens se sont intéressés à ce qui allait se passer sur scène. Et une fois, le concert commencé, là, le verre à la main, ils auraient voulu se glisser entre moi et la barrière. Dis donc grand dadais, réalises-tu que j’avais déjà le droit de boire de l’alcool alors que tu n’étais encore qu’un fœtus ? Et que, par voie de conséquence, j’ai un peu d’expérience dans le « savoir conserver sa place acquise au prix de tant de sacrifices » ? Poussée. Pression. Coups de coude. Rien ne les arrête. Enfin si, deux choses : la soif … et la nécessité d’évacuer par le bas ce qu’ils ont absorbé par le haut. Donc sur 1h45 de concert, tu changes au moins 5 ou 6 fois de voisin de chaque côté. Et à chaque fois c’est le même cycle : Poussée. Pression. Coups de coude. Soif. Pipi. Et retour en fosse pour un nouveau cycle.

vv_norvege_effet pipi

Octobre 2014. Retour à Sentrum Scene pour Morten Harket (chanteur de a-ha en version solo … en version tisane selon Fan Actuel … mais ceci est un autre débat). Suite à une organisation un peu scabreuse, il se trouve que certaines personnes ont un accès privilégié à la salle. Il est donc acquis que les premiers rangs seront inaccessibles pour nous. On ré-adopte la stratégie de la marche à mi-fosse en pariant sur un public mixte (norvégien / non-norvégien) et donc sur une taille moyenne plus proche des standards internationaux. Le premier soir, c’est impeccable. Le deuxième, c’est visiblement moins international. Devant moi, Ricky à la Houppe se déplie en début de concert et j’ai eu sa houppette en ligne de mire pendant une bonne partie du concert. Et derrière, des norvégiens venus là sans doute pour faire plaisir à leurs copines n’ont cessé de parler. Au point que ma copine s’est retournée une fois pour leur demander poliment de cesser leurs bavardages. L’autre lui répond de fermer sa gu… et là je vois ma Sandrine, la fumée lui sortant des narines lui balancer « You ! Shut up ! ». Je la connais depuis 10 ans. Je crois que c’est l’unique fois où je l’ai entendue employer une expression non châtiée ! Elle était tellement furieuse et garde un tel mauvais souvenir de cette expérience qu’elle n’a pas voulu venir à Oslo en 2016 lorsque a-ha est revenu.

Septembre 2015. Retour à Trondheim mais pour ce que je qualifie d’un spin-off de Minor Majority. Même complexe, mais salle plus petite car pas la même notoriété. Deux bars : un à l’extérieur de la salle, l’autre à l’intérieur. Visiblement, celui de l’extérieur doit être meilleur (ou moins cher ?) parce que lorsque le duo qui assurait la première partie est monté sur scène, j’étais seule ! Oui ! Complètement seule ! Ce n’est qu’au bout de 2 voire 3 chansons que les mecs (détenteurs d’un billet je le rappelle), ont enfin réalisé que le truc pour lequel ils avaient payé avait commencé.

Octobre 2015. Même tournée. Plus au nord. Bodø. Salle récente. Sympa. Agencée avec des petites tables rondes pour faire style cabaret (bon, en vrai, on le sait, ça s’est moins bien vendu que prévu, alors les tables occupent l’espace). L’avantage d’un tel agencement c’est que cela invite le public à conserver une certaine retenue. Oui mais, il y a un bar ! Première chanson, très calme. Public attentif. Tout va bien. Je le sens, ce concert sera le point d’orgue de ma tournée ! Et soudain : « bip bip bip ». Bordel ! C’est quoi ça ? Croyez-le ou non : les touches du terminal de carte bancaire du bar. A chaque consommation payée « bip bip bip bip ». Personne n’a eu l’idée qu’un terminal sans son cela aurait été mieux ?!? Bon, fais abstraction. De toute façon, tu connais la setlist. Après la deuxième chanson, ça change de rythme et cela devrait couvrir le bruit. Mais la 2ème chanson, malgré tout, c’est celle que je n’ai pas réussi à capturer correctement en vidéo de toute la tournée alors que c’est un titre phare et que le webmaster et community manager qui est en moi a besoin de matière pour alimenter ses publications. Je décide donc lancer la vidéo. Tout est parfait. Le bip bip n’est pas trop présent. C’est une vidéo nickel …. Jusqu’à l’avant-dernière ligne. Parce que … je laisse l’image parler pour moi :

https://www.facebook.com/plugins/video.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FFanActuel%2Fvideos%2F1535163016531785%2F&show_text=1&width=560

Et vous noterez que les mecs passent devant tout le monde, sans s’occuper de ce qui se passe sur scène, pourrissent par leur conversation à haute et intelligible voix la dernière ligne de la chanson … et ça fait marrer tout le monde alors qu’à moi ça donne des envies de meurtre. Le lendemain j’ai posté cette vidéo sur ma page FB personnelle avec le commentaire « Envisage de postuler pour le prochain prix Nobel de la Paix pour ne pas avoir assassiné ces 3 génies ». Cela m’a valu un commentaire hilare du grand barbu à gauche de la scène : « Non mais c’est typique du nord du pays. Tu ne verrais pas ça dans le sud ». Devant mon air peu convaincu, le chanteur a temporisé : « En fait, si, je crois que tu en as déjà vu de belles dans le sud du pays aussi. Je comprends que ça t’agace mais c’est notre culture ». Non, ça ne m’agace pas. Ça me rend dingue !

Octobre 2015. Le lendemain, précisément. Encore plus au nord. Tromsø. Le complexe est installé dans l’ancienne brasserie locale. Et il faut croire que ça laisse des traces. Le bar, au fond. Avantage : ils sont tous au fond et il n’y a pas de pression (sans jeu de mot dans une ancienne brasserie) devant. Sauf que : pas de bip bip comme la veille, mais des bruits de bouteilles de verre qu’on jette dans la poubelle à recycler, du verre sur du verre donc. Le seul concert de ma carrière de fan où j’ai eu l’impression que le camion poubelle venait vider le conteneur à verres toute la soirée.

Janvier 2016. Oslo. Rockefeller. Premier rang (je suis entraînée maintenant sur les bonnes pratiques pour le bon placement dans cette salle). A Oslo, le premier rang est quand même plus prisé qu’ailleurs notamment par quelques inconditionnels que je revois fréquemment. A ma droite, un couple. La première partie est assurée par un groupe qui ne s’est jamais séparé officiellement mais n’est plus en activité depuis pas mal d’années. Honnêtement, ça se ressent un peu. Pas de couac évident (comme je ne connaissais qu’une chanson de leur répertoire, je n’irai pas plus loin dans l’analyse de leur performance), mais un trac perceptible qui empêchait toute interaction avec le public, ce dont les norvégiens sont friands. Soudain, surgit dans notre dos un trio de nénettes dont l’une, visiblement déjà bien imbibée, semble plus intéressée par la conversation avec ses copines que par ce qui se passe sur scène. Plusieurs fois, ma voisine se retourne, lui lance un regard noir, d’autant plus appuyé que la donzelle tente au moins deux fois de s’insérer entre nous deux. Elle lui demande par deux fois de se taire. L’autre semble surprise voire outrée. Sans un mot, on se resserre et je reste sur mes gardes pour ne pas me faire chiper ma place pendant l’intermède : une perte d’attention, même furtive, peut être fatale. Tant bien que mal la première partie se termine. J’avoue ne pas en avoir un grand souvenir, tellement mon oreille droite était indisponible, monopolisée par le quasi monologue de nénette à ses copines. Le dernier son de guitare à peine éteint, ma voisine se retourne et se met à aboyer en anglais sur la fille de derrière. Cela se termine grosso modo par : « si tu ouvres ta gueule pendant Minor Majority, je te tue ! ». Les trois donzelles, terrorisées, se sont faufilées sur la droite ; on ne les a plus revues ni entendues. J’ai appris par la suite que ma voisine était en réalité une Française vivant à Oslo.

Novembre 2017. Oslo. Caliban Sessions. A la base, pas trop mon style mais il y avait dans les participants un groupe que je ne voulais pas louper. Pour le fun. La salle, je ne l’ai fréquentée qu’une seule fois. Un peu juste pour être familiarisée avec ses us et coutumes et ses bons et mauvais plans. Malgré tout, je sais que « mon » groupe ne passe pas en premier et que le reste du plateau est d’un style plus rock, voire métal, que mes chouchous alors je n’ose pas le premier rang. J’adopte une stratégie que je pense meilleure jusqu’à ce que :

vv_caliban_1

Vous vous souvenez Trondheim 2014. Le cycle ?

Descartes a dit : « je pense donc je suis ».

Moi je dis : « Le Norvégien boit, donc il pisse ». Et mon salut est venu de là. Sans être la panacée, mon horizon s’est éclairci :

vv_caliban_2

Visuellement, je m’en suis sortie. Auditivement, moins. Parce que si moi j’étais venue pour ça, les autres non. Et du coup, c’est le moment qu’ils ont tous choisi pour parler à tue-tête.

Mais bon, c’est pas grave. J’ai vu Reverand Lovejoy sur scène et Pål Angelskår jouer de la guitare électrique. Maintenant, je peux mourir.

fjva_barre_pissenlits

Ah ben non, pas tout de suite hein!

Qui va nous faire rire avec des diagrammes de pipi après?

Je ne regrette pas d’avoir insisté, c’était encore mieux qu’espéré.  

Cet article inaugure le mois de décembre, durant lequel, comme l’an dernier, j’observerai la trêve des confiseurs en ne postant que des trucs drôles et/ou light et/ou pleins de bons sentiments. Si si. La Grinchette hiberne. Profitez-en.

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