Lecture : Actors Anonymous, de James Franco

Acteur, réalisateur, monteur, poète et écrivain, James Franco semble avoir décidé de pousser à l’extrême le cliché de l’acteur multi-casquettes. Tiens, je ne crois pas qu’il se soit essayé à la musique?

franco-actors-anonymous_

L’auteur

Pour être tout à fait honnête, loin de faire partie de ses fans, je le trouve plutôt agaçant. Mais nous avons un point commun : il fait partie des quelques personnes encore plus obsédées que moi par River Phoenix. Quand il a tourné avec Gus Van Sant, il lui a demandé de visionner les rushs de My Own Private Idaho. En discutant avec lui, il a obtenu son accord pour tirer de ces heures de pellicule, non utilisées dans le film, deux longs métrages expérimentaux, dont l’un entièrement centré sur le personnage de River, Mike, et qu’il a baptisé My Own Private River (récemment projeté à la Cinémathèque de Paris dans le cadre de l’exposition Gus Van Sant, et avant ça, seulement montré dans diverses expositions. Des fans avaient lancé une pétition pour demander la sortie en DVD/Bluray, avant de découvrir que GVS y était opposé, et James Franco aussi). Il lui a aussi consacré un texte dans son recueil de poésies, « Directing Herbert White ». Et lorsque 2 auteurs demandent à des écrivains (dont lui, allez savoir ce qu’il fait là-dedans) de leur raconter leur premier « celebrity crush » (béguin pour une célébrité? Pas terrible comme traduction), c’est évidemment de River qu’il choisit de parler. Ce serait limite inquiétant s’il n’était pas mort.

Aussi, quand j’ai vu qu’il avait sorti un roman traitant des acteurs, je me doutais qu’il y mentionnerait River. Je ne me trompais pas : il y a carrément 4 poèmes parlant de lui dans un chapitre dédié. Cinq pages. Ça, c’est fait (je ne m’aventurerai pas à les commenter).

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le roman

Le texte est bizarre : au lieu d’un roman classique, il s’agit d’un puzzle présenté sous la forme d’un guide de principes pour les apprentis acteurs, pour survivre à la machine à broyer les egos. Le narrateur évoque en seconde intention la volonté de partager avec le grand public ce qu’il a appris de la réalité des coulisses de Hollywood. Les chapitres portent chacun en titre un des principes édictés au début, qui dérivent apparemment de ceux des Alcooliques Anonymes. Ces chapitres racontent, souvent à la première personne, différents personnages et leurs histoires : une starlette, un acteur à succès, un loser en cure de désintoxication alcoolique…

La narration joue en permanence avec les a prioris du lecteur, qui peut y déceler, à tort ou à raison, des échos directs de la vie et la voix de Franco. A ce titre, les fragments sur l’acteur à succès qui profite de sa célébrité pour se trouver une (jeune) fan dans chaque -port- ville laissent songeur, quand on a eu vent de quelques rumeurs / débordements le concernant via la presse.

Il essaie de dégonfler les mythes autour de la machine à rêves d’Hollywood, et peut-être son propre melon. Le résultat est souvent glauque, parfois trash. Mais sans doute plus réaliste que les biographies aseptisées. Pour moi qui n’ait jamais trop fantasmé sur le quotidien des staaaars, rien de surprenant, sauf peut-être la mentalité de certains personnages. On pourra s’amuser à essayer de deviner si ses histoires sont celles de personnes réelles, et si oui qui. Mais sans être dans le milieu, je doute qu’on trouve ces clés de lecture là.

En conclusion

Un étrange objet littéraire, pas inintéressant, mais surtout pour qui s’intéresse à la psyché des gens de cinéma.

Informations pratiques :
Actors Anonymous
Auteur : James Franco
Editeur : Little A / New Harvest; Faber & Faber
(pas de version française pour l’instant)

Exposition : l’Ecran Japonais à la Cinémathèque Française

Cette exposition se trouve dans la galerie des Donateurs, au dernier étage de la Cinémathèque. Elle tient donc dans l’unique salle de cette galerie, et ne prendra pas plus d’une heure à visiter. En contrepartie, elle est visible avec un billet standard pour le musée (5 euros) et les photos sont autorisées. Respectant l’objectif de la galerie des Donateurs, l’exposition est en partie un hommage à deux donatrices qui ont beaucoup contribué à faire connaître le cinéma japonais en France, et à enrichir le fonds documentaire de la Cinémathèque : madame Kawakita et Hiroko Govaers.

Cinémathèque : l'écran Japonais

Sont présentés photos de tournage, affiches, quelques costumes dont deux beaux kimonos, et des dessins préparatoires de décor. Je découvre que beaucoup de réalisateurs font des croquis de leurs personnages et des costumes souhaités. Quelques extraits de classiques de Yasujiro Ozu, Nagisa Oshima, Kenzo Mizoguchi (Contes des Chrysanthèmes tardifs) sont projetés sur un mur. Les plus inattendus sont des documents sur les échanges entre Henri Langlois et des réalisateurs japonais, qui mettent en lumière comment celui-ci a oeuvré afin de faire connaître leurs oeuvres. Autre preuve de cette confiance : les lettres des représentants légaux de ces réalisateurs réclamant la restitution des dépôts prêtés une fois qu’Henri Langlois n’était plus à la tête de la Cinémathèque.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’exposition fait la part belle aux classiques, mais n’oublie pas le cinéma de genre, avec des affiches de films de monstres, de longs métrages d’animation (des studios Ghibli ou l’étonnant Belladonna) et de films-ovnis comme l’empereur Tomato Ketchup. Malgré les bonnes intentions manifestes, le résultat est un peu brouillon et peu didactique. Il ressemble plus à un catalogue désordonné de ce que possède la Cinémathèque sur le sujet qu’à une présentation en règle du cinéma nippon. Un peu dommage, d’autant que d’après le livre d’Or, beaucoup de scolaires la visitent. Le bon point, c’est que l’absence d’informations sur les films m’a fait noter plusieurs titres afin de me renseigner sur eux.

cinematheque_japon_06

Informations pratiques :
Cinémathèque de Paris
51 Rue de Bercy, 75012 Paris
(M) ligne 6 et 14, station Bercy.
Exposition L’Ecran Japonais
Du 14 septembre 2016 au 25 juin 2017
Tarif plein : 5 Eur.
Entrée libre le premier dimanche du mois

Mon logo phénix par le Tanuki

En cette année 2016 morose, je me suis offert un petit plaisir pour mon anniversaire : un logo personnalisé. Comme j’aimais bien son renard stylisé, dont je lui avais déjà commandé une version en transfert pour T-shirt et une autre pour coque de portable, j’ai donc demandé au Tanuki si elle pouvait me concocter un dessin de phénix dans le même genre.

Très réactive, elle m’a fait quelques propositions, et après quelques échanges et affinages du cahier des charges via MP sur Twitter (« plus rapace que féerique », éventuellement avec des flammes), elle a réalisé ceci :

phoenix-by-tanuki-for-fanactuel

Vu que je n’avais pas trop réfléchi à l’usage que j’en ferai (et que j’avais la flemme de refaire l’habillage de mon blog), j’ai traîné plusieurs semaines voire mois avant d’enfin m’en servir. Mais pour clore cette année sur une note plus positive qu’elle n’a commencé (ce ne sera pas bien dur…), je me décide.

Pourquoi le Phénix? Inconstante comme je le suis dans mes goûts, c’est un peu le fil rouge qui me suit depuis très longtemps.
Entre les comics, avec les deux incarnations de Phoenix dans les X-Men:

Dark Phoenix by Gabriele Dell'Otto

Les dessins animés nippons, avec entre autres Ikki dans Saint Seiya :

saint seiya old

Le cinéma avec River Phoenix :

Arte magazine hebdo - River Phoenix

Et puis c’est un symbole à la fois d’espoir et, souvent, de pouvoir. Pour une control freak comme moi dont, tout bien pesé, le seul vrai rêve serait d’avoir des pouvoirs surnaturels de l’ampleur de ceux du personnage éponyme de comics… ça reste.

Mes aventures de fan : River Phoenix

Ainsi que je l’ai raconté dans l’article sur sa soeur Summer, j’ai découvert l’existence de River Phoenix à l’annonce de sa mort. Aussi je n’ai évidemment pas pu le rencontrer. Notez bien qu’encore à ce jour, une partie de moi est intimement persuadée que si on s’était rencontrés, on ne se serait pas entendus du tout, donc je ne sais pas si je dois le regretter. Et même s’il avait vécu, les probabilités qu’on se serait croisé pour autre chose qu’un échange de 10 mots comme avec Keanu Reeves sont infinitésimales.

Par contre, depuis son décès, pour quelqu’un que je n’ai jamais rencontré, il s’invite régulièrement dans ma vie. Non que je m’en plaigne. Je suis un peu hantée. Mais dans le bon sens du terme. Enfin, de mon point de vue. Il n’a pas l’air de s’en plaindre non plus. Il faut croire qu’il a plus d’humour qu’on ne le pense habituellement.

Petit best of. Avec une bande-son (en cliquant sur les titres des « chapitres »). Oui, j’invente l’article avec bande originale. Parce qu’outre son métier d’acteur, River était aussi (et surtout, si on parle de passion) musicien.

1. Allow me to introduce myself, I am a man of wealth and taste

(vous ne l’attendiez pas, celle-là, je suis sûre…)

Donc, j’ai découvert River à l’annonce de sa mort, qui m’a inspiré un commentaire fort peu charitable alors que je révisais mes cours de fac en écoutant la radio. Pourquoi je me souviens encore distinctement de ce moment, alors que toute la période « fac » de ma vie se résume à peau de chagrin dans ma mémoire, c’est un mystère.

C’est une amie qui m’a reparlé de lui quelques mois plus tard, avec à l’appui une coupure de journal télé sur du mauvais papier, en me disant que, s’il n’était pas mort, il aurait été pas mal pour interpréter un personnage de vampire qui m’avait tapé dans l’oeil dans un roman. J’ai regardé la photo, où il ne ressemble pas à grand-chose (oui, un point commun des objets de mon attention artistique est leur sens du style très, très personnel…) et probablement dit « Ah oui? Peut-être ». Pas le coup de foudre, donc.

rp_2016_tele7jours

Le fait qu’il soit mort jeune, et d’une overdose, ne le gratifiait pas à mes yeux d’une aura romantique. C’était plutôt un handicap. Un gros. Mais cela faisait un moment que je passais en revue jeunes acteurs, chanteurs et mannequins à la recherche d’une tête pour dessiner le dit personnage, et aucun ne trouvait grâce à mes yeux. Pas assez beau, pas assez jeune, trop articifiel, et surtout l’air trop superficiel pour incarner un immortel ayant vécu des choses que peu de mortels traversent. Lui, il était jeune, il était beau, il sentait bon le sable chaud dégageait un truc particulier. Comme j’avais Internet à la fac, j’ai cherché davantage d’informations sur lui – autres photos, filmo, etc. A l’époque, le web balbutiait, on ne pouvait pas télécharger 15 films rares et les PDF de toutes les biographies piratées. On mettait déjà 5 mn à charger une pauvre photo scannée en définition toute pourrie.

Mais il y avait un site, notamment, qui hébergeait des articles de magazines. Les articles d’avant sa mort, décrivant un jeune homme brillant, idéaliste et anti-drogue, semblaient en contradiction avec les circonstances de sa mort. Ca m’intriguait. Comme je suis d’un tempérament de tête chercheuse qui aime bien comprendre, j’ai continué à creuser. Jusqu’à tomber sur un très long article biographique en anglais, qui m’a inspiré des sentiments contradictoires. Notamment le malaise de voir autant de choses privées pas forcément glorieuses déballées ainsi, l’interrogation de me demander si elles étaient vraies, comment je pourrais le savoir un jour puisque je n’avais pas de source proche de lui – et que de toute façon il semblait avoir assez bien réussi à dissimuler ses vies parallèles à ses proches.

rph-03g

En contrepoint, une espèce d’angoisse qui m’est tombée dessus comme le parpaing de la réalité sur la tartelette aux fraises de mes illusions – mais ne semblait pas mienne. Sentiment très bizarre. Dissonance cognitive ou dissociation. Un genre de « Choquée? Tu vas laisser tomber? » cynique et désespéré à la fois.

Je n’ai pas laissé tomber.

Il m’a fallu un moment pour digérer, mais c’est depuis cet instant que je suis hantée.

Lire la suite

Cinéma : Le Chasseur et la Reine des Glaces

L’histoire

Avant l’histoire de Blanche-Neige, les personnages ont vécu d’autres choses. On découvre ici Freya, la soeur de Ravenna la méchante reine sorcière, et les origines du Chasseur (Eric). On découvre aussi sa femme Sara (jouée par Jessica Chastain). Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue.

Je n’avais pas été transcendée par Blanche-Neige et le Chasseur, première tentative de moderniser les contes de fées en retrouvant la sauvagerie des originaux. La faute à un scénario accumulant les invraisemblances et les effets de manches inutiles, et à des images certes léchées, mais abusant des filtres jusqu’à l’overdose. Et à un sentiment diffus que le film avait pour objectif de faire oublier la réputation (totalement justifiée) de sexisme des versions animées pour enfants de Disney (également producteur de toute la série des Maléfique, Cinderella etc).

The-Huntsman-Winters-War-Billboard-Art.jpg

Et donc, vous demandez-vous, pourquoi payer 7,20 eur pour voir la suite alors que Kristen Stewart n’a même pas voulu jouer dedans? (ou coûtait trop cher, je ne sais pas). (oui j’aime bien Kristen Stewart, bien que j’ai eu bien du mal à supporter le peu que j’ai vu de Twilight quand c’est passé à la télé. Ne confondons jamais le message et le messager).

Il y a à cela 4 raisons:

Charlize Théron. J’aime encore plus Charlize Théron que Kstew.

– de jolis visuels – comme le premier.

– il a plu tout le week-end.

– la bande annonce promettait une Reine des Neiges avec un gros budget d’effets spéciaux. Étant une grande fan d’Elsa (j’ai même recommencé à regarder Once Upon a Time le temps de son featuring dans la série), j’étais curieuse de voir comment ils avaient interprété le concept. Je suis consciente que ce n’est pas censé être le même personnages du tout, mais visuellement, il y a quand même une grosse inspiration – jusqu’au fard à paupières violet…

Mon avis

De ce point de vue, je n’ai pas été déçue.

Lire la suite

Cinéma : The September Issue 

The September Issue, c’est le numéro de septembre, le plus important de l’année pour le magazine Vogue : celui qui va décider des tendances de l’année, pour les femmes américaines (1 sur 10 lit ce numéro) mais aussi pour le reste du monde. Si Vogue US promeut que cet hiver, la veste est de retour, elle sera de retour.

En 2006, Le Diable s’habille en Prada nous faisait détester Miranda Priestly, largement inspirée d’Anna Wintour, rédactrice en chef du Vogue US depuis 1988. Le film avec Meryl Streep est adapté du roman éponyme écrit par Lauren Weisberger, qui fut l’assistante d’Anna Wintour. Elle nie que ce soit un roman à clé sur cette expérience, mais sa Miranda a beaucoup de points communs avec l’image que se font les gens d’Anna Wintour.

En 2009, ce documentaire de R. J. Cutler nous la fait aimer.

the september issue

Anna Wintour a de nombreux surnoms, et la plupart mettent en avant son emprise sur le monde de la mode, qui s’étend bien au-delà de son magazine. Dans ce documentaire et ses suppléments, on la voit conseiller un jeune créateur comme consultant à une marque de prêt-à-porter espagnole qui en cherchait un. Des gens de l’Oréal viennent la prier de demander à des créateurs de créer une robe portant le même nom que leur futur nouveau rouge à lèvres. Ou mieux, lors de la réunion des annonceurs au Ritz de Paris, le PDG de la chaîne de grands magasins Neiman Marcus lui demande de parler aux créateurs de leurs délais d’approvisionnement (et de fabrication) trop longs, qui font qu’ils n’ont pas les vêtements en magasin au moment où Vogue en fait la publicité. Elle en sourit, arguant qu’elle ne peut pas conduire les camions, mais le message passe. Elle et son staff préparent aussi le programme de leurs articles sur les candidats à la présidentielle américaine, et s’ils se demandent s’ils pourront être accusés de favoritisme, le fait est que le poids du magazine le rend influent.

Anna Wintour a aussi une réputation de froideur et de ne jamais sourire. Pourtant, dans ce documentaire, elle sourit souvent, se montre encourageante auprès de jeunes créateurs (qui sont très nerveux en sa présence). Elle se confie aussi un peu. Son père était un journaliste britannique connu et respecté. Ses frères et soeurs travaillent dans le droit ou l’humanitaire, et elle dit qu’ils doivent trouver son travail futile. Sa fille a elle aussi choisi le droit au lieu de suivre ses traces, ce qu’elle semble regretter.

Anna Wintour anim

Bien sûr, le film ne cache pas qu’elle a effectivement le dernier mot sur ce que contient le magazine, sabrant dans les résultats des coûteuses séances photos si elle ne trouve pas l’ensemble cohérent. Ses décisions semblent arbitraires à ses collaborateurs, et elle ne mâche pas ses mots.

Le documentaire nous montre d’ailleurs aussi le travail de ses collaborateurs, parmi lesquels André Leon Talley, rédacteur extravagant à la personnalité aussi king size que le physique (il doit faire pas loin de 2m et n’a pas la taille mannequin), et surtout la talentueuse Grace Coddington, ex-mannequin, qui conçoit la plupart des photoshoots de Vogue depuis une vingtaine d’années. Un motif récurrent du documentaire est l’élimination progressive par Anna Wintour des clichés préférés de Grace de la maquette du numéro de septembre. Quand on voit les clichés refusés, d’ailleurs, on a envie de demander à un éditeur de les publier dans un beau livre…

Dans les suppléments, le réalisateur confesse qu’il ne fait pas partie du monde de la mode mais que c’était un avantage, car il a pu faire le portrait d’enjeux réels sans être ébloui par la gloire de tel ou tel. Pour lui, ce documentaire est avant tout un film sur le travail, et sur la relation entre Anna Wintour et Grace Coddington. C’est une bonne description. Même si vous ne raffolez pas de la mode, vous apprendrez des choses en regardant ce documentaire. Et si vous vous y intéressez un tant soit peu, vous serez ravi d’y voir créateurs et rédacteurs en coulisses.

Petit bémol: les sous-titres parfois approximatifs dans les suppléments. Karl Lagerfeld dit à Anna qu’il faudrait ouvrir une boutique spéciale pour éviter aux gens qui paient le prix fort croisent ceux achètent en soldes, et que les soldes c’est dégradant. Toute la tirade traduit »sales » par ventes au lieu de soldes…

 

Exposition : Gus Van Sant à la Cinémathèque

Le réalisateur américain Gus Van Sant a en ce moment les honneurs d’une exposition et d’une rétrospective à la Cinémathèque de Paris.

La Master Class – jeudi 14 avril, 19h

Entre autres activités, c’était l’occasion d’une Master Class qui a fait le plein de spectateurs dans les deux salles – celle où avait lieu la projection et celle où elle était retransmise. Les places pour la première s’étant écoulées en moins de dix minutes, je n’ai pu assister qu’à la retransmission, filmée à trois caméras et visible bientôt sur le site, normalement. Gus Van Sant est néanmoins venu dire quelques mots dans la salle Franju avant le début.

gvs_02

C’était très intéressant, le commissaire de l’exposition Mathieu Orléan amenant la discussion sur différents sujets : ses choix de filmer en longs plans séquence pour Elephant, le rôle du chef opérateur – occasion pour Gus Van Sant de parler longuement de Harris Savides, son chef op sur Finding Forrester et Elephant notamment. Gus a expliqué se fier beaucoup au regard du chef op pour savoir si la scène tournée était bonne ou pas.

Il a également fait parler Gus Van Sant de sa collaboration avec River Phoenix dans My Own Private Idaho, l’acteur s’étant révélé particulièrement impliqué et amenant de nombreuses suggestions sur le film. Ayant une idée bien arrêtée de ce qui motivait et constituait son personnage, il n’a lu qu’une page du livre de John Rechy sur les tapineurs, City of Night, que Gus lui avait procuré comme documentation. Alors que Keanu Reeves, à l’inverse, avait non seulement lu tout le livre, mais a aussi acheté et lu tout les autres livres de l’auteur. Idem pour les discussions avec les garçons des rues que Gus leur a présenté pour se renseigner sur le milieu. Gus a précisé toutefois que le personnage de River étant basé sur une personne réelle (Mike Parker), qui jouait dans le film, il pouvait s’adresser directement à lui, alors que le personnage de Keanu étant inspiré du Prince Hal de la pièce de Shakespeare Henry IV, il lui fallait sans doute plus de doc pour construire le doc.

gvs_07

River Phoenix dans My Own Private Idaho, déco du café les 400 Coups

Gus pense aussi, sans lui avoir demandé confirmation, qu’il a réécrit la scène du feu de camp (pour en faire une déclaration d’amour malheureuse de Mike à Scott) afin d’en faire la scène pivot du film afin que son personnage puisse y pleurer. River était célèbre pour une scène dans Stand by me où son personnage pleurait, et dans d’autres de ses films c’était devenu une sorte de marque de fabrique. Ils avaient tourné une scène avec le frère de Mike où ça aurait pu se produire, mais ça n’a pas été le cas. Et c’est ensuite qu’il lui a demandé de décaler le tournage de la scène du feu de camp. Le jour même, il a demandé à Gus de faire une seule prise en plan d’ensemble, une en plan rapproché et une en gros plan. Gus a accepté, sachant qu’ils pourraient toujours tourner davantage, mais pensant que River avait besoin de s’approprier le dispositif. Ils en étaient venus à se faire confiance, sans que Gus sache comment.

gvs_01

Gus Van Sant en dédicace à la Cinémathèque

La master class était suivie d’une séance de dédicace du catalogue de l’exposition à la librairie (il était possible d’y faire signer des articles personnels). A noter la bonne organisation de cet événement, puisque pour éviter les pertes de temps, une personne notait sur un post-it sur l’article le prénom à faire signer, et qu’on pouvait acheter le catalogue dans la file.

L’exposition

Outre le cinéma, l’exposition s’ouvre également sur les autres arts, à la fois pour évoquer les influences de Gus Van Sant (musicales, plastiques…), mais aussi ses incursions dans d’autres médias. Ainsi, Gus est aussi photographe. Il a publié un recueil des Polaroïds qu’il prenait des acteurs et candidats durant les castings, ou en interview – avec des portraits de Kurt Cobain, Drew Barrymore ou Jonathan Rhys Myers, entre autres, les deux actrices de Twin Peaks, Chris Isaak, Joey, Viggo Mortensen, Rain et River Phoenix, Keanu Reeves (à deux époques différentes)… La collection (complète?) est présentée dans la première salle, avec des agrandissements de ceux de David Bowie et William S. Burroughs.

Pst, au fait : la photo de Felix Howard (le petit garçon du clip de Madonna Open Your Heart) n’est pas sur la bonne planche. Les photos sont classées par ordre alphabétique du modèle, mais la sienne est à la fin de la dernière des 4 planches, donc vers les Y- Z.

gvs_06

Taylor Hanson, série photo de GVS pour Interview

Y sont également exposées des photos, dont une série consacrée aux trois frères Hanson (qui formaient le groupe Hanson) réalisée pour le magazine Interview en 1998. On note beaucoup de travail avec des familles, finalement, chez Gus Van Sant : ainsi il a travaillé avec Ben et Casey Affleck, avec River, Rain et Joaquin Phoenix, etc… Suivent des montages étranges de polaroïds.

Des extraits de ses films défilent à côté. Dans la salle suivante, se côtoient des documents de tournages (photo shoot de Bruce Weber pour la sortie de My Own Private Idaho, où Gus figure parmi les jeunes acteurs, vedettes comme inconnus, plans de scène, photos de repérage pour Paranoid Park, schéma de scénario ou d’histoire reliant les différents éléments sous forme colorée…). Sur un mur, une projection en parallèle de son remake de Psychose avec celle de Hitchcock, dont il avait suivi le découpage.

gvs_03

Aquarelle du réalisateur

Dans l’avant-dernière salle, une sélection de ses aquarelles, souvent des portraits ou des scènes énigmatiques. On y voit aussi deux courts métrages : l’un de 1984 où Gus se filme présentant « Five ways to killl yourself », cinq façons de mourir pour son personnage de petit employé qui ne trouve aucun sens à sa vie (thème d’auto-destruction qui finalement reviendra dans plusieurs de ses oeuvres). L’autre est une interview d’un jeune garçon désoeuvré mis à la porte par sa mère et qui rêve d’aller vivre en Suisse.

La salle comporte aussi des oeuvres d’artistes l’ayant influencé, comme Brion Gysin, ou William S. Burroughs.

gvs_05

Michael Pitt dans Last Days

L’exposition se conclut sur la musique: Gus Van Sant choisit souvent lui-même la musique de ses films, allant de morceaux de classique à de la musique concrète plus expérimentale. Il a également réalisé plusieurs clips dans les années 90, dont celui de David Bowie pour la chanson « Fame », ou « Under The Bridge » des Red Hot Chili Peppers. Il a aussi réalisé un clip pour les Hanson. Dans cette salle sombre, on peut aussi écouter un morceau instrumental de sa composition, et sa reprise de Moon River pour un album de Pink Martini. Et bien sûr, il a consacré tout un film aux derniers jours de Kurt Cobain, Last Days, sans toutefois utiliser un seul morceau de Nirvana dans la bande-son.

En complément de l’exposition

L’exposition est prolongée hors les murs de la Cinémathèque: Gare de Lyon, d’abord, avec des copies de ses photos et aquarelles reproduites dans une des galeries de la Gare. C’est là que j’ai pris la plupart des photos illustrant cet article, celles-ci étant interdites dans l’exposition.

gvs_04

A la Gare de Lyon

Arte propose aussi des diffusions de certains de ses films, et un numéro spécial de Blow Up consacré à Gus Van Sant sur cinéma.arte.tv.
Parmi cette programmation, une lettre ouverte en vidéo de la réalisatrice Laetitia Masson à River Phoenix.

Le cinéma MK2 Bibliothèque (quartier de la Bibliothèque François Mitterrand) propose également pendant tout le mois d’avril de voir ou revoir en salle 4 des films de Gus Van Sant : Mala Noche, Last Days, Paranoid Park et Gerry.

Comme vous l’aurez remarqué, je parle beaucoup de River Phoenix vu que c’est un de mes sujets d’étude préférés. Alors je vous signale aussi, parmi la très riche programmation de la Cinémathèque autour de Gus Van Sant, outre ses films, les films d’autres qu’il a choisis de présenter dans sa carte blanche, et diverses conférences, deux événements en particulier :

  • la projection de My Own Private River, un long métrage réalisé par James Franco d’après les rushes de My Own Private Idaho non utilisés dans le film, et centré sur River. Un film visible jusqu’ici uniquement dans des galeries d’art, et qui ne sera pas commercialisé (Gus Van Sant ne le souhaite pas et la famille de River non plus).
  • River Phoenix : un ange engourdi. Une conférence de Jean-Marc Lalanne, jeudi 5 mai à 19h00. Que je vais rater parce que je ne serai malheureusement pas sur Paris… Pas de chance, pour une fois qu’il y a un événement qui lui est consacré à Paris…
gvs_08

Collage de GVS

 

Plus de photos sur mon compte Facebook Fan Actuel.

Informations pratiques :
Cinémathèque de Paris
51 Rue de Bercy, 75012 Paris
(M) ligne 6 et 14, station Bercy.
Du 13 avril au 31 juillet 2016
Tarif plein : 12 Eur.

Nostalgeek : fan de Star Wars, certes, mais lequel? (2)

(première partie ici)

J’ai aussi lu quelques uns des romans de l’Univers Étendu, pas beaucoup, mais ceux qu’il fallait, si je puis dire: essentiellement la trilogie Thrawn, écrits par Timothy Zahn (récemment rééditée en un volume, et qui avaient fait l’objet d’une belle adaptation en BD dessinée par le français Olivier Vatinen, dessinateur d’Aquablue). Ces romans ont été, durant presque 20 ans, la suite officielle des films. Jusqu’à ce que Lucas vende son oeuvre et son âme à Disney. Elle met en scène nos héros peu après la chute de l’Empire, dans les années frustrantes où les combattants de la liberté essaient de mettre en place une Nouvelle République en lieu et place de la dictature.

thrawn_integrale

L’empire étant vaste, il reste des poches de résistance contre la Nouvelle République, des armadas entières même, et la plus dangereuse est commandée par le Grand Amiral Thrawn. Un méchant éminemment réussi, autrement plus original et intéressant que le Voldemort du pauvre du Réveil de la Force. Un Amiral intelligent, qui par exemple, étudie la culture des peuples pour les vaincre. Un Machiavel à la peau bleue. Un équivalent galactique du Patricien d’Ankh-Morpork, le tyran du Disque-Monde inventé par Terry Pratchett. Franchement, il avait autrement plus de panache et exsudait une menace bien plus glaçante que Kylo « Biactol » Ren ou que son maître.

Il est à noter que cette série de romans amenait également à Luke une compagne à sa hauteur, en la personne de Mara Jade, dite la Main de l’Empereur. Une jeune femme formée à l’usage du Côté Obscur de la Force, qui exécutait des tâches (et des gens) pour le compte de l’Empereur de façon secrète. Jusqu’à ce que Luke Skywalker retourne Dath Vader contre l’Empereur et qu’elle perde ainsi son mentor. Elle s’était reconvertie dans la contrebande, où ses talents de combattante étaient bien utiles. Après des débuts houleux, elle et Luke ont formé un couple solide.

Mara Jade_MJ-BTEH2

Mara Jade par Carlos Ezquerra

L’annonce que la nouvelle suite officielle ne suivrait pas les livres a entraîné une vague de protestations, notamment parce qu’elle renvoyait au néant Mara Jade, devenu un personnage fétiche pour beaucoup, aussi importante que ceux des films (pour vous dire : même moi je l’aimais bien, malgré mon gros béguin pour Luke à l’époque où j’ai lu la trilogie – il y a prescription, j’étais jeune).

C’est peut-être pour ça que je trouve Rey un peu fade.

Heureusement, malgré la sortie du nouvel opus filmé, la trilogie Thrawn est récemment ressortie en un seul gros volume chez Pocket dans la collection « Star Wars – Légendes – L’intégrale ».
L’intégrale, Tomes 7-9 : La croisade noire du Jedi fou

Le comics dont est tiré le dessin ci-dessus est également paru en français aux éditions Delcourt, dans la collection Légendes : le côté obscur (tome 6).

Une bonne occasion pour vous de découvrir des personnages devenus quasiment aussi importants, pour les fans de l’univers étendu, que ceux de trilogie d’origine.

Pour en savoir plus sur l’Univers Etendu des romans, dont je ne sais finalement pas grand-chose d’autre, je vous renvoie au dossier très complet que mon confrère Lost in Chapter 13 lui a consacré :

L’Univers Etendu de Star Wars, 1e partie 

L’Univers Etendu de Star Wars, 2e partie

Cinéma : Adieu ma Concubine

Adieu ma Concubine, film chinois de Chen Kaige, a obtenu la Palme d’Or du festival de Cannes en 1993, ex-aequo avec la Leçon de Piano de Jane Campion.

Ce long métrage aux images somptueuses est une fresque dramatique qui retrace l’itinéraire de deux acteurs de l’Opéra de Pékin, pris dans l’histoire compliquée de la Chine entre 1924 et 1977.

concubine_presskit_1_g

En 1924, une prostituée abandonne son fils à une école formant des enfants à l’opéra de Pékin, allant jusqu’à lui couper un doigt surnuméraire pour qu’il soit accepté. L’enfant, Douzi, est frêle et renfermé, et Shitou, un garçon un peu plus âgé et plus costaud, le prend sous son aile. L’entraînement est intensif – l’Opéra de Pékin est très précis et physique – et le professeur violent. De par son physique, Douzi est rapidement choisi pour incarner des rôles féminins. Mais il répugne à prononcer une phrase de son personnage, « Je suis, par nature, une fille », disant à la place « Je suis, par nature, un garçon ». Il faudra que Shitou le corrige violemment, poussé par la présence d’un potentiel mécène, pour qu’il se résigne à dire la phrase correcte.

Les deux garçons sont doués, particulièrement quand ils jouent ensemble. Un eunuque impérial, appréciant le spectacle, demande à les rencontrer, et à voir Douzi seul. On nous laisse deviner pourquoi… A leur retour, les deux adolescents trouvent un bébé abandonné, qu’ils font adopter à l’école, et dont ils feront ensuite l’éducation sous le nom de Xiao Si.

anim_farewell my concubine_1

Adultes, les deux garçons deviennent célèbres sous les noms de scènes de Cheng Dieyi (Douzi, joué par Leslie Cheung) et Duan Xiaolou (Shitou, joué par Zhang Fengyi). Diyei est manifestement amoureux de Xiaolou, mais celui-ci ne s’en rend pas compte – ou feint de ne pas le comprendre. Il entretient une relation avec la belle Juxian (jouée par Gong Li), une courtisane. Quand celle-ci rachète sa liberté à la Maison des Fleurs et fait croire à Xiaolou qu’elle en a été chassée à cause de leur relation, Xiaolou accepte de l’épouser. Jaloux, Dieyi se tourne alors vers Maître Yuan, un mécène lettré et fortuné qui lui faisait la cour depuis un moment.

L’invasion de la Chine par le Japon vient troubler davantage ce carré amoureux. Le tempérament provocateur de Xiaolou lui attire des ennuis, dont Dieyi le sort en jouant pour les Japonais, ce que Xiaolou lui reproche ensuite. Lorsque la Révolution Culturelle arrive, Xiao Si les trahit, d’abord en prenant la place de Dieyi en tant que rôle principal féminin. Suite à des dénonciations de Xiao Si, toute la troupe de l’Opéra de Pékin est soumise à une séance d’humiliation publique. Ils sont déjà mal vus parce que leur art est considéré comme une émanation de l’ordre ancien que les Gardes Rouges veulent renverser.

J’en ai déjà beaucoup raconté, alors si vous voulez voir le film, je préfère m’arrêter là.

leslie_1g

Comme je l’ai dit, visuellement, le film est une merveille. Du point de vue de l’histoire, on en apprend beaucoup sur l’Histoire de la Chine avec un grand H. D’ailleurs, la narration étant assez elliptique, comme souvent pour les films chinois, quelques explications supplémentaires auraient été bien utiles pour les nuls en histoire comme moi. J’ai dû me renseigner par ailleurs afin de mieux comprendre – mais pour vous avec Internet sous le coude, ce sera encore plus facile. Le scénario est tiré d’un roman de Lilian Lee, qui est paru en français chez Flammarion. Il apporte quelques détails supplémentaires sur le contexte des événements. Un détail qui a son importance : en Chine, la mariée s’habille en rouge pour la cérémonie (du moins à l’époque du film).

On en apprend aussi un peu sur l’Opéra de Pékin, dont j’ignorais tout à l’époque (fort fort lointaine) où j’ai vu ce film pour la première fois. Depuis, je me suis un peu rattrapé, mais guère. Cet art complet mêlant acrobaties, danse et déclamation très codifiée se rapproche un peu du kabuki japonais. Il partage avec le kabuki (et pour les mêmes raisons) l’interdiction qui avait été faite aux femmes de monter sur scène, obligeant de fait des hommes à tenir les rôles féminins – au kabuki, on les appelle « onnagata », ce qui signifie « forme de femme ». A la base pour des raisons morales, parce que les actrices faisaient parfois commerce de leurs charmes. Mais, dans un cas comme dans l’autre, il n’était pas exclus que les riches mécènes fassent pression sur leurs artistes fétiches pour obtenir d’eux plus que leur spectacle, et ce que l’artiste soit mâle ou femelle (les législateurs sont parfois bien naïfs…).

Quand on me demande de citer mon préféré, dans quelque domaine que ce soit, j’ai toujours du mal. Mais en terme de film, Adieu Ma Concubine est sans doute l’un de ceux qui m’ont le plus marqué. Au point que j’en avais trouvé le press kit de la sortie française, dont vous trouverez ci-dessus les scans, mais aussi le luxueux livret de présentation du film pour Cannes… (on est fan ou on ne l’est pas).

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les personnages sont ce qui m’a captivé, en particulier celui de Cheng Diyei, magnifiquement interprété par Leslie Cheung. Acteur et chanteur populaire de Hong Kong, il avait été choisi entre autres afin d’attirer un public plus large à ce film ambitieux. Mais il a su incarner toute l’ambiguïté de cet homme à qui on a volé son enfance, qui ne connaît finalement du monde que le théâtre. Forcé à jouer les rôles de femme, il en vient à se confondre avec les rôles qu’il joue, et notamment celui de la concubine fidèle à son roi, tiraillé par des sentiments mal vus en Chine.

Leslie Cheung s’étant suicidé le 1er avril 2003, cet article est aussi ma façon de lui rendre hommage. Il était également l’un des acteurs fétiches de Wong Kar-Wai, pour qui il a tourné Nos années sauvages, Les Cendres du temps, ainsi que Happy Together, aux côtés de Tony Leung Chiu-wai (il y a deux acteurs dont le nom de scène est Tony Leung, l’autre étant Tony Leung Ka-fai, qui jouait le rôle-tire dans l’Amant, l’adaptation par Jean-Jacques Annaud du roman de Marguerite Duras).

 

Nostalgeek : fan de Star Wars, certes, mais lequel? (1)

On peut dire que je suis fan de Star Wars. Enfin, moi, je le dis volontiers. La définition de fan étant hautement volatile, cela dit, je ne suis pas sûre que tout le monde serait d’accord.

A y réfléchir, comme je l’ai fait lors de la sortie des précédents films de la Guerre des Étoiles (la deuxième trilogie), pourquoi suis-je si attachée à cet univers? Certes, j’ai adoré le Retour du Jedi, le premier que j’ai vu au cinéma, à l’époque de sa sortie. J’avais même l’album Panini (je l’ai toujours, en fait). Ensuite, j’ai vu la première trilogie plusieurs fois, au gré surtout de ses passages à la télé et de mes VHS enregistrées à ces occasions. Mais je ne suis pas vraiment portée à visionner un film de moi-même tous les deux mois.

star wars panini

Maisooooon! Bon, il a un peu vécu…

J’ai deux trois babioles de merchandising, rien de cher ni d’encombrant. J’ai jeté il n’y a pas si longtemps deux jouets de l’époque, un A-wing et un X-Wing auquel manquaient les canons. Que je gardais par pur atavisme de hamster qui ne jette rien, et fidélité dérisoire envers un fandom qui ne m’occupait pourtant pas tant que ça. Et en me disant que ça serait peut-être « collectible » un jour, mais pour ça, il aurait fallu ne jamais y avoir joué, ne pas avoir perdu les stickers et les parties amovibles. J’ai aussi un beau livre de l’art officiel de l’Attaque des Clones, cadeau de pot de départ de mes collègues d’une année – gentille attention personnalisée (et pourtant, j’essaie de ne pas trop étaler ma geekitude au bureau car elle m’a joué des tours, mais… des fois, ça se voit quand même).

En fait, une bonne partie de mon attachement est imputable aux comics que j’ai commencé à lire à peu près à la même époque. Lug, la maison d’édition lyonnaise qui publiait en France les titres phares de Marvel, publiait également leur série sur Star Wars, dans le mensuel Titans. C’était une série officielle, tamponnée du sceau de Lucasfilm, même si depuis Lucasfilm l’a désavouée et exclue du canon, comme tout le reste de « l’univers étendu ».

boite comics

Curieusement, j’ai vérifié : mon premier numéro de Titans date de quelques mois avant la sortie en France du Retour du Jedi. Je ne me souviens pas si je connaissais les films avant. La science-fiction, ce n’était pas très à la mode en ce temps-là, et on n’en voyait guère à la télévision à part dans l’émission des frères Bogdanov. J’aimais ça, mais je trouvais essentiellement mes « doses » à la bibliothèque, ou dans les séries télés et dessins animés qui s’y rattachaient (Goldorak, Albator, San Ku Kai, Cosmos 1999, la Twilight Zone…).

Mais je sais que le fait d’avoir une dose mensuelle de Star Wars a forcément contribué à ce que je m’attache à cet univers et à ces personnages. Les films n’avaient eu que 3 fois deux heures pour les développer. Ce n’est pas beaucoup pour un univers entier. Les comics leur donnaient plus de temps pour évoluer, interagir, étoffer le long travail de la Rébellion pour trouver des alliés ou lutter contre les plans de l’Empire. Même si leur amitié était déjà tangible dans les films, elle est renforcée dans leurs aventures racontées en comics.

 

Il y a de grandes ellipses temporelles dans les films, dont on n’est pas forcément conscient faute de panneaux indiquant l’année ou la durée écoulée. Après la bataille de Hoth et avec leur hyper-propulsion en panne, Han Solo et Leia mettent un certain temps à rejoindre la Cité des Nuages de Lando Calrissian sur Bespine. Temps durant lequel Luke suit l’entraînement de maître Yoda. Entre la fin de l’Empire Contre-Attaque et le début du Retour du Jedi, on ne sait pas combien de temps Leia et ses amis ont cherché Solo. D’après la chronologie officielle, il s’est passé 4 ans entre la destruction de la première Etoile Noire et la fin du Retour du Jedi. Dans le comics, il y a eu trois ans d’épisodes mensuels. Certes, pas en temps réel, mais on voit bien que le Luke du début du Retour du Jedi est plus posé et plus avancé dans sa formation que le jeune homme encore impulsif du deuxième opus (outre le fait que les acteurs ont tous vieilli de 3 ans). Trois ans durant lesquels Luke, Leia, Chewbacca et Lando se relaient pour suivre différentes pistes, quand la lutte contre l’Empire leur en laisse le loisir.

LumiyaAndDenSiva

Lumiya, un Nagai et un rebelle. Source : Star Wars Wikia http://starwars.wikia.com/

Les comics aussi ont créé leur comptant de personnages attachants ou passionnants. Parmi eux, une petite amie pour Luke, Shira Brie, une pilote rebelle sympathique… Jusqu’à ce que Luke la descende par erreur, au cours d’un combat spatial opposant des rebelles dans des chasseurs impériaux volés à des vrais. Jugé, Luke cherchera à comprendre pourquoi la Force l’avait incité à tirer, et découvrira qu’elle était une espionne de l’Empire chargée de l’abattre ou de le discréditer. Sauvée de justesse par l’Empire, Shira reviendra bien plus tard dans la série, après le Retour du Jedi, sous les traits de Lumiya, cyborg haineuse reprochant à Luke la perte de son humanité. Car pour la sauver, Darth Vader l’a transformée à son image, et son corps est à moitié robotique.

Dani8

Source : Star Wars Wikia http://starwars.wikia.com/wiki/Dani

Il faut croire que les Skywalker et vauriens s’attirent, car une autre jeune femme tourne régulièrement autour de Luke : Dani, membre d’un groupe de trois contrebandiers plus ou moins amis et rivaux de Han Solo, avec l’humain Rik Duel et un cousin de Greedo. Dani est une Zeltronne, et ces humanoïdes à la peau rouge ou rosée sont des hédonistes, empathiques, qui de surcroît peuvent dégager des phéromones pour augmenter leur pouvoir de séduction. Leia elle-même eu quelques démêlés amusants avec des Zeltrons mâles, car il semble que quelque chose chez les Skywalker les attire particulièrement. Néanmoins, c’est vers Kiro, un jeune humanoïde amphibie à la peau jaune qui rejoint l’Alliance après que sa planète ait été attaquée par l’Empire, que Dani se tourne finalement. Leur liaison tournera malheureusement court quand Kiro sera porté disparu après une bataille – qui marqua aussi le dernier épisode de la série paru en France, hélas. (j’aimais bien Kiro, il était choupi dans son genre).

Donc quand les poinpoins de la musique de John Williams résonnent, ce ne sont pas seulement les images des 3x2h des films qui me reviennent en tête, mais aussi ces heures de lecture dans l’univers étendu du comics Marvel, avec tous ces personnages auxquels je m’étais attachée, y compris ceux qui n’existaient pas dans les films…