Auto-édition en questions (4) : J.L. Treuveur (Theriantropia)

On se retrouve avec déjà le 4e rendez-vous mensuel d’interviews sur l’auto-édition. Aujourd’hui, c’est au tour de J.L. Treuveur, auteur de la saga de fantasy Theriantropia.

Encore une démarche différente des précédents, avec la construction de tout un univers dans une saga déclinée en 5 tomes principaux, et en « mini-aventures » (parution du 1er tome pour enfant dans le courant du mois), accompagné d’illustration et même de playlists pour l’ambiance sonore. Et une distribution essentiellement sous forme papier et non numérique, ce qu’on pourrait penser rare de nos jours. Mais qui rejoint, dans son optique de trouver son public lors de salons, celle de Fred Marty.

Si je dois trouver un point commun aux 4 auteurs déjà interrogés, c’est qu’ils donnent raison à l’adage comme quoi le principal secret, pour écrire, c’est… de s’y mettre! Non que cela suffise, mais c’est le premier pas indispensable. Car avoir des idées est moins facile qu’arriver au bout de leur concrétisation sur le papier, et il faut de la rigueur et de la persévérance pour obtenir un résultat, la somme de travail étant considérable.

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L’AUTEUR

1) Peux-tu te présenter en tant qu’auteur?

Je m’appelle Jessica. Je suis auteur indépendante de la saga Fantasy Thérianthropia.

2) Publies-tu sous ton vrai nom? (tu n’es pas obligée de donner le vrai si c’est le cas 😉 )

Je publie effectivement sous mon vrai nom, puisque je me nomme Jessica Treuveur. Le pseudonyme J.L. Treuveur est un hommage à mon arrière-grand-père Maurice Liesta que je n’ai guère vraiment connu (puisqu’il est décédé lorsque j’avais trois ans), mais qui a laissé en moi la passion de l’écriture. Il écrivait des poèmes et des romances d’une plume délicate et talentueuse ; des manuscrits non édités que je conserve précieusement. Et ma volonté à réaliser mon rêve d’enfant est une pensée profonde pour lui.

3) As-tu aussi été éditée dans le circuit traditionnel?

Avant de me lancer dans l’édition indépendante, j’ai envoyé quelques manuscrits de mon premier tome de Thérianthropia à de grandes maisons d’édition comme Albin Michel, Gallimard, Acte Sud ou Bragelonne. Mais j’ai rapidement compris que ce n’était qu’une perte de temps lorsque j’ai reçu ma première réponse d’Albin Michel qui expliquait que j’avais un talent certain pour l’écriture, mais que le « genre » de mon œuvre n’était pas ce qu’il recherchait. J’ai donc décidé de créer ma chance comme j’avais créé mon « genre » littéraire, car il s’avère effectivement que Thérianthropia n’est pas une fantasy traditionnelle et qu’elle a son propre style. Un style éclectique et psychologique ; particularité qui joue aujourd’hui à mon avantage puisque mon public est très général, Thérianthropia arrivant à séduire même des non-adeptes du genre fantasy.

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Lecture : les stars – Edgar Morin

Mes fandoms m’auront fait faire des tas de choses improbables. Et mon livre sur le phénomène des fandoms aussi. Notamment, lire un essai d’Edgar Morin. Le sociologue et philosophe. Tellement connu que même moi j’en avais entendu parler, alors que très franchement, moi et les sciences humaines…

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C’est en fait un essai sur les stars, et non sur les fans. Le livre date un peu, il traite surtout des stars de cinéma « construites » par les studios de la grande époque d’Hollywood, alors que maintenant on qualifie de star tout neuneu ayant démontré sa bêtise à l’écran. Celles-là, on les « consomme » à un tel rythme qu’à peine fabriqués ils sont prêts à jeter.

Seuls durent ceux qui ont un minimum de talent artistique, et surtout les pieds sur terre, et qui ne se laissent pas trop modeler par les studios.

Néanmoins, on y trouve une intéressante réflexion sur ce qui fait les stars, leur aura, comment c’est utilisé ou fabriqué, ce qu’on projette sur eux, et notre rapport à eux.

Citations

Le fan veut tout savoir, cad posséder, manipuler et digérer mentalement l’image totale de l’idole. La connaissance est ici moyen d’appropriation magique. Elle ne tend pas à constituer un savoir analytique ou synthétique de là star, mais à happer potins, échos, indiscrétions dans une délectable inglutition.

Oui enfin ça sonne un peu condescendant quand même. On entend le « contrairement à nous qui sommes des lettrés… » non dit…

Niaiserie sans doute! Niaiserie dont se détourne le grave regard du sociologue, et voilà pourquoi l’on n’ose étudier les stars. Mais nos savants manquent de sérieux en refusant de traiter sérieusement la niaiserie… La niaiserie est aussi ce qu’il y a de profond en l’homme. Derrière le star system, il n’y a pas seulement la « stupidité » des fans, l’absence d’invention des cinéastes, les combinaisons commerciales des producteurs. Il y a le coeur du monde. Il y a l’amour, autre niaiserie, autre humanité profonde…

Ah tiens? Il remonte dans mon estime.

Ici le rôle de la star est « psychosique » : elle polarise et fixe des obsessions.

Noooon, on ne peut pas vraiment dire ça…

… Oui, bon, one point pour le philosophe…

Auto-édition en questions (3) : Jeff Benoit (Baâl, la Caisse, Edition Secrète…)

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L’AUTEUR

1) Peux-tu te présenter en tant qu’auteur?

Bonjour,

Je m’appelle Jeff Benoit, auteur normand de 43 ans essayant d’œuvrer dans la veine fantastique. J’écris tous les jours de 8 heures à 17 heures… Enfin, dans mes rêves les plus fous… En ce moment, c’est plutôt quand j’ai le temps, entre le temps que je consacre avec plaisir à ma famille, mon métier (je suis chef d’équipe en sécurité incendie dans l’hôpital de ma ville), le golf, la lecture, le visionnage de films/séries en tout genre.

2) Publies-tu sous ton vrai nom? (tu n’es pas obligé de donner le vrai si c’est le cas ;))

Je publie sous mon surnom, mon nom complet étant Jean-François BENOIT.

(NDLR : sur Kobo, cherchez JF Benoit)

3) As-tu aussi été édité dans le circuit traditionnel?

Tout à fait. Deux de mes nouvelles ont été sélectionnées pour figurer dans deux recueils de nouvelles des Editions Secrètes : les recueils « Horrible Monde » et « Edition secrète », disponibles à peu près partout en numérique (Amazon, Kobo,…).

4) Si oui, en quoi est-ce différent d’après ton expérience?

Dans le circuit traditionnel, vous n’avez pas à vous soucier de la correction, la mise en page, la couverture, étant donné que l’éditeur gère tout ça. Pour mes deux nouvelles publiées traditionnellement, je n’ai fait que de la promotion sur les réseaux sociaux.

En autoédition, c’est tout le contraire. Il faut tout gérer : la correction, la couverture, la création de la couverture, du livre électronique, de l’impression à la demande, de la promotion, de la vente,… C’est chronophage, fatiguant, stressant. Il faut être solide pour mener un projet à bien par ce biais.

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LES OEUVRES

1) Quelles sont tes œuvres auto-éditées ?

J’ai auto-éditées deux nouvelles : « La caisse » et « Bâal », deux récits fantastiques.

2) Pour quelles raisons avoir choisi l’autoédition?

J’ai choisi l’autoédition pour de mauvaises raisons : j’étais trop pressé de publier quelque chose, trop en recherche de reconnaissance. Je me suis trop bercé d’illusions. Et quand j’ai vu la somme de travail à abattre, j’ai bâclé le travail… Résultat : très peu de ventes, voire pas du tout, des textes qui ne me plaisent pas, mais que je ne renie pas pour autant. Ils font partie de ma vie d’auteur.

3) Dans quelle(s) catégorie(s) tu les situes? (fantastique, science-fiction, polar, romance…)

« La caisse » est  une nouvelle dans le genre fantastique. Quant à « Bâal », c’est plutôt un thriller.

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Auto-édition en questions (2) : Megane Lopez (Comme un battement de coeur, Le voyage des élus)

On se retrouve pour le 2e opus de ce rendez-vous qui doit devenir mensuel. Aujourd’hui, c’est une jeune auteur de 23 ans, Megane Lopez, qui a répondu à mes questions sur son expérience de l’auto-édition.

Et là je me demande : mais qu’ai-je fait de ma vie? (j’ai « un peu plus » de 23 ans on va dire, et toujours rien de publié… même pas auto-édité).

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L’AUTEUR

1) Peux-tu te présenter en tant qu’auteur?

Bonjour, je m’appelle Megane Lopez, j’ai vingt-trois ans et j’aime écriture plus que tout au monde, c’est ma passion.

2) Publies-tu sous ton vrai nom? (tu n’es pas obligée de donner le vrai si c’est le cas)

Je publie effectivement sous mon vrai nom mais j’emploie également un nom de plume, Sam Olzy, pour certains de mes livres.

3) As-tu aussi été éditée dans le circuit traditionnel?

Non je n’ai pas été éditée.

 

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Luah, la mascotte du blog de Megane

LES OEUVRES

1) Quelles sont tes œuvres auto-éditées?

J’ai publié deux œuvres en auto-édition :

Comme un battement de cœur

Voici le synopsis : Lena se rend à une fête dans un entrepôt de la ville. Le lendemain matin, son appartement est occupé par une jeune fille qui lui ressemble étrangement. Cette mauvaise surprise devient un véritable cauchemar lorsque plus personne ne la reconnaît. Entre réalité et fiction, son esprit va devoir repousser les limites de l’entendement. Parviendra-t-elle à lever le voile sur ce mystère ?

Le voyage des élus : sous les étoiles de Laponie

Voici le synopsis : Dans la province de Laponie, Elléa, une petite fille du peuple sàmi admire les aurores boréales avec son ami Nils, un renne un peu particulier. Guidés par les forces et les esprits mystiques de la nature, ils vont connaître ensemble la plus grande aventure de leur vie. Elle leur permettra d’atteindre le village du Père Noël et de percer les mystères des terres sacrées. Leur voyage extraordinaire va les mener au-delà de leur imagination et bien plus encore…

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Lecture : HHhH de Laurent Binet (ou : Je n’aurai jamais le Prix Goncourt)

Je n’aurai jamais le Prix Goncourt.

Je n’y comptais pas d’ailleurs. Mais je me suis fait cette réflexion en lisant un best-seller de ces dernières années, HHhH de Laurent Binet. HHhH, en allemand « le cerveau de Himmler s’appelle Heydrich », raconte la genèse de l’attentat à Prague contre celui dont c’était le surnom, Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, des services secrets et du RSHA. Le cumul des mandats ne l’effrayant pas, il était alors en poste de « Protecteur adjoint du Reich en Bohême-Moravie », titre que l’Histoire a moins retenu que son surnom de Bourreau de Prague. Laurent Binet s’attache à raconter le parcours des deux soldats tchèque et slovaque qui ont mené l’opération, autant que celui de Heydrich. Chronique d’une histoire vraie, roman de guerre et d’espionnage autant qu’historique, le récit ne peut que pousser à tourner les pages. Et de ce côté, il remplit son contrat.

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L’originalité du roman, qui a fait une part de son succès sans doute, est le parti pris de l’auteur de partager son cheminement dans l’écriture de ce roman. En particulier, il revient souvent sur son refus de trop romancer, justement, pour ne pas trahir la gravité du sujet, et la mémoire des protagonistes qui ont risqué leur vie pour abattre l’un des pires dignitaires nazis.

En quatrième de couverture, cela promettait d’être intéressant. Au fil des pages, ça l’est beaucoup moins. Qu’il raconte ses promenades dans sa ville adorée de Prague avec sa très jolie petite amie tchèque, ce qui lui permet de récolter une abondante documentation, ça sonne un peu comme une justification, mais soit. On a ainsi une visibilité sur ce dont il est sûr ou ce qu’il est contraint d’inventer.

Mais les digressions se font de plus en plus agaçantes à mesure qu’on se rapproche de l’instant crucial et qu’il s’éloigne du sujet du livre. A quoi sert le passage où il parle de sa lecture du Jan Zizka de George Sand, si ce n’est à se vanter de l’avoir lu, comme un élève de terminale qui cherche à caser un maximum de citations dans sa dissertation? Les tensions de son couple avec Natacha (sa petite amie d’après, pas la Tchèque) ont-elles réellement leur place dans le récit? Surtout que le sujet principal de son histoire, je vous le rappelle, n’est pas une bluette à la Amélie Poulain : on passe en revue une série d’exactions dont Heydrich est coupable, directement ou en les ayant dirigées à distance.

La tirade nombriliste suivant le discours de Heydrich contre le corps enseignant tchèque, pour justifier de prolonger la fermeture des universités, en est un bel exemple. Le discours est typique des exhortations nazies à se méfier des opposants intellectuels et à favoriser la rééducation par l’exercice physique – un grand classique des dictatures, certes. Il faut des soldats et donc du muscle pour mener des guerres et étouffer les résistances.

De là à conclure que le sport est « quand même une belle saloperie fasciste », même moi qui suis fâchée avec l’exercice physique, je n’aurais pas osé. Et puis l’ode à l’Education Nationale… ça va les chevilles? Heureusement que tout le livre repose sur la tentative de rester humble pour raconter de tels actes!

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A la rubrique du devoir d’école, on sent aussi le poids de l’auto-justification que non, ce n’est pas par sympathie envers le nazisme qu’il écrit ce livre (contrairement à ce qu’auraient pu penser les libraires chez qui il commandait de la documentation sur la période). Pour preuve, il insiste plusieurs fois sur le fait que Heydrich a beau être blond aux yeux bleus comme un bon Aryen, il n’est pas très beau, il a même un visage chevalin. En clair, c’est un vilain méchant pas beau.

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Librairie – salon de thé l’Encre et la Boussole – la Tremblade, Charente-Maritime 

La librairie – Salon de Thé

Il est des initiatives à saluer, surtout quand elles combinent culture et confiture – enfin, thé, déjà. C’est le cas de cette librairie – salon de thé qui a ouvert il y a un an presque jour pour jour, à la Tremblade, petite ville de Charente-Maritime à une bonne heure de la Rochelle et 20 minutes de Royan. La ville est peut-être plus connue pour sa station balnéaire, Ronce-les-Bains. Et je vous évoquais l’an dernier son marché aux poissons à l’ancienne.
Mais le centre reste également vivant grâce à des initiatives comme celle de Stéphanie Charles, qui a monté ici un lieu d’échanges et de cultures au pluriel, à l’emplacement de l’ancienne maison de la presse.
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Au menu :
– un fonds généraliste de 3000 livres dans tous les domaines : romans, vie pratique, développement personnel, jeunesse, BD. Les touristes et retraités anglais pourront même trouver un petit rayon de romans en anglais. Et bien sûr une part belle est réservée aux livres historiques et aux guides touristiques de la région.
– un rayon papeterie / loisirs créatifs avec notamment de jolis petits carnets originaux, créations de Gwenaelle Trolez.
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– la librairie a récemment complété son offre culturelle d’une sélection de CD.
– un espace salon de thé au fond de la boutique (et quelques places en terrasse aux beaux jours), avec un choix certes restreint mais de qualité de thés noirs, verts, blancs, rouges, parfumés ou pas.
N’ayant pas le temps de tester sur place, j’ai quand même craqué pour un sachet du mélange thé vert-blanc violette framboise, car c’est par un semblable thé en version glacée que j’ai commencé à aimer le thé. Il paraît qu’il y a également des pâtisseries maisons, mais là encore je n’ai pas eu le temps de tester. Si j’avais autant de maestria théphilé que mes consoeurs de l’Instant Thé, je vous en parlerais plus en détail. En tant que petit scarabée, je me bornerais à vous dire qu’il est excellent et qu’on sent bien les framboises (entières) et les violettes. Et on peut même en faire du thé glacé en le faisant simplement infuser une vingtaine de minutes à température ambiante avant de le mettre au frigo!
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La libraire organise de nombreuses animations : dédicaces d’auteurs, expositions de dessins ou de photos, ateliers d’écriture…
La librairie est ouverte en semaine du mardi au samedi, et également, de mai à septembre, le dimanche de 10h30 à 13h. C’est en bordure du marché, donc idéal pour compléter ses courses avec la nourriture de l’esprit.

Et avant de quitter la Tremblade

Cerise sur le petit cake, juste à côté, une pâtisserie chocolaterie a récemment ouvert, Une Affaire de Goût. Ils font des forêts noires plutôt légères et très bien équilibrées en goût (ce qui est assez compliqué à faire, vous en conviendrez, et signe d’un pâtissier qui connaît son travail), de très bonnes plaquettes de chocolat, et j’y retournerai sans faute à ma prochaine visite dans la région pour tester le reste.
Note : l’article n’est pas un partenariat, je n’ose toujours pas dire aux gens que je tiens un blog ni que je vais peut-être écrire sur leur boutique. Ca m’évite la pression, vu que parfois je mets des mois à écrire mes chroniques, et je teste en conditions réelles l’accueil du client lambda, comme ça.
Informations pratiques
Librairie – salon de thé l’Encre et la Boussole
3 rue de la Seudre
17 390 LA TREMBLADE (Charente-Maritime, à 15-20mn de Royan)
Tél 05 46 38 58 30
Horaires :
Du mardi au vendredi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 19 h
(18 h 30 le jeudi) . Le samedi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 15 h à 19 h.
En mai et juin, ouvert également le dimanche et les jours fériés de 10 h à 12 h 30 (pour les grands week-end fériés).
En juillet et août, du lundi au samedi de 9 h 30 à 13 h et de 15 h à 19 h. Le dimanche de 10 h à 13 h.

Lecture / portrait de fan : Prince – fragments d’un discours de fan, de Fanny Capel

Un voyage en train m’a enfin fourni le temps de lire ce document paru en février dernier aux éditions Le Rouergue, collection La Brune. Je l’ai découvert par hasard en musardant à la belle librairie MK2 du bassin de la Villette (de l’intérêt des vraies librairies IRL, qui ne mettent pas que les Marc Lévy en présentoir. Je n’ai rien contre Marc Lévy, mais quand il sort un livre, on le sait).
Le thème, forcément, a capté mon attention. Et le feuilleter m’a convaincu de l’acheter.
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Fanny Capel, l’auteur, est professeur de lettres, mariée, installée… Impossible a priori de deviner son autre vie, les 25 ans passés à suivre l’actualité de Prince. En particulier les quelques années de passion adolescente qui l’ont emmenée, elle et ses 2 meilleures amies, âgées de 20 ans alors, au club mythique du Love Symbol à Minneapolis, le Glam Slam Club. Ce qui, en août 1994, pour des jeunes filles tout juste sorties de l’adolescence et sans Internet, relevait encore plus de l’exploit que de nos jours. Un voyage qu’elle raconte en fin de livre, l’apogée de sa vie de fan. De sa vie tout court ? Elle se pose la question.
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Ne trouvant – comme moi * – aucun récit de ce que ça représente d’être fan, en dehors de caricatures tournées en dérision, elle voulait en témoigner de l’intérieur. Elle avait commencé à rédiger en ce sens ces « chroniques des années pourpre », il y a 3 ans, alors qu’elle sentait les souvenirs s’estomper. La mort de Prince en avril 2016 a complété le récit, y apportant à la fois une conclusion et l’éclairage d’une nouvelle vie « sans ».
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Fanny Capel ne voulait pas parler que de son expérience, mais plus universellement du statut de fan. Elle a complété ses souvenirs et ses notes de l’époque de témoignages de ses semblables. Faute de notes, j’ai photographié plein de passages où je me suis reconnue, ou bien où j’ai reconnu amies et connaissances de fandoms. Les voyages, les péripéties, les délires en groupe incompréhensibles aux « autres », les rituels de file d’attente des concerts… Cet univers parallèle qui embellit et enrichit toujours notre quotidien quand on entend une chanson familière, qu’on tombe au détour d’un zapping sur le visage qui nous fait sourire…
La rencontre tant espérée qui tourne au souvenir cuisant parce que dans des circonstances imprévues et défavorables, comme celle racontée page 73… (big up, inconnue de la Fnac qui s’était habillée relâche pour ne voir « que » les Revolution au lendemain d’un concert, le cheveu et l’oeil en vrac, et s’est retrouvée dans cet état face à un Prince venu dédicacer avec ses sbires… moi aussi, plusieurs fois j’ai croisé mes chouchous alors que j’étais en mode « off ».)
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Sur d’autres points, par contre, je me sentais en dissonance, moi la fan infidèle par excellence, en lisant ces souvenirs de presque 30 ans d’admiration ininterrompue.
L’artiste dont je suis « fan » depuis le plus longtemps sans interruption était mort avant que je ne découvre son existence. Difficile de faire des folies dans ces circonstances, et peu d’actualité à suivre. Et je n’ai cédé aux sirènes du portnawak (et eu les moyens de le faire) du type « je saute dans l’avion pour voir des gens qui ignorent que j’existe » qu’adulte. Ca n’a pas la même intensité qu’à 15-18 ans.
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Quoique, quand je pense à certaines de mes copines qui ont attendu encore plus longtemps que moi pour réaliser leur rêve, et à leurs réactions quand elles ont réussi… peut-être pas tant que ça. Peut-être que le facteur discriminant est seulement mon côté girouette, qui fait qu’ayant connu l’hystérie fanesque pour plus d’un groupe ou d’un artiste, j’ai du mal à ne pas relativiser les émotions qu’ils procurent. Surtout quand le premier fandom pour lequel j’ai fait les 400 coups a tourné en eau de boudin.
Ou juste le fait que je sois trop cynique, trop méfiante, trop parano, trop allergique à l’embrigadement pour hystériser devant un être humain. Même si j’ai buggé devant le minois de princesse égyptienne de Bill Kaulitz en 2009 parce qu’il était beaucoup trop belle pour être humain.
Oui j’ai encore les larmes aux yeux quand j’entends une version live de An Deiner Seite (ich bin da), mais je sais que c’est « juste » une conjonction : parce que c’était eux, parce que c’était moi, parce que c’était ce que mon cerveau avait besoin d’entendre à l’époque. Et pas une exception intrinsèque dûe à l’epoustouflifiance du phénomène ou des personnes.
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Et puis si, oui, certains souvenirs se renforcent parce qu’on les partage, je suis trop indépendante, -trop asociale-, trop habituée à ne pas attendre de complice. Sinon on ne fait jamais rien ou pas la moitié de ce qu’on voudrait… Donc une partie de mes souvenirs de fans, je les ai bâtis seule, ou avec des fans rencontrés sur place, pas forcément revus ensuite. Fanny Capel parle beaucoup de ses 2 complices de l’époque, qui ont partagé quasiment tous ses délires.
Mais en fin de livre, elle souligne que, maintenant que chacune a fait sa vie où Prince, par la force des choses, n’occupe plus que la portion congrue avant même son décès, elles se revoient très occasionnellement pour prendre des nouvelles, mais la réalité actuelle lui semble bien terne en comparaison de ses « années pourpres ».
Mais quand même, ce que raconte Fanny Capel dans une plume lyrique, qu’on ait été team Michael ou team Prince, ça rappelle des souvenirs.

Informations pratiques :
Prince, fragments d’un discours de fan
de Fanny Capel
Editions la Brune au Rouergue
Parution mars 2017

* quoique j’en ai trouvé quelques uns. Je vous ferai un article de la bibliographie qui a soutenu mon écriture d’un livre sur l’univers des fans. 

Auto-édition en questions (1) : Fred Marty (Sherona, les chroniques de Gabriel)

J’entame ce que j’espère être une série d’interviews d’auteurs qui ont choisi l’auto-édition. A tout seigneur tout honneur, puisque c’est en lisant les avancées des différentes phases d’écriture de Fred Marty sur Twitter que m’est venue l’idée de recueillir et partager les expériences de ces auteurs dans la jungle périlleuse de l’auto-édition. Il a gentiment accepté de répondre à mes (nombreuses) questions.

Et ça tombe d’autant mieux que j’ai tellement tardé à mettre en forme et publier cet article, que cette semaine sortait son nouveau roman, le tome 2 des Chroniques de Gabriel. On va dire que c’était fait exprès.

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L’AUTEUR

1) Peux-tu te présenter en tant qu’auteur?

Auteur de 40 ans, j’ai été biberonné très tôt aux littératures de l’imaginaire en commençant par le jeu de rôle et les livres dont vous êtes le héros. Je m’y suis mis dès mes 8 ans et j’y joue encore aujourd’hui. J’ai été très majoritairement Maître de Jeu (Œil Noir, Terres de Légende, Donjons & Dragons, INS/MV*…) donc je crée des histoires depuis très longtemps, sous une forme interactive où il est surtout important de savoir rester cohérent quelles que soient les idées tordues des joueurs.
Cela conditionne aujourd’hui ma manière d’écrire des romans où je définis les personnages, l’endroit où je veux les amener, mais où je me laisse porter sur le chemin à parcourir en les « écoutant ». Du coup, je me vois presque plus comme un scénariste que comme un romancier
😉

En parallèle du JDR, j’ai énormément lu de Fantasy qui reste mon registre préféré. Les auteurs marquants pour moi sont David Eddings (la Belgariade et la Mallorée), Margareth Weis & Tracy Hickman (DragonLance, le cycle des portes de la Mort), Terry Pratchett et Neil Gaiman. De grands récits d’aventure aux personnages forts et nombreux, je suis fasciné par les groupes de personnages et les possibilités sans fin qui surviennent en les laissant interagir entre eux.

2) Publies-tu sous ton vrai nom?

J’ai longuement hésité parce que je voulais publier sous mon vrai nom à la base, mais j’ai choisi un pseudo. C’est pour faire une séparation entre ma vie pro d’informaticien et ma vie d’écrivain (où est aussi mon compte Twitter perso).

C’est assez facile de me reconnaître, pour ceux qui me connaissent IRL, le seul objectif est de dire :

* recherche Google sur mon vrai nom => résultats Viadeo, LinkedIn, informatique

* recherche sur mon nom de plume => mon site web, Babelio et les chroniques des blogueuses sur mes livres (modulo les homonymes, je n’avais pas vérifié au préalable :p)

3) As-tu aussi été édité dans le circuit traditionnel?

Non et je n’ai pas essayé avant ces romans en fait. J’ai eu beaucoup de mal à virer tous les blocages qui m’empêchaient d’écrire mon premier roman et je craignais beaucoup de perdre la main sur mon projet en le soumettant à des maisons d’édition. Déjà, parce que le délai de réponse est très important, très souvent négatif, et j’aurai eu l’impression de ne pas être allé au bout de mon idée.

Du coup, j’avais choisi l’auto-édition très tôt pendant l’écriture. A force de parler sur Twitter, j’ai appris beaucoup de choses sur le monde du livre qui me conforte dans l’idée de me faire mes expériences et de m’aguerrir tout seul en premier lieu. Un peu comme une recherche d’emploi informatique : j’avais un CV vierge, sans expérience, ni formation. Envoyer des candidatures spontanées à Microsoft / Google / Apple, c’est mignon, mais ça a très peu de chances de marcher(et on est hyper nombreux à le faire).

Pas la peine de s’illusionner à cause du mec sur 10 000 qui y arrive. Donc, je me crée mes expériences pro tout seul 😉 Comme ça, je sais ce dont je suis capable sur la conception d’un livre (écriture, correction, couverture, mise en page, impression, diffusion, marketing, etc…). Je connais mes capacités propres et je sais aussi où il est préférable de rémunérer un pro. J’apprécierai d’autant plus le service pro d’une maison d’édition que je sais ce que je peux faire seul. Après tout, je paye ce service cher en réduisant fortement mes droits d’auteur. Il faut que la relation pro soit équilibrée et saine, ni moi qui supplie d’être édité, ni qui fais ma diva en réclamant les à valoir de JK Rowling 😉

Mon objectif est d’être hybride, avec des titres en auto-édité et des titres en maison d’édition. Par exemple, j’ai écrit un livre dont vous êtes le héros qui a été soumis à une maison qui en cherchait spécifiquement. Si je file ma métaphore de la recherche d’emploi, je réponds à une annonce, je ne fais pas une candidature spontanée. C’est très différent dans l’approche.

Fred_Marty

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Lecture : Life, de Keith Richards

Il y a de cela quelques années, j’ai lu avec un grand intérêt la pourtant longue autobiographie de Keith Richards. Je ne vous fais pas l’affront de vous dire qui est Keith Richards? Guitariste des Rolling Stones. Pour les plus jeunes, c’est lui qui joue le père de Jack Sparrow dans Pirates des Caraïbes. Normal, vu que Johnny Depp lui a tout piqué pour créer le look de Jack.

Contrairement à celle de Patti Smith qui m’avait fait l’effet d’un long auto-cirage de pompes très cliché en mode « la Bohème », ou à celle de Françoise Hardy qui était un peu dans le même genre name-dropping « j’ai côtoyé du beau monde, moi », joliment écrite mais un peu creuse, celle de Keith Richards fait moins dans les effets de style, mais raconte en détails sa jeunesse, ses influences musicales et de ses « trucs » de guitariste, et la vie d’une vraie rock star.

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Je ne ferais pas un compte-rendu détaillé, mais j’avais pris des notes en lien avec mon étude sur les fans, puisque, pour une fois, j’avais accès à l’opinion depuis l’autre côté de la barrière… Eh bien croyez-le ou pas, j’ai trouvé plus d’humanité dans les récits pragmatiques et sans fard d’un Keith Richards que dans le livre de Pamela des Barres… (je ne garantis pas que ça se passait comme il le raconte, mais il a au moins le mérite de ne pas se la raconter. Il ne faut pas oublier non plus qu’il parle du temps de sa jeunesse, où les groupes n’étaient pas entourés d’autant d’argent et de parasites / d’entourage que maintenant, et où donc, l’intendance n’était pas assurée par des hôtels 5 étoiles. Et où les filles qui n’étaient pas groupies étaient de toute manière confinées à une vie de femme au foyer. Alors entre faire un sandwich à une rock star et se la taper ensuite, ou faire un sandwich à un mari ennuyeux sans avoir d’autre horizon que la machine à laver et le goûter des enfants… autant le faire pour la rock star!).

Ceci fera un bon interlude entre le « portrait de fan » de vendredi dernier et celui de vendredi prochain.

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Si je me souviens de ce concert, c’est surtout parce qu’après on a levé deux nanas. On a passé la nuit dans un parc, sous un de ces abris avec banc et un petit toit. On n’a pas fait grand-chose. Je lui ai caressé un sein, je crois. On s’est surtout serrés et embrassés, les langues comme des anguilles. On est resté là jusqu’au matin, et je me suis dit : « Mon premier plan, et je termine dans les bras d’une fille. Merde alors. Il y a peut-être un truc à creuser ».

 

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Six mois plus tôt, je n’arrivais pas à tirer un coup, j’aurais dû payer pour avoir tout ça, toutes les nanas détournaient la tête en faisant « Ta ta ta », et brusquement elles sont là à te renifler les basques, et tu dis : « La vache, j’ai bien fait de changer d’aftershave, Habit Rouge c’est mille fois mieux qu’Old Spice! » Mais bon, c’est quoi qu’elles veulent, exactement? La gloire? Le fric? Ou bien c’est pour de vrai? Quand tu n’as jamais eu trop de chance avec les belles nanas, tu te méfies, forcément.
Il n’empêche, j’ai été sauvé par des filles plus souvent que par des mecs. Parfois, c’était juste une étreinte, un petit baiser et rien d’autre : tiens-moi chaud pour la nuit, restons juste dans les bras l’un de l’autre, la vie est dure, c’est un sale moment à passer. Et alors je disais : « Mais merde, pourquoi tu t’occupes de moi alors que tu sais que je suis un enfoiré et que je serai parti demain?
– Je sais pas. Sans doute parce que tu en vaux la peine.
– Bon, je vais pas dire non… » J’en ai d’abord fait l’expérience avec les petites nanas du nord de l’Angleterre, pendant cette fameuse première tournée. Après le show, tu finis au pub ou au bar de l’hôtel et puis, sans savoir comment, tu te retrouves dans une chambre avec une fille vraiment adorable qui étudie la sociologie à l’université de Sheffield et qui a résolu d’être vraiment, vraiment gentille avec toi. « Attends, je croyais que tu étais une fille avec du plomb dans la tête. Je joue de la guitare, moi. Je suis dans cette ville que pour une nuit!
– Ouais, mais tu me plais. » Et parfois, se plaire est mieux que s’aimer.

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La force de ces nanas de treize, quatorze, quinze ans lorsqu’elles sont en bande m’a toujours fait peur. Elles ont failli me tuer. Personne ne m’a fait plus craindre pour ma vie que ces adolescentes. Si tu te laissais prendre dans leur déferlement, elles t’étouffaient, te déchiraient en lambeaux… Pas facile de décrire la trouille qu’elles pouvaient te flanquer. Tu aurais été mieux dans une tranchée en première ligne que de te faire emporter par cette marée de désir surchauffé, cette pulsion incompréhensible – même pour elles.

 

p249 (au sujet de Brian Jones)
Il était fasciné par les vedettes, mais seulement parce que c’était des vedettes, pas à cause de ce qu’elles avaient fait. Il était vraiment pénible, une sorte d’appendice en décomposition qu’on trimballait avec nous. Quand vous passez trois cent cinquante jours par an sur la route avec un tel poids mord, ça finit par vous porter sur le système.

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Les groupies, c’était autre chose que les adolescentes délurées ou les nanas qui faisaient la queue pour prendre le thé avec Bill. J’aimerais ici faire l’éloge des groupies : c’était de ravissantes jeunes femmes qui savaient ce qu’elles voulaient et ce qu’il fallait faire pour l’obtenir. Il y avait bien quelques horribles profiteuses, comme ces malades qui collectionnaient les moulages des queues de tous les rockers qu’elles s’étaient envoyés. J’ai toujours refusé, c’était hors de question. Il y avait aussi les rivales des sculpteuses au plâtre, les reines du beurre. Leur dévouement était admirable, mais je n’aimais pas ces pros qui ne s’intéressaient qu’à leurs trophées : « Me suis fait celui-ci, celui-là. » Bill Wyman en sens inverse. Ca ne m’a jamais trop intéressé. Je faisais exprès de *ne pas* les baiser. Je leur demandais de se mettre à poil et je leur disais ensuite : « Ok, merci beaucoup, tu peux partir. » Parce que je savais que je ne serais qu’un coup de plus dans leur tableau de chasse.
Beaucoup de groupies, pourtant, étaient juste de braves filles qui aimaient bien s’occuper de mecs. Très maternantes, en un sens. Et si ça se passait comme ça, pourquoi pas? Pourquoi ne pas se mettre au pieu pour baiser? Mais ce n’était pas l’essentiel. Les groupies étaient des amies et la plupart n’étaient pas vraiment des canons. Elles proposaient un service. Tu arrivais dans une ville, disons Cincinatti ou Cleveland, et il y avait une ou deux filles que tu connaissais, et elles te rendaient visite pour s’assurer que tu était OK, elles s’occupaient de toi, te faisaient à manger, etc. On frappe à la porte, tu regardes dans le judas, et oh, mais c’est Shirley!
Les groupies faisaient partie de la famille, d’un réseau informel. Et ce qui me plaisait beaucoup, c’est qu’il n’y avait ni jalousie ni instinct de possession. En ce temps-là, il y avait une sorte de circuit. Tu jouais à Cincinatti, ensuite il y avait Brownsville, puis Oklahoma City. C’était comme un circuit à étapes, et chaque groupie passait la main à une de ses amies sur la route. Tu arrivais et les secours t’attendaient. « Baby, j’en peu plus! Quatre shows, je suis mort! » C’était comme des infirmières, la Croix-Rouge du rock’n’roll! Elles lavaient ton linge, te faisaient couler un bain et d’autres trucs encore. Et tu leur demandais : « Mais pourquoi tu fais ça pour un guitariste? Il y a des millions de mecs dehors. »

Throwback Thursday Livresque : Musique

Je reprends aujourd’hui le Throwback Thursday Livresque de Betty Rose Books en raison du thème : Musique!

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Car j’ai sous le coude plusieurs vieux romans (c’est le concept du TBT Livresque) ayant rapport avec ce thème, dont c’est l’occasion de parler faute de temps pour m’étendre dessus.

Pour commencer : Masquarade, de Terry Pratchett

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Le maître a consacré un tome du Disque-Monde aux péripéties d’Agnès Crettine, jeune fille charpentée un peu enrobée dotée d’un physique de chanteuse d’opéra (« elle a de beaux cheveux »), qui, ça tombe bien, décide d’aller tenter sa chance à la capitale Ankh-Morpork dans cette carrière, vu qu’outre le physique, elle a de la voix. Pour deux ou plus, même. Il faut dire, ça aide peut-être, qu’Agnès a également quelques talents en friche de sorcellerie, et que c’est précisément parce qu’elle refuse de suivre l’enseignement des vieilles cinglées sorcières de Lancre (vu leur caractère, c’est compréhensible) qu’elle a fui à Ankh-Morpork.

Las, bien qu’elle ait des tonnes de talent, plus que bien d’autres avant elle, c’est à la nunuche Christine qu’est confié le premier rôle, car elle a « du sharisme ». Comprenez : elle est blonde, svelte, jolie, et c’est étonnant qu’elle ait si peu de voix vu la caisse de résonance que devrait fournir le vide de sa boîte crânienne… En plus, elle a un riche protecteur, qui a insisté pour qu’elle ait le rôle. Comble de l’insulte : même le Fantôme qui hante les coulisses de l’Opéra nuitamment se pique de lui donner des leçons de chant pour qu’elle puisse tenir le rôle… Même après avoir découvert que, dans un ressort de scénario digne d’un vaudeville, Christine et Agnès avaient échangé leurs chambres, et que c’est donc à Agnès que, dans le noir, il prodiguait ses leçons de chant.

Ce qui n’empêchera pas Agnès de se battre pour élucider un autre mystère : les meurtres en série qui endeuillent la préparation de l’Opéra. The Show Must Go On, ok, mais quand même!

Citations : 

Et puis elle était aussi suffisamment snob pour confondre grossièreté avec bonne éducation. De la même manière que les très riches ne peuvent jamais être fous (ils sont excentriques), ils ne peuvent pas non plus être grossiers (ils sont francs et directs).

 

Pour vous situer la mentalité d’Henri Judicier, sachez que si on lui avait donné un ouvrage intitulé Comment se cultiver en cinq minutes, il l’aurait lu chronomètre en main. Ce qui l’empêchait de progresser davantage dans la vie, c’était son sens aigu de sa propre ignorance, un handicap dont souffrent trop peu de gens.

En bonus : la trilogie des Harpistes, par Anne McCaffrey

Le chant du dragon 
La chanteuse-dragon de Pern
Les Tambours de Pern

Cette trilogie se voulait une déclinaison Young Adult des romans d’Anne McCaffrey sur l’univers de Pern, planète périodiquement ravagée par les Fils, des organismes dévoreurs de chair qui tombent du ciel. Seul façon de combattre les Fils : les Dragons cracheurs de feu chimique, menés par les Chevaliers-Dragons avec qui ils ont noué un lien télépathique (oui, Avatar n’a rien inventé…). Les deux premiers tomes racontent l’histoire de Menolly, l’une des filles d’un seigneur de Fort maritime (genre de chef de clan). Elle était l’apprentie du Harpiste du fort (à la fois musicien et garant des traditions orales, seul moyen de conserver les connaissances dans ce monde mis à mal par les Fils). Mais celui-ci est mort, son successeur n’arrive pas, et son père, très traditionnaliste, considère que la musique n’est pas affaire de femme. Elle s’enfuit et vit bien des aventures avant d’être accueillie chez les Harpistes par Maître Robinton.

Le dernier tome met en avant Piemur, garçon espiègle et débrouillard, qui se retrouve perdu quand à la mue, il perd sa voix d’or. Devenu apprenti chez les tambours, il fera bien plus. Ces 3 tomes sont étroitement liés à l’intrigue principale de Pern, et sont un hommage à la musique. Vous trouverez une chronique plus détaillée sur le blog de Sipho.

On peut y ajouter Le Maître Harpiste, autre volume consacré à la vie de Robinton, personnage important dans la série principale, inspiré d’un proche d’Anne McCaffrey.

D’autant plus un Throwback Thursday que ces 3 romans ne semblent plus édités en Français!

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