Capsules de Japon : (11) les vieux

Terry Pratchett plaisante plusieurs fois dans ses chroniques du Disque-Monde sur l’étonnante résistance des personnes âgées en milieu rural. « L’économie de pays entiers repose sur la puissance de levage de petites vieilles en fichus » (à peu près dixit).

Au Japon, pays connu pour son nombre élevé de centenaires, je me suis faite doubler par moult petits vieux et petites vieilles, sur les pentes du mont Inari (celui du sanctuaire du Renard, Fushimi Inari aux plus de mille portails (portaux?) rouges en bois, les torii). Parfois même des petites vieilles en costume traditionnel et geta, dans lesquelles j’aurais bien du mal à faire 3 pas sur ces chemins caillouteux, rogntudju!

capsule_vieux_fushimi_inari

Dans le bus, un petit vieux bien sympathique et souriant s’est levé pour que je m’assoie, à mon grand embarras (j’ai l’air si mal en point que ça? Ou enceinte?). On a « dozoté »* à qui mieux mieux et fait assaut de courbettes, et j’ai cédé : il avait l’air tellement content de me laisser sa place. Je hasarde qu’il était fier que des gens traversent la moitié de la planète pour visiter son beau pays, tout comme certains anciens de ma famille sont fiers de leur région.

En fait j’ai eu du mal à illustrer cet article, parce que j’évite de prendre des gens en photo de manière reconnaissable (vous aurez peut-être remarqué que je floute les clients dans les photos de cafés et salons de thé que je chronique). Au point qu’on m’a déjà fait la remarque qu’il y avait peu de gens sur mes photos de vacances. Question de droit à l’image, de respect, et je n’aime pas qu’on me photographie sans mon accord. Donc j’ai trouvé des photos prises de loin avec des gens plus ou moins correspondant à l’article.

capsule_vieux_osaka jo fauconnier

Ici, en l’occurrence, si j’ai pris la photo (recadrée ici), c’était parce que ces gens avaient près d’eux ou à leurs poignets des rapaces : hibou, aigle, et un petit faucon tenu par la dame. Je n’ai trouvé nulle part d’explication à leur présence au pied des murailles du château d’Osaka, en bordure des douves. Ils n’avaient pas l’air de vouloir commerce de leur activité, c’était semble-t-il juste un rassemblement de passionnés. Autant dire des esprits frères.

De même, sur la photo ci-dessous, prise au parc Maruyama dans le quartier de Gion à Kyoto, je photographiais les corbeaux locaux (énormes, dodus, et dont les cris sont très différents de ceux des corneilles ici). Au grand étonnement semble-t-il de ce gentleman, qui nourrissait les pigeons (mais discrètement parce que ça ne doit pas être tout à fait autorisé). Je ne pouvais pas lui demander de se barrer de la photo, non plus.

capsule_vieux_corbeau gion parc

Bref. J’espère être aussi en forme au même âge que tous ces sémillants vieillards, mais en attendant, ils m’ont bien collé la honte (involontairement).

*Verbe inventé d’après le terme « dôzo«  qui en japonais s’utilise pour dire « Je vous en prie », par exemple donc, quand on veut laisser quelqu’un passer devant soi.

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