Post-scriptum : GDP, Tokio Hotel et Metallica sont dans un bateau

Un petit post-scriptum à l’attention de ceux qui ont lu mes démêlés d’achat de billet (et ceux qui ont connu les mêmes pour A-ha et d’autres groupes), et à Jean-Stagiaire de Gérard Drouot Productions : la semaine dernière, j’ai commandé des billets à la prévente fans du Worlwired Tour, la prochaine tournée de Metallica. Tu connais Metallica? Un petit groupe de jeunes un peu connu, avec quelques fans.

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C’était la prévente pour une grosse trentaine de dates étalée sur toute l’Europe. Tu sais quoi? Certes, les places en fosse sont parties le temps de cliquer dessus, mais j’ai quand même réussi à avoir des places. En une seule fois. Pas de bug, pas de panier qui se vide tout seul le temps d’arriver au paiement, pas de page qui reste en rade à se charger pendant une heure, pas de places meilleures remises en vente dans la journée parce que toutes les buggées (cad presque toutes) étaient restées coincées dans les tuyaux.

METALLICA, 38 DATES EN MEME TEMPS.

Et toi, tu craches tes tuyaux et tu crashes au moindre concert de Jean Meyrand dans la salle polyvalente de Bidon (233 habitants). Sérieux, achète-toi un serveur ou décide-toi à payer un hébergeur digne de ce nom, ou mieux : change de métier : j’en ai marre de l’amateurisme français.

Concert : Tokio Hotel à l’Olympia – Dream Machine

Dream Machine : le nouvel album

Nouveau tournant musical après Kings of Suburbia,  Dream Machine, le nouvel album de Tokio Hotel, est fortement influencé par les 80es, comme le laisse deviner la pochette, elle-même inspirée de Stranger Things, série télévisée diffusée sur Netflix bourrée de références aux films pour ados de ces années-là, des Goonies à Stand by Me (am I being too obvious?).
Bill Kaulitz, le chanteur, se dit obsédé par cette période (je dirais hanté). Ceux qui suivent le groupe savent qu’il est notamment un grand fan de David Bowie, et que ses acolytes ont eux aussi commencé la musique bercés par de « vieux » groupes comme Metallica, Genesis ou autres références inattendues chez des jeunes de cet âge. Alors en écoutant Dream Machine, on pense à la synth pop de Depeche Mode première période, à Bronski Beat (pour les poussées de voix de fausset notamment), à OMD, ou même à Rencontres du 3e Type (logique pour un groupe qui a baptisé ses fans les Aliens et qui se présente sur scène en armure futuriste sur une tour de néons). Voire à Albator.
Mais l’album mélange ces influences à d’autres plus récentes, comme Daft Punk ou the Weeknd.
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Hallo Raumschiffkapitän, le vaisseau-mère est de retour

Le résultat est planant et agréable à l’écoute, plus à mon goût que Kings Of Suburbia où je me serais passé de la moitié des chansons. Mais en ce qui me concerne, il y manque un peu d’intensité (… et de rythmique kitsunesque peut-être) pour que ça passe de « j’aime bien » à « c’est trop bien je vais l’écouter en boucle pendant 2 mois » (ce qui est l’effet que je recherche et trouve généralement avec mes fandoms musicaux). De plus, à force de rappeler des choses (et d’être en anglais), ça devient un peu générique. Il faut dire que les années 80, je les ai vécues, moi…

Dream Machine Tour : sur scène

De ce côté-là, Tokio Hotel reste fidèle à son sens du spectacle. Au niveau mise en scène, c’était comme d’habitude très bien produit, une scène surélevée bizarroïde science-fiction à souhait (mais plus petite qu’au temps de l’Etoile de la Mort du Humanoid City Tour). Tom et Georg y ont passé la moitié du show à jouer essentiellement des claviers, en descendant de temps en temps pour reprendre guitare et basse, respectivement. Gustav était au niveau de la scène et plus sur le devant qu’eux, pour une fois pour un batteur. Il pouvait donc boumtchaquer tout son soûl sans assourdir ses potes. Ceux-ci lui ont quand même tous rendu visite à un moment ou un autre pour de petits boeufs. Il y avait également un bon light show ambiance nightclub / (mais hélas pas top pour les photos).

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Exposition: Gaston Lagaffe à la BPI (Bibliothèque du centre Georges Pompidou)

Je ne connaissais la BPI que par ses files d’attente interminables quand je passais derrière le centre Georges Pompidou le samedi au gré de mes balades parisiennes. Aussi j’hésitais à planifier une visite de cette exposition. Mais le hasard y a guidé mes pas un soir, et comme la BPI est ouverte jusqu’à 22h, et qu’il n’y avait pas d’attente dehors, je suis entrée.

L’exposition

L’exposition se trouve au niveau 2 au milieu de la bibliothèque, et là une dizaine de personnes piétinait pour accéder à l’espace consacré au héros flegmatique de Franquin.

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 On y découvre sa genèse, avec son apparition muette en plusieurs fois dans les pages du magazine jeunesse Spirou : devant la porte de la rédaction, à l’entrée, puis envahissant les espaces laissés libres par la mise en page. Au fil des numéros, Franquin affine le personnage, qui perd de sa raideur pour adopter sa silhouette en S caractéristique.
L’exposition fourmille d’anecdotes et de documents sur la rédaction du journal Spirou à l’époque. Ainsi, Gaston a hérité de ce prénom parce que c’était celui d’un ami de Yvan Delporte, le rédacteur en chef, qui trouvait qu’il lui ressemblait. De Maesmaker, l’homme d’affaires obsédé par la signature de ses contrats toujours empêchée par une catastrophe signée Lagaffe, tire son nom du père du 2e dessinateur. Car, je l’ignorais tant leurs styles sont semblables, mais n’ayant pas le temps de dessiner à la fois Spirou, Lagaffe et ses autres oeuvres, Franquin avait fait appel à Jidéhem, de son vrai nom Jean de Maesmaker, pour dessiner une partie des Gaston, lui conservant la partie scénario. Jidéhem explique que pour distinguer les planches au moment de la répartition des royalties, ils se basaient sur les phylactères (les textes des bulles, quoi), Franquin traçant les siens à la plume et Jidéhem avec un outil (dont j’ai oublié le nom…) qui rend une largeur fixe.
La dernière zone permet de (re)découvrir d’autres oeuvres de Franquin, notamment une planche glaçante pour Amnesty International (ci-dessus). Et le courrier émouvant de Yvan Delporte à Dupuis lui annonçant qu’il renonce à poursuivre le Trombone Illustré…

Quelques citations

Un adulte, c’est peut-être un enfant qui a mal tourné.
Si j’avais commencé ma carrière à Paris, je pense que les choses auraient été très différentes. En évoluant dans un environnement plus engagé, j’aurais probablement dessiné un autre genre de séries. Là-bas, vous pouvez faire rire les gens, tout en faisant passer un message. Pour ma part, j’ai souvent pensé que j’étais prédestiné à faire de mignons petits dessins inoffensifs, légers, superficiels…
 (Idées Noires, éditions Rombaldi, 1988)
Souvent, l’humour est une fuite et les humoristes sont des gens sinistres qui se soignent sans le savoir par le rire. Comment voulez-vous échapper à l’actualité qui vous matraque les horreurs du monde? L’être humain est le seul être totalement nuisible de la planète, vraiment! Alors, comment vous abstraire de ça? Les gens totalement heureux sont des égoïstes profonds.

(L’illustré, 1988)

 

Informations pratiques

Gaston Lagaffe à la BPI (Bibliothèque Publique d’Informations du centre Georges Pompidou)
Du 7 décembre 2016 au 10 avril 2017
Centre Pompidou, 19 Rue Beaubourg, Niveau 2
75004 Paris
Entrée libre pendant les horaires d’ouverture de la Bibliothèque
Accès par la Bpi rue Beaubourg

Lundi, mercredi, jeudi et vendredi : 12h – 22h
Samedi, dimanche et jours fériés : 11h – 22h
Fermeture le mardi

Entrée par le Centre Pompidou (chenille, niveau 2) avec le billet du jour « Musée et expositions » (les laissez-passer du Centre Pompidou ne donnent pas accès à l’exposition les dimanches et jours fériés).

En raison de la forte affluence le week-end, le musée recommande d’éviter de visiter l’exposition le dimanche.

 

Gourmandise : Pâtisserie Tomo – dorayaki et wagashi

Cette nouvelle pâtisserie japonaise récemment ouverte est victime de son succès : le samedi après-midi à l’heure du  goû-thé, il y a foule. Et le service est vite débordé.
Les thés sont peu nombreux à la carte, mais de qualité, de la maison Jugetsudo. Parmi eux, le Genmaicha qui a mes faveurs – et qui se trouve être le moins cher de ceux proposés, même s’il reste à un tarif élevé.
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Ils proposent également plusieurs variantes de chocolat chaud, dont j’avoue que l’odeur flottant dans l’air était appétissante.
 Ce jour-là, je n’ai pas testé les wagashi, mais ma voisine japonaise m’a dit qu’ils étaient très bons, et préparés par un chef japonais. La pâtisserie Tomo est la seule sur Paris en dehors de Toraya (chroniquée ici) à proposer des wagashi, mais elle préfère Tomo car elle trouve que Toraya a des tarifs trop élevés et une ambiance trop compassée.
Personnellement, j’avais opté pour une variation franco-japonaise de dorayaki, la basilique citronnée : une « crêpe » en dessous, une montagne de crème au citron dessus, surmontée d’une micro-crêpe signature. Très bonne, mélange équilibré de sucré et d’acide.
La décoration des deux salles est sobre, même si l’effet de peinture « jetée » au mur ne rend probablement pas l’effet qui était souhaité (personnellement j’ai mis 5 minutes à réaliser que ça devait être fait exprès et non une absence de rafraîchissement des murs avant ouverture de l’établissement).
Informations pratiques :
Pâtisserie Tomo
Horaires : de 12h à 19h du mardi au dimanche
11, rue Chabanais 75002 Paris
romain.gaia@patisserietomo.fr

Post-scriptum : la Sacher Torte du Kaffeehaus

Ca faisait un moment que je voulais faire des articles « post-scriptum » en particulier sur les lieux gourmands. Parce que la tendance hipster à ne parler que du dernier spot ouvert, eh bien, tout le monde le fait (dont beaucoup invités et donc chouchoutés et encouragés à ne dire que du bien pour être invités aux futurs happenings), et peu reviennent voir 3 ou 6 mois après ce que ça donne.

C’est donc pour la science et l’actualisation de mon blog pour vous, lecteurs gourmands, que je suis retournée, deux ans après, voir si la Sacher Torte du Kaffeehaus était toujours aussi bonne. (Comment ça, je ne suis pas crédible ?)

Oui, bon, j’ai groupé avec un tour au marché de Noël de l’Eglise Suédoise, puisque je vais rarement dans ce quartier. D’où le cheval et les confitures miniatures sur la photo.

Entre temps, j’ai un peu amélioré ma connaissance des thés, et j’ai cette fois noté que les leurs venaient de Kusmi Tea. J’ai choisi un Darjeeling vert bio pour ne pas surcharger mon foie en prévision de la Sacher Torte.

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Précaution inutile : celle-ci était à la fois moins copieuse et moins dense que dans mon souvenir, et le fin lit de biscuit plus craquant. Peut-être à cause de critiques comme celle-ci sur TripAdvisor.

Mais l’intérêt de la Sacher Torte, c’est justement l’impression de manger 50 nuances de chocolat ! Et c’est d’ailleurs le souvenir que je conserve de celle mangée au Café Sacher de Vienne. Pff. Tant pis. Il faudra que j’aille voir si le Stube aussi a changé sa recette, vu qu’ils postaient récemment qu’ils ont été choisis comme fournisseurs de ce gâteau par l’ambassade d’Autriche.

Kaffeehaus : 11 Rue Poncelet, 75017 Paris

Gourmandise : Salon de thé Sazanka

Ce salon de thé japonais est moins guindé que ne le laissait penser l’adresse. Il est situé presque tout au bout de la rue de l’Annonciation dans le 16e arrondissement, une rue qui a des allures de village avec ses primeurs et ses boutiques, mais ouvrant entre autres sur le très chic centre commercial Passy Plaza.

Le salon de thé fait également restaurant, avec une spécialité d' »omurice« , omelette roulée « farcie » de riz cuit à la poêle avec divers bouillons, épices, compléments. Comme je l’ignorais, j’avais déjà déjeuné en y allant, et je ne souhaitais qu’un dessert.

Les desserts plus traditionnels japonais à base de pâte de haricot rouge n’étant, après quelques tests, pas réellement ma tasse de thé, j’ai préféré un compromis : une tarte au citron, certes, mais avec du yuzu (ce citron japonais moins acide que les variétés européennes, qui devient assez connu dans nos contrées). En boisson, la carte propose différents thés verts, à des tarifs assez élevés (curieusement plus que les pâtisseries).

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Informations pratiques
Sazanka Salon de thé (site web essentiellement en japonais)
9 rue de l’Annonciation
75016 Paris
Horaires :
Du mardi au samedi : de 12h à 18h
Dimanche : de 12h à 17h

Exposition : l’Ecran Japonais à la Cinémathèque Française

Cette exposition se trouve dans la galerie des Donateurs, au dernier étage de la Cinémathèque. Elle tient donc dans l’unique salle de cette galerie, et ne prendra pas plus d’une heure à visiter. En contrepartie, elle est visible avec un billet standard pour le musée (5 euros) et les photos sont autorisées. Respectant l’objectif de la galerie des Donateurs, l’exposition est en partie un hommage à deux donatrices qui ont beaucoup contribué à faire connaître le cinéma japonais en France, et à enrichir le fonds documentaire de la Cinémathèque : madame Kawakita et Hiroko Govaers.

Cinémathèque : l'écran Japonais

Sont présentés photos de tournage, affiches, quelques costumes dont deux beaux kimonos, et des dessins préparatoires de décor. Je découvre que beaucoup de réalisateurs font des croquis de leurs personnages et des costumes souhaités. Quelques extraits de classiques de Yasujiro Ozu, Nagisa Oshima, Kenzo Mizoguchi (Contes des Chrysanthèmes tardifs) sont projetés sur un mur. Les plus inattendus sont des documents sur les échanges entre Henri Langlois et des réalisateurs japonais, qui mettent en lumière comment celui-ci a oeuvré afin de faire connaître leurs oeuvres. Autre preuve de cette confiance : les lettres des représentants légaux de ces réalisateurs réclamant la restitution des dépôts prêtés une fois qu’Henri Langlois n’était plus à la tête de la Cinémathèque.

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L’exposition fait la part belle aux classiques, mais n’oublie pas le cinéma de genre, avec des affiches de films de monstres, de longs métrages d’animation (des studios Ghibli ou l’étonnant Belladonna) et de films-ovnis comme l’empereur Tomato Ketchup. Malgré les bonnes intentions manifestes, le résultat est un peu brouillon et peu didactique. Il ressemble plus à un catalogue désordonné de ce que possède la Cinémathèque sur le sujet qu’à une présentation en règle du cinéma nippon. Un peu dommage, d’autant que d’après le livre d’Or, beaucoup de scolaires la visitent. Le bon point, c’est que l’absence d’informations sur les films m’a fait noter plusieurs titres afin de me renseigner sur eux.

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Informations pratiques :
Cinémathèque de Paris
51 Rue de Bercy, 75012 Paris
(M) ligne 6 et 14, station Bercy.
Exposition L’Ecran Japonais
Du 14 septembre 2016 au 25 juin 2017
Tarif plein : 5 Eur.
Entrée libre le premier dimanche du mois

Café Musée : Café Atmosphères, Cité des Sciences de la Villette

On ne va pas se mentir : les amateurs de gastronomie ne feront pas un détour pour manger ici pour la finesse des mets. Ni pour le service façon cafétéria, tu prends ton plateau et tu paies à la caisse.
Néanmoins, pour une pause avant, après ou au milieu d’une visite de la Cité des Sciences, ou d’une chasse au Pokemon dans le parc de la Villette (excellent spot de Paris, avis aux dresseurs, et en prime la balade est jolie), ça dépanne.
D’autant qu’au niveau des prix, ça reste raisonnable (pour Paris) avec des salades autour de 8 eur, sandwichs entre 4 et 8 Eur, crêpes à 3,50 ou 3,80, café à 2 Eur, desserts entre 2 et 5 euros.
On ne peut pas en dire autant des autres restaurants / lieux de fooding qu’on trouve au parc, comme le Café My Boat où, si tu ne veux qu’une boisson, tu es prié de venir te servir au bar avant de retourner tenter de te trouver une place en terrasse, sur une table à desservir toi-même, à 4 eur le thé quelconque dans un gobelet en carton.
Pour en revenir au Café Atmosphères, la décoration est sympathique, dans l’esprit de découverte et de pédagogie de la Cité des Sciences, avec des tables à géométrie variable pour accueillir voyageurs solo, familles ou groupes. L’entrée présente les salades et autres snacks à emporter, ainsi qu’un grand choix de friandises, clientèle familiale oblige…

Il y a également sur place un Burger King, un snack au niveau 1 appelé Biosphère, et un restaurant plus traditionnel appelé Rest’O, mais que je n’ai pas encore eu l’occasion de tester (d’autant qu’il était en travaux en septembre).

Informations pratiques
Café Atmosphères
Cité des Sciences et de l’Industrie – Niveau O
30, avenue Corentin-Cariou – 75019 Paris.
Ouvert de 9h30 à 17h30

Exposition : Jodorowski’s Dune à la French Paper Gallery

La French Paper Gallery, près du musée des Arts et Métiers est spécialisée dans le « geek art ». A l’occasion de la sortie du DVD du documentaire sur l’adaptation jamais achevée du Dune de Frank Herbert par Alejandro Jodorowski, il était logique qu’ils consacrent une brève (une semaine) exposition à ce monument de la science-fiction.

Au menu : les illustrations et esquisses réalisées par H.R. Giger pour définir les concepts visuels de Giedi Prime, la planète des Harkonnen – ça lui allait bien… et ce n’est pas pour tous les yeux. Les images sont accompagnées d’explications de l’auteur, à la fois sur les circonstances de la création (on sent qu’il a peu apprécié la maigre rétribution au vu du budget colossal prévu pour le film, et le traitement cavalier de son art). Des documents – affiches prévues pour promouvoir le film, etc.

Le gros de l’exposition était consacré à des tableaux et dessins réalisés tout exprès par des illustrateurs contemporains, et qui sont également reproduits dans le livret de l’édition collector du DVD. Je salue l’initiative, mais clairement certains ont été plus inspirés que d’autres. Déjà, et en particulier (mais pas que) chez les français, beaucoup avouent n’avoir jamais lu Dune. Comme ça, cash, sans honte. L’hommage en mode YOLO. Au mieux ils connaissent le film de David Lynch, et au pire ils ont seulement entendu parler du projet de Jodorowski – sans doute parce que celui-ci est aussi scénariste de BD, et parce que Moebius était impliqué dans le projet. Alors pour cirer les pompes de Jodorowski, ça y va, mais pour la pertinence derrière des oeuvres, on y perd… car certains font plus dans l’hommage à Moebius ou à l’Incal.

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Reverend Mother Helen Gaïus Mohiam par Guy Davis

Heureusement, il y a aussi ceux qui non seulement ont lu Dune, mais qui ont été autant marqués que moi par cette lecture. Ce qui donne entre autres cette très impressionnante Révérende Mère Helen Gaius Mohiam présentant la Boîte à Paul Atreides, par Guy Davis. Un baron Harkonnen répugnant par Ladrönn. Un ver issant sur fond de désert rougeoyant signé Bill Sienkewicz (que j’avais découvert quand il travaillait chez Marvel, notamment sur les Nouveaux Mutants et Elektra). Une belle affiche de ce qu’aurait pu être le film par Antoine Carrion. Et une évocatrice Sainte Alia du Couteau par David Mack (qui a lui aussi travaillé sur Daredevil chez Marvel, mais dont l’oeuvre phare est plutôt Kabuki), dont j’aurais bien acheté un tirage sauf qu’ils ne vendaient que l’original, à 5000 Eur. Gloups.
Heureusement, comme je n’étais pas la seule à me montrer intéressée, un tirage en édition limitée de print à 35 Eur a été éditée.

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Sainte Alia du Couteau par David Mack

De toute façon, si on en est aux opinions hérétiques (de Dune), je fais partie de ceux assez contents que le film ne se soit pas fait. Déjà parce que embaucher Dali comme acteur, à prix d’or de surcroît, méritait au minimum un naufrage. Et j’ai bien décelé des influences du projet sur des oeuvres ultérieures de Jodorowski, mais assez pour préférer qu’il les aient gardées dans ses travaux à lui.

Exposition : Oscar Wilde, l’Impertinent Absolu au Petit Palais

Attention, derniers jours de l’exposition, qui finit dimanche 15 janvier!
Vue l’affluence, il m’a fallu pas moins de 3 tentatives pour pouvoir voir l’exposition Oscar Wilde sans me geler pendant une heure devant le Petit Palais. Mais même en milieu de semaine (certes entre Noël et le Nouvel An) et à 11h du matin, on se marchait un peu sur les pieds dans l’aile sud du musée. Je pensais pas qu’il drainerait autant de monde dans un musée, d’autant qu’on pouvait se demander comment illustrer une exposition sur un homme de plume.
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Comme beaucoup, j’ai eu une période d’intérêt pour le dandy (qui n’était pas Anglais mais Irlandais), entamée en lisant Le Portrait de Dorian Gray. Déjà, il s’agissait d’un des premiers « classiques » que je lisais qui ne délaye pas son propos. Les différents sujets abordés (art, morale et beauté) m’intéressaient. Et bien sûr, il y a le style de Wilde, et ses aphorismes brillants qui font encore les beaux jours des éditeurs de papeterie. J’avais même lu, dans la Pléiade, sa lettre De Profundis, écrite depuis la geôle de Reading à son petit Lord Alfred Douglas, qui lui avait valu son séjour en prison.
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Night and sleep – Evelyn de Morgan

J’avais presque oublié, depuis cette époque, que mon intérêt pour Wilde s’était conjugué à celui pour sa période d’activité artistique en Angleterre. Il a favorisé, par les critiques d’art qui lui ont valu son début de notoriété, l’émergence des Pre-Raphaelite Brothers (PRB), courant que je qualifierais d’avant-coureur de l’Art Nouveau, et pour lequel j’ai eu, aussi, une phase de profond intérêt (avec lecture de différents ouvrages, expositions etc, quoi que, en France, ils aient été longtemps boudés au profit des Impressionnistes, leurs contemporains. Ce n’est pas que le monde de l’Art soit chauvin… mais si). Et donc, je fus ravie, en commençant l’exposition, de découvrir qu’elle s’ouvrait justement sur l’activité de critique d’art d’Oscar Wilde. Avec, outre des articles de sa main et des caricatures de lui, des oeuvres dont il avait fait l’éloge, plus ou moins rattachées à ce courant, et/ou au Symbolisme.

Tel : La mort et le sommeil portant le corps blessé de Sarpédon, de William Blake Richmond. Ou Love and Death, de George Frederic Watts. Ou encore Love and the Maiden, de John Roddam Spencer Stanhope, dont le rendu si particulier est dû à la technique dite tempera. Night and sleep, Evelyn Pickering-De Morgan (nièce de Stanhope).


Je retrouve l’impressionnant portrait d’Ellen Terry en Lady Macbeth, par John Singer Sargent, dont j’avais lu jadis la fascinante histoire : robe cousue d’un millier d’élytres de scarabées, irisées de vert. Il est exposé dans la salle mettant en avant les muses de Wilde, comme Sarah Bernhardt à qui il a écrit un sonnet. Il lui destinait également la pièce de théâtre Salomé, mais celle-ci fut interdite tout de suite. Des fameuses illustrations d’Aubrey Beardsley pour le livret sont visibles un peu plus loin, ainsi qu’une affiche de Jacques Carlu de Geneviève Vix dans le rôle.

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Ellen Terry as Lady Macbeth – Sargent

L’exposition rassemble la totalité des photos de Wilde par Napoleon Sarony, les portraits réalisés pour assurer la publicité de la tournée de conférences sur l’art que donna l’écrivain à travers les États-Unis en 1882. Elle est aussi parsemée de ses aphorismes aux murs, tels :

To love oneself is the beginning of a lifelong romance

Les nombreux documents manuscrits n’intéressent pas que les lettrés : durant ma visite, une adolescente s’extasiait à sa mère que Wilde n’a fait qu’une faute de français dans l’une de ses lettres. Francophile, il séjourna plusieurs fois à Paris avant son procès, y fréquentant le milieu intellectuel, d’André Gide à Mallarmé. Il y reviendra après sa libération de prison, y trouvant un relatif anonymat et un soutien qu’il ne pouvait plus espérer en Angleterre. Il mourra à Paris dans la misère, et sera enterré au Père Lachaise.

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Love and the Maiden – Stanhope

Parmi les raretés, très intéressante, une vidéo où Robert Badinter dissèque les démêlés judiciaires de Wilde. D’un côté, il relève le fait que Wilde ait été condamné à 2 ans de prison pour des relations entre adultes consentants, chose pourtant banale à l’époque hommes du monde, et qui n’est plus illégale en France – prouvant la relativité de la loi (l’expo relate d’ailleurs que la loi en question était un ajout récent, en marge d’une loi visant à protéger les femmes souvent victimes d’abus). De l’autre, il explique que le père d’Alfred Douglas lui a tendu un piège en lui adressant à son club un carton le qualifiant de « Oscar Wilde posant au sodomite », et que poussé par Alfred qui espérait voir son père condamné, il est tombé dans ce piège, le procès en diffamation se retournant contre lui. Dénouement qui apparaît a posteriori comme un suicide juridique.

A noter un dispositif original autour de l’exposition, avec, outre un catalogue numérique disponible en plus de l’application (hélas uniquement pour iPhone… je suis sous Android et j’aime l’art, hein), une soirée « Born to be Wilde » qui avait lieu le 9 décembre et invitait les gens à venir en dandy participer à diverses animations, et même un MOOC (cours à distance) sur le site de la Sorbonne. Ah? J’ai raté l’interview de Merlin Holland, le petit-fils d’Oscar Wilde et co-commissaire de l’exposition.

Pour finir, ce dernier aphorisme qui convient bien à ce blog :
We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars
Informations pratiques :
Oscar Wilde, l’Impertinent absolu
du 28 septembre 2016 au 15 janvier 2017
Horaires :
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Fermé le lundi et certains jours fériés
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h
Le samedi 14 janvier jusqu’à 21h.
Plein tarif : 10 euros
Gratuit jusqu’à 17 ans inclus.
 (c’est amusant : en rédigeant l’article sans doc sous les yeux, j’avais écrit comme titre à l’exposition « L’impénitent absolu » au lieu de l’impertinent… Joli lapsus!)